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dimanche 12 mai 2013

L'école des guépards

Je suis bien aise d'avoir retrouvé ces jours ci par hasard sur internet le Dr Laurie Marker, une dame que j'avais découverte au siècle dernier sur cet engin obsolète qu'est la télévision, et qui m'avait fascinée (la dame, pas la télévision).

C'est l'histoire d'une petite fille qui aimait les animaux. Son père élevait toutes sortes de chevaux, chats, chiens et lapins dans le jardin de sa maison de Californie. Pourtant, elle n'a même pas fait d'études vétérinaires. Elle a étudié l'oenologie. A 20 ans, en 1972, elle était mariée et installée dans l'Oregon avec l'ambition de créer un vignoble, mais l'argent manquait et elle se mit à travailler dans un parc animalier du nom de Wildlife Safari. Cette année-là, le zoo commençait sa première tentative de reproduction des guépards, qui fut d'ailleurs un succès. Laurie fut conquise par les guépards et ne les quitta plus.

Dans les années 70, les connaissances sur les guépards étaient plutôt anecdotiques. On savait que depuis la nuit des temps ils fascinent les humains : 3000 ans avant JC, les Sumériens gardaient des guépards en captivité comme animaux de compagnie. A la même époque, le guépard était vénéré par les Egyptiens de la Ière dynastie sous les traits de la déesse Mafdet, chargée d'accompagner l'âme du pharaon en sécurité dans l'au-delà.

Les Romains utilisaient les guépards pour chasser, un sport prisé par les princes de tous les pays au cours des siècles. Marco Polo décrit les centaines de guépards possédés par l'empereur de Chine Kublai Khan au XIIIème siècle. L'empereur moghol Akbar, bien connu de ce blog, était un autre grand amateur. Sur les 9000 guépards qu'il collectionna au long des 43 ans de son règne, il n'obtint qu'une seule portée, et aucun des petits ne survécut. A la Renaissance, il était de bon ton chez les nobles italiens et français d'élever des guépards pour chasser. Elever c'est une façon de parler, puisqu'ils ne se reproduisaient pas en captivité. Il fallait donc capturer des animaux sauvages, ce qui entraîna la disparition presque complète du guépard d'Asie. Aujourd'hui il ne subsisterait qu'une centaine de spécimens en Iran.

En 1980, Laurie Marker était responsable du programme de reproduction des guépards au Wildlife Safari, devenu l'un des plus importants des Etats-Unis, lorsqu'elle reçut la visite de David Wildt et Stephen O'Brien, rencontre qui allait considérablement élargir ses horizons.

David Wildt est biologiste au Zoo National de Washington DC. "Lorsque j'ai rencontré Laurie Marker il y a plus de trente ans, tout ce que je savais d'elle c'est qu'elle dormait avec un guépard nommé Khayam couché au pied de son lit. Ca m'avait beaucoup impressionné" dit-il.
Les chercheurs du Zoo National, qui fait partie de l'Institut Smithsonian, avaient ramené d'Afrique du sud des échantillons de sperme et de sang pour étudier la reproduction des guépards. David Wildt observa le sperme au microscope et y découvrit un nombre lamentablement faible de spermatozoïdes  (autour de 10% de ce que l'on trouve chez les autres félins), et qui en plus étaient malformés pour plus de la moitié.

Zoo National de Washington
Les échantillons de sang furent confiés à Stephen O'Brien du NIH, National Institutes of Health, qui avait étudié les variations génétiques chez les chats. Ses résultats furent encore plus préoccupants : il ne trouva aucune variation génétique entre les échantillons. Ils auraient aussi bien pu venir du même animal. Les guépards d'Afrique du sud étaient tous pratiquement des clones.

Les guépards étaient-ils victimes de la consanguinité ? C'est pour vérifier cette hypothèse que O'Brien et Wildt se présentèrent au Wildlife Safari pour prélever des échantillons de peau et les greffer sur d'autres guépards. Ces greffes furent toutes acceptées sans aucun phénomène de rejet, ce qui montrait que le système immunitaire des guépards était exactement identique chez tous les guépards, les rendant extrêmement vulnérables aux épidémies.

Répartition des guépards dans le monde (Wikimedia Commons)
L'état actuel de la recherche sur les restes fossiles et les rares variations génétiques des guépards indique que l'espèce serait apparue en Amérique du nord il y a 8,5 millions d'années, pour se répandre à travers l'Asie, l'Inde, l'Europe et l'Afrique. L'espèce moderne aurait 200.000 ans, mais la dernière glaciation dite de Würm, il y a environ 12.000 ans, aurait décimé les guépards, qui auraient complètement disparu du continent américain. Un nombre relativement faible d'individus aurait survécu, ce qui explique la consanguinité.

En 1988 Laurie Marker, divorcée, s'installa à Washington pour prendre la direction du programme de recherche du National Zoo sur l'étude génétique et la reproduction des guépards, ce qui prouve en passant que le Smithsonian fait confiance aux experts autodidactes. Parallèlement, Laurie Marker faisait depuis 1977 de fréquents voyages en Namibie, pays où subsistent le plus de guépards à l'état sauvage, et étudiait les conflits avec les fermiers éleveurs de bétail qui, peu sensibles à la noblesse naturelle des grands félins, avaient tendance à les descendre pour les empêcher de bouffer leurs chèvres.

En 1990, Laurie Marker était peut-être la seule personne qui ait une vision complète de l'étendue du désastre, et elle se mit à se faire sérieusement du mouron pour l'avenir de ses félins adorés. Mais elle ne trouvait pas grand monde pour partager son angoisse.
Marker raconte dans une interview en 2008 : "Je pensais que si je parlais à suffisamment de gens de la menace pesant sur les guépards, ils allaient s'en occuper. Mais personne ne l'a fait. Les gens disaient toujours : 'quelqu'un devrait faire quelque chose pour les guépards.' Mais je n'ai jamais trouvé qui était ce quelqu'un. Alors j'y suis allée."

Laurie Marker vendit son mobile home en Oregon et ses rares possessions et débarqua à Windhoek, Namibie le 1er avril 1991, munie de 15.000 dollars et de son incroyable ténacité. Une autre longue bataille venait de prendre fin, celle de l'indépendance du Sud-Ouest Africain. Ancienne colonie allemande, puis protectorat de l'Afrique du sud, un territoire de 840.000 km2 pour seulement 2 millions d'habitants, la Namibie avait accédé à l'indépendance le 21 mars 1990.

Dans le nord de la Namibie, les quelque 3.000 guépards qui restent en liberté vivent presque tous sur  le territoire d'immenses ranchs qui appartiennent aux éleveurs. Aux éleveurs blancs of course. Ils considéraient les guépards comme de la vermine et en tuaient en moyenne 600 par an. Marker passa des mois à arpenter la région de Otjiwarongo pour parler avec les fermiers. Elle était accueillie plutôt fraîchement, étant américaine, car les Etats-Unis étaient considérés comme ayant soutenu le mouvement pour l'indépendance, ce qui était loin d'enchanter ces gens. Mais au lieu de venir les voir pour leur faire la leçon et leur dire que c'est pas bien de tuer les grands félins, ce qui ne lui aurait pas rapporté grand chose à part peut-être un coup de fusil, elle se contenta d'écouter ce qu'ils avaient à dire sur la gestion de leurs exploitations et leurs méthodes de protection des troupeaux. Marker prenait des notes et expliquait certaines choses. Par exemple, les guépards ne s'attaquent pas aux animaux adultes qui sont trop gros. Il suffit donc de protéger les jeunes. Aussi, les guépards préfèrent manger des animaux sauvages. Si les éleveurs laissaient cohabiter leur bétail avec les antilopes, au lieu de les chasser, les félins seraient moins tentés par les veaux. En gros, elle présentait un éco-système viable qui inclue l'élevage et qui soit profitable pour les animaux sauvages comme pour le business.

C'est ainsi qu'un beau matin elle se présenta chez Harry Schneider-Waterberg, sympathique jeune homme qui venait d'hériter de la propriété familiale de 42.000 hectares (oui c'est immense et non, je ne vais pas vous le convertir en stades de football). Harry Schneider-Waterberg fut convaincu par les arguments de Marker que l'on pouvait réduire les pertes provoquées par les prédateurs sans les tuer. "Elle présentait des informations dont je pouvais me servir, sans jamais accuser" se souvient Schneider. Il est aujourd'hui président de la Waterberg Conservancy, une association de douze propriétaires qui a dédié un territoire de plus de 150.000 hectares à la préservation de l'éco-système.

Waterberg Farm

En campant dans des fermes prêtées par les propriétaires du coin, Laurie Marker persuada la plupart des fermiers de capturer les guépards plutôt que de les tuer, et s'occupa de les recueillir, de les marquer avant de les relâcher, et d'élever les petits orphelins. Enfin, en 1994, un don d'un bienfaiteur américain anonyme et quelques subventions lui permirent d'acheter à son tour 40.000 hectares de savane pour fonder le Cheetah Conservation Fund. (Je rappelle à nouveau ici que cheetah est un mot qui vient de l'hindi et signifie guépard en anglais, et non chimpanzé, contrairement à ce que pourraient croire les admirateurs de Tarzan.) A partir de là, she was in business, et sa petite entreprise a prospéré.

Aujourd'hui le CCF a réintroduit dans la nature plus d'un millier de guépards, qui sont équipés de radio-émetteurs pour suivre et étudier leurs déplacements. En plus de prendre soin des guépards élevés en captivité qui ne peuvent pas être remis en liberté, le CCF a des laboratoires de recherche, un centre de documentation et de formation, des programmes éducatifs dans les écoles de Namibie et reçoit des dizaines d'étudiants et de volontaires du monde entier. Il a mis en place un élevage de chiens de berger d'Anatolie qui sont offerts aux éleveurs pour protéger leurs troupeaux. Un éco-label qui s'appelle Cheetah Country Beef est proposé aux producteurs de viande namibiens qui exportent vers l'Union Européenne. Vous pouvez donc manger de l'entrecôte guépard-friendly !

Le CCF a développé un autre programme au Kenya et coopère aux programmes de protection de l'Iran et de l'Algérie. Il gère aussi le répertoire mondial des guépards en captivité, fondé et présidé par Laurie Marker. Le CCF est ouvert au public tous les jours, et a récemment ouvert un lodge pour accueillir les touristes. La Waterberg Guest Farm de Harry Schneider reçoit aussi les touristes.

C'est au CCF que l'on peut voir l'entraînement des guépards à la course, spectacle qui m'avait médusée jadis. En effet ces aimables félins sont réputés pour être les coureurs les plus rapides du monde, avec des pointes à 130 km/h. Mais Laurie Marker a découvert que la course n'est pas chez eux entièrement instinctive, et que, logés et nourris par les humains, ils se convertiraient volontiers en couch potatoes comme votre chat Minou. Donc tous les matins c'est entraînement : on fait courir les jeunes guépards derrière un leurre attaché au bout d'une ficelle, comme de vulgaires lévriers de course. J'ai trouvé une vidéo mais je ne sais pas si elle est visible de partout.



Les adultes, eux, courent carrément derrière un morceau de barbaque traîné derrière une voiture.

Les guépards sont des sprinteurs. Ils courent vite, mais sur de petites distances, pas plus de 500 mètres. C'est un souci car une fois qu'ils ont attrapé leur proie, ils sont épuisés et les lions, les panthères ou même les hyènes peuvent en profiter pour la leur piquer, pendant qu'ils sont littéralement sur le flanc.

Décidément les guépards n'ont pas de bol. Leur seule chance, c'est que leur fourrure est douce au toucher "comme du gazon synthétique" paraît-il, et donc ils n'ont jamais été chassés pour faire des manteaux avec leurs peaux, contrairement aux léopards.

Le nom savant du guépard est Acinonyx jubatus, du grec Acinonyx qui signifie "dont les griffes ne bougent pas", en effet c'est le seul félin dont les griffes ne sont pas rétractiles, il en a besoin pour ne pas déraper et partir dans le décor dans les tournants à grande vitesse, et jubatus qui signifie "à crête" à cause des épis qu'il a sur l'échine, visibles surtout chez les petits.

C'est le CCF de Laurie Marker qui a produit à peu près tout ce que l'on sait sur le comportement des guépards. Par exemple, les femelles sont solitaires, et ce sont elles qui choisissent un mâle pour se reproduire. Ainsi lorsque dans les zoos on présentait plusieurs femelles à un mâle, selon la méthode sexiste traditionnelle, tout le monde flippait et il ne se passait rien.

Les mâles vivent en groupes de frères que l'on appelle coalitions. Ils parcourent des centaines de kilomètres et ils ont donc besoin pour survivre en liberté de très vastes territoires. La Namibie est un des pays les moins peuplés du monde, mais même comme ça il est difficile d'imaginer que des étendues de savane suffisantes puissent être conservées très longtemps.

Laurie Marker a été désignée comme l'un des héros de la planète par le Time Magazine en 2000 ; en 2002, elle est devenue Dr Laurie Marker en recevant un doctorat de l'université d'Oxford pour sa thèse sur la biologie, l'écologie et les stratégies de conservation des guépards.

Grâce à elle, les guépards ont reçu un gros coup de main, mais ils sont loin d'être sortis d'affaire.
Engagée dans une impasse génétique, l'espèce pourrait être totalement éteinte d'ici trente ans. Nous sommes peut-être la dernière génération à pouvoir admirer ces animaux. Réunir ses économies, prendre un avion pour Windhoek et aller voir Laurie faire courir ses petits chéris. C'est ce que je vais faire, un de ces jours.



Sources : 

La chasse au guépard et au lynx en Syrie et en Irak au Moyen Âge. Institut Français du Proche Orient, 7 février 2012
http://www.cheetah.org/?nd=home
http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,996741,00.html
http://www.smithsonianmag.com/science-nature/rare-breed.html
http://news.mongabay.com/2010/0726--mszotek_laurie_marker.html
http://internationalsciencenews.wordpress.com/2012/09/11/dr-laurie-marker-the-cheetah-hero/

mardi 5 avril 2011

On nous cache tout, on nous dit rien


Le 27 mars 2011, à Anaheim, devant la 241ème assemblée générale de l'American Chemical Society, le Dr Daniel Nocera, Ph.D., a annoncé la création d'une feuille artificielle, dix fois plus efficace que la photosynthèse naturelle, à partir de matériaux stables et pas trop chers.

Il a expliqué en gros que l'engin, à base de silicone, nickel et cobalt, est de la taille d'une carte à jouer. Plongé dans deux litres d'eau, même sale, et placé au soleil, il sépare l'oxygène de l'hydrogène. Une "power station" domestique génère de l'électricité en les recombinant, et produit... de l'eau (propre).


WTF ? Me direz-vous. C'est exactement ce que je pensai in petto, et entrepris aussitôt quelques net-recherches.

D'abord, ce Daniel Nocera n'est pas un plaisantin a priori, il est chercheur au MIT. Ensuite, son équipe de recherche a reçu 6,5 millions de dollars depuis 2007 pour ce projet, et la société Sun Catalytics a signé en novembre 2010, principalement avec le groupe indien Tata, un accord de 9,5 millions de dollars pour développer un prototype. Or, comme chacun sait, s'il y a une chose qui ne rigole pas, c'est l'argent.

Le délai espéré pour le prototype est d'un an et demi.
Ceci m'inspire deux réflexions :
1° Où peut-on acheter une mine de cobalt ? (non je plaisante)
2° Nous saurons pour Noël 2012 si cette conférence a constitué de loin la nouvelle la plus importante de l'année.

En attendant, j'ai examiné les 111.000 résultats de Google pour "Daniel Nocera" (enfin, j'ai examiné les 83 premières pages, ce qui n'est déjà pas mal). A ma grande surprise, j'ai constaté que les articles sur le sujet dans la presse généraliste internationale étaient au nombre de zéro. Que le nombre d'articles dans la presse scientifique/technologique grand public s'élevait à un : Wired.

Les articles fourmillent sur des blogs privés, et des sites du genre treehugger, freak-science, crazyengineers, coolgadgets, greenoptimistics, et bien entendu, geek.com...
Les commentaires parlent de dramatic discovery, ground-breaking, paradigm-shifting, holy Grail of science...
A la page 23, je trouve enfin une dépêche de Reuters, reprise de Yale. C'est bien  la seule dépêche d'agence que je connaisse qui n'ait jamais été reprise par aucun titre de presse. A la page 83, j'ai trouvé un court article de Voice of America. Ca c'est mainstream. Malheureusement, le fait qu'il soit daté du 1er avril risque de nuire à sa crédibilité ...

Je ne sais comment interpréter le silence retentissant d'entreprises de presse qu'un reste d'innocence me fait encore tenir en haute estime, telles que Scientific American ou The New York Times.

Trois hypothèses viennent à l'esprit. :
- Hypothèse basse : Nocera est un imposteur et sa mythomanie est un secret de polichinelle dans la profession. Il n'y a que les geeks, les bloggers du dimanche ignares et les Indiens pour tomber dans ce panneau (solaire).

- Hypothèse tout aussi basse : La découverte de Nocera va changer le monde et les journalistes qui sont notoirement ignorants ne s'en aperçoivent même pas / qui sont notoirement condescendants pensent que le bon peuple n'a pas besoin de le savoir (et ils s'achètent des mines de cobalt).

- Théorie de la conspiration : le complexe militaro-industriel et Big Oil ont déjà commencé à étouffer l'affaire et Nocera peut numéroter ses abattis.

Aucune de ces explications ne me satisfait vraiment, et la vérité est probablement quelque part au milieu.
Mais quand même, moi ça m'interpelle quelque part qu'on me parle pas des trucs intéressants, pas vous ? Or is it a geek thing ??

Addendum : quelques lecteurs attentifs et attentionnés me demandent judicieusement comment j'ai appris cette nouvelle, si on me cache tout.
Bonne question : c'est en lisant le dernier roman de Ian McEwan, Solar, que j'ai trouvé pas terrible d'ailleurs. Dans ce roman le répugnant et quasi-houellebecquien anti-héros est un prix Nobel de physique qui cherche à développer la photosynthèse artificielle.
Maintenant que j'y pense, c'est comme si Houellebecq avait cherché à faire du John Irving, ou l'inverse...
Bref, peut-être en proie à une vague frustration intellectuelle après avoir terminé ce bouquin, j'ai eu l'idée de demander à Google l'état de la recherche sur la question.
Evidemment, quand on cherche on trouve très facilement.
Mais, c'est toujours pareil, encore faut-il savoir quoi chercher...

Sources
Debut of the first practical “artificial leaf”
http://www.reuters.com/article/2011/03/29/idUS81168260920110329
http://www.wired.co.uk/news/archive/2011-03/28/artificial-leaf
http://www.voanews.com/english/news/environment/Artificial-Leaf-Turns-Sunlight-into-Electric-Power-119070894.html
http://www.livemint.com/2011/03/23001656/Tata-signs-up-MIT-energy-guru.html
http://www.suncatalytix.com/Sun_Catalytix_Series_B_Press_Release.pdf

dimanche 26 décembre 2010

Chroniques arctiques : le Pizzly

C'est la pagaille chez les ours. Ca, vous le savez déjà, depuis le temps qu'on vous montre des ours polaires piteusement perchés sur des bouts de glace tout rongés par le global warming.
Cependant les ours ne se contentent pas de poser pour le WWF, ils arpentent le Grand Nord à la recherche de leur pitance, d'un terrain viabilisé, d'un peu de fraîcheur, et plus si affinités.

Mais commençons par le début : le 26 avril 2006, un certain Jim Martell, après avoir allongé 45.000 dollars pour se munir d'un permis et d'un guide de chasse, eut la joie douteuse de tuer un ours polaire sur l'île de Banks, Territoires du Nord-Ouest, Canada.
Lorsqu'il présenta la dépouille mortelle aux autorités chargées de contrôler le résultat de ses déplorables efforts, celles-ci trouvèrent que son ours n'était pas tout à fait blanc, si je puis m'exprimer ainsi. Il avait des taches brunes autour des yeux, du nez et sur les pattes, invues chez les ours polaires, mais typiques des grizzlys.

La question avait son importance, car si la chasse à l'ours polaire est apparemment permise, la chasse au grizzly, elle, est passible d'une amende de 1000 dollars (canadiens) et jusqu'à un an de prison. On envoya donc promptement un poil de l'animal chez Wildlife Genetics International en Colombie Britannique, qui décréta qu'il s'agissait du fils d'un grizzly et d'une ourse polaire. L'histoire ne dit pas si Jim Martell a payé les frais d'analyse génétique, ou la moitié de l'amende. Ca va lui faire cher la descente de lit, à force.
L'histoire dit en revanche qu'après des mois de tergiversations et force polémiques au pays de Sarah Palin, l'ours lui a été rendu. Aux dernières nouvelles, il se ballade à travers les Etats-Unis avec son ours empaillé pour le montrer dans les hunting shows, histoire de rentabiliser l'aventure.

Jusqu'ici, rien de particulièrement excitant, car on sait depuis longtemps que les grizzlys et les ours polaires peuvent se reproduire en captivité.  Mais le 8 avril 2010, un chasseur autochtone du nom de David Kuptana, du modeste village de Ulukhaqtuuq (je préfère l'orthographe traditionnelle, si vous permettez) sur l'île voisine de Victoria tua un ours qui se révéla être le fils d'un grizzly et d'une mère elle même hybride d'ours blanc et de grizzly. Aha ! Ce qui prouve que non seulement les grizzlys et polaires peuvent se reproduire dans la nature, mais leurs enfants aussi.

Comment se fait-ce ? Christine Clisset, de Slate, s'est taillé un franc succès mérité sur le web en se lançant dans une explication détaillée de l'interfertilité. En principe, les différentes espèces ne se reproduisent pas entre elles "à cause de différences génétiques, physiologiques ou comportementales ; des changements dans le nombre ou la structure des chromosomes, des parties génitales de formes différentes, ou des époques ou rituels d'accouplements incompatibles."  OK, Christine, honey, we get the picture.
Par exemple, votre jument a 64 chromosomes, alors que votre âne n'en a que 62, voila pourquoi votre mule est stérile. En revanche, le grizzly et l'ours blanc, dont les populations ne seraient séparées que depuis environ 150.000 ans, ont des patrimoines génétiques plus proches même que celui des grizzlys avec d'autres ours bruns. Vous me suivez ?

Depuis les inuits nous affirment avoir vu maintes fois de ces ours hybrides que l'on prenait jusqu'ici pour des ours "blonds", ce que je trouve absolument délicieux. Il semble que contrairement à ce que voudrait la propagande, ce ne soit pas les ours polaires qui descendent de leur banquise rétrécissante, mais plutôt les grizzlys qui montent vers le nord. En tous cas, que ce soit chez toi ou chez moi, une nouvelle espèce pourrait apparaître, ce qui ne va pas sans donner du souci aux oursologues, qui ont observé que ces hybrides en captivité aiment les phoques, mais ne nagent pas si bien que ça. Notons que l'ours polaire a les pattes en partie palmées, alors que le grizzly a de longues griffes. Manquerait plus que l'ours blanc se mette à aimer les fruits des bois, alors qu'il ne sait pas grimper. Rien n'est simple.

Reste la question du nom. J'ai particulièrement apprécié l'intrépide incursion de Wikipedia (en anglais) dans la linguistique taxonomique.
En présence d'un animal hybride, la première réaction est d'utiliser ce qu'on appelle un mot-valise (en anglais c'est un autre objet, le portemanteau).  Comme le tigron pour le rejeton du tigre et du lion, qui lui est stérile, mais c'est une autre histoire. D'où le pizzly. Sympa mais un peu proche de la pizza à mon goût.

Là où ça se complique, c'est que par convention, tiens comme c'est étonnant, le mâle passe en premier dans la formation du nom, comme en Espagne, et donc, l'enfant d'un ours polaire et d'une grizzlie s'appellerait pizzly, alors que la progéniture d'un grizzly et d'une ourse polaire s'appellerait ours grolaire. Grolar bear en anglais, love that one. Ce qui fait que les cousins ne s'appellent pas pareils. Quant aux enfants du pizzly et de l'ourse grolaire, n'en parlons même pas.

Les experts de la conservation de la vie sauvage du Canada ont proposé "nanulak", formé avec les mots inuits pour l'ours polaire "nanuk", et pour le grizzly "aklak". Que cela ne vous donne pas des idées de prénom pour vos enfants, par pitié.

Une autre piste a été explorée par les zoologistes : en cherchant dans leurs vieilles fiches, ils ont trouvé un spécimen unique d'ours d'une espèce inconnue, répertorié en 1864 sous le nom d'"ours de MacFarlane", et qui pourrait bien être un pizzly. Ce dernier pourrait donc récupérer le nom scientifique dûment enregistré à l'époque dans le CINZ, le Code International de Nomenclature Zoologique : ursus inopinatus. Ce qui n'est pas mal non plus.

En résumé, le pizzly ne sait pas où il habite, ni quoi manger, et il ne sait même pas comment il s'appelle.
Pauvre bête...

Sources
http://en.wikipedia.org/wiki/Grizzly%E2%80%93polar_bear_hybrid

BBC Grizzlies encroach on polar bear territory :  http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/8531647.stm

Slate Pizzly bears : http://www.slate.com/id/2253332/
http://www.science20.com/fish_feet/rare_grizzly_polar_bear_hybrid_hunted
http://news.nationalgeographic.com/news/2006/05/polar-bears.html

dimanche 4 juillet 2010

Triste vie et mystérieuse mort des abeilles

Souvenez-vous des déjeuners sur l'herbe à la campagne, dans les étés de votre jeunesse, salade de tomates, tartines de rillettes et tarte aux mirabelles, harcèlement des insectes velus et vrombissants se noyant dans le petit vin blanc...

Cette époque est révolue, car il n'y a plus d'abeilles, ni dans vos campagnes, ni ailleurs. Elles sont en grève, sans préavis. Elles n'ont pas prévenu, n'ont pas commencé à traîner la patte et à perdre en productivité. Aucune abeille morte au seuil de la ruche n'a donné l'alarme. Elles sont parties un beau matin sans se retourner. Elles se sont absentées.

Depuis 2006, les apiculteurs perdent en moyenne 30% de leurs colonies par an, d'une manière quelque peu déroutante : les ruches sont tout simplement abandonnées par les ouvrières, laissant la reine et ses domestiques crever de faim. Ce phénomène s'appelle désormais CCD, pour Colony collapse disorder, ou syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles .

Le vie d'une abeille n'est pas la promenade parmi les fleurs que l'on peut imaginer : c'est plutôt les cadences infernales. Elle doit visiter 1500 fleurs pour collecter une boule de 15 miligrammes de pollen et la transporter jusqu'à la ruche. Pour engranger la cinquantaine de kilos de pollen par an nécessaire à sa survie, une colonie doit effectuer 45000 expéditions par jour. Chaque abeille parcourt en moyenne 800 km avant de mourir d'épuisement au bout de trois semaines. Et je parle des ouvrières, le sort des reines et des mâles est encore plus déprimant.

Comme si leurs occupations naturelles n'étaient pas assez épuisantes, voila qu'on leur fait parcourir des milliers de kilomètres en camion pour pratiquer la pollinisation intensive. (On a découvert que si l'on déplace leur ruche de moins de quatre kilomètres, les abeilles se perdent, mais si on la déplace sur une plus longue distance, elles rebootent leur GPS et reprennent le chemin du boulot. Un peu comme les diplomates.)

Un exemple extrême : la Californie ne produit pas que des films d'actions et des plagistes, mais aussi 80 % de la production mondiale d'amandes, qui rapporte deux milliards de dollars par an. A l'époque de la floraison, pour polliniser 60 millions d'amandiers géométriquement plantés sur 240 000 hectares, il ne suffit pas d'attendre que quelques insectes bourdonnants passent par là. Plus d'un million de ruches sont tranportées vers la Californie à l'époque de la floraison des amandiers. Elles arrivent par camions de tout le pays, et certaines par avion depuis l'Australie. 

Les apiculteurs industriels passent cinq mois par an sur la route, parcourant plus de 4000 km des amandiers de Californie aux agrumes de Floride, pommes et cerises du nord, myrtilles du Maine...

Certains "observateurs" voient dans le stress de ces déménagements une cause du CCD. D'autres apiculteurs répondent qu'ils transbahutent leurs ruches depuis 40 ans sans qu'elles en soient affectées.

En réalité les apiculteurs et scientifiques se creusent la tête pour comprendre les causes du CCD depuis cinq ans, et toutes les réponses sont en relation avec l'industrialisation de l'agriculture, et son corollaire la massification de la pollinisation.

La contamination par des virus, champignons et parasites n'est pas étonnante quand 40 milliards d'abeilles se retrouvent en Californie chaque année. De plus, l'absence de variabilité génétique diminue leur résistance aux épidémies, pardon, aux épizooties. 

La malnutrition : à cause de la monoculture, les abeilles ne se nourrissent que d'une seule sorte de pollen ; certains ne sont pas très nourrissants, comme le tournesol en Europe ou les airelles aux Etats-Unis. On donne alors aux abeilles de la junk food, des sirops de maïs et substituts de pollen propres à donner au plus loyal insecte des envies de suicide...

Les insecticides : en France, on accuse le RoundUp, de la célèbre compagnie Monsanto. Aux Etats-Unis, c'est plutôt le Gaucho, insecticide Bayer à base de nicotine qui rendrait les abeilles gaga. Le Gaucho, comme le Regent de BASF, sont interdits en France depuis 2004, à la suite d'une vaste bataille entre apiculteurs, agriculteurs, écologistes et lobbyistes de l'industrie agro-chimique. (Ces Français, toujours en train de nuire au grand capital).

Certes il existe une foule de réglements nationaux et internationaux qui prévoient dans leur grande sagesse que les insecticides ne doivent pas tuer les abeilles. Mais tout dépend de ce que l'on appelle tuer... Si la toxicité de certains produits n'est effectivement pas suffisante pour tuer les abeilles mortes sur le dos les pattes en l'air, elle peut en revanche avoir des effets neurologiques qui affectent la communication et l'organisation à l'intérieur de la ruche, et font perdre aux ouvrières la mémoire, le sens de l'orientation et le goût du devoir.

En attendant nos vertes campagnes ne bourdonnent plus. Moi, vous me connaissez, je ne suis pas millénariste. Je ne vais pas vous parler de la fin du monde. Les abeilles ne pollinisent pas toutes les plantes, et ne sont en outre pas les seuls insectes pollinisateurs.  D'ailleurs, l'abeille domestique, apis mellifera, n'existait pas à l'état naturel en Amérique, ce sont les colons qui ont amené leurs ruches d'Europe. Ca n'empêchait pas les Américains d'avoir des plantes, et même des séquoias géants.  Il est donc faux de dire que la disparition des abeilles entraînerait la mort de toute la flore. Seulement la majorité des plantes à fleurs, et un tiers des cultures alimentaires. Personnellement, j'ai un faible pour les gueules-de-loup, les roses trémières, et, well, la tarte aux mirabelles. En plus je déteste le sirop d'érable, destiné à remplacé le miel sur les tartines.

Alors, affaire Apis Mellifera : meurtre ou suicide ? Pour continuer l'enquête pendant les vacances voici ce qu'il est convenu d'appeler des ouvrages de référence :




Dernières nouvelles : 30 % des abeilles qui ont participé à la pollinisation des amandiers de Californie sont mortes pendant la saison 2010, déclare Jerry Hayes, Asst. Chief, Apiary Inspection, Florida Dept. of Agriculture.
Vincent Tardieu - L'étrange silence des abeilles : Enquete sur un déclin mystérieux - Belin, 2009
Alison Benjamin, Brian McCallum - A World without Bees - Guardian Books 2008
Mark Daniels - Un monde sans abeilles - Film DVD - Arte éditions

dimanche 5 juillet 2009

Isabelle Stengers : une rafale d'air frais dans la pensée.

La Belge Isabelle Stengers a connu la gloire mondiale dans sa jeunesse en co-signant en 1979 (trente ans déjà !) avec le chimiste Prix Nobel Ilya Prigogine "La Nouvelle Alliance", dont le titre est tiré d'une citation de Jacques Monod, autre Prix Nobel :
"L'ancienne alliance est rompue. L'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'univers d'où il a émergé par hasard."
Que du beau monde... et une bonne base de réflexion.

Mais la petite Isabelle a vite pris des chemins de traverse, peut-être à cause de sa fréquentation précoce des mandarins, et quitté ses études de chimie pour s'adonner à la philosophie. Elle est la seule personne que je connaisse qui puisse citer
Deleuze de façon à ce que je comprenne quelque chose.
Elle a co-écrit deux livres avec un autre de mes héros l'ethno-psychiatre
Tobie Nathan.

Après avoir balayé Dieu d'un revers de manche négligeant, elle a également participé à l'assassinat de Freud : "La damnation de Freud" Ed. Les Empêcheurs de penser en rond, 1997.
Le Livre noir de la psychanalyse, Ed. Les Arènes, 2005. (Isabelle je t'aime, kiss kiss).

Officiellement professeur de philosophie et d'histoire des sciences à l'Université Libre de Bruxelles, loin de devenir réac en vieillissant comme bien d'autres intellectuels de gauche que je ne citerai pas j'ai pas la place, elle a l'air de tourner carrément au rouge.

Elle étudie les confins de la science et de la société, les sujets auxquels la doxa, la science officielle, réagit mal, avec rejet ou rigidité : l'hypnose, la sorcellerie, la drogue, l'écologie...
Iconoclaste au sens noble et littéral du terme, elle s'attaque désormais directement au grand totem, le capitalisme.

Derniers ouvrages parus : - avec
Philippe Pignarre, La Sorcellerie capitaliste, Paris, La Découverte, 2005.
- La Vierge et le neutrino. Quel avenir pour les sciences ?, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2006.
- Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, Paris, La Découverte, 2008.

Avec déléctation je découvris la semaine dernière une interviou de Mme Stengers dans
Siné Hebdo, canal sécessionniste de Charlie Hebdo (publicité gratuite pour les deux, pas de jaloux.)

Laissez moi faire d'abondantes citations, des fois que le lien vienne à se rompre avec
la vidéo de Siné Hebdo où l'on voit Isabelle Stengers à 60 ans parler belge en fumant des cigarettes roulées à la main... Vous verrez que le discours d'Isabelle rafraîchit des parties de votre cerveau que les autres philosophes n'atteignent pas.
Résumé du propos en un mot réjouissant : la "récalcitrance" !

"Au cours de ma troisième année de chimie, en 1969, j'ai réalisé que j'avais appris la physique quantique comme un savoir constitué, sans en percevoir les problèmes. Lorsqu'ils se sont posés à moi, j'ai conclu que j'étais perdue pour la science. Depuis, j'ai compris que c'est une réaction typique grâce à laquelle l'ordre règne chez les scientifiques. Un vrai chercheur doit ignorer "les grandes questions" qui peuvent faire douter. Le doute y est à peu près aussi mal vu que chez les staliniens. Ceux qui vont en philiosophie sont un peu des réfugiés politiques.

[Ilya Prigogine] au moment où il tenait les résultats qui lui ont valu son prix Nobel, voulait tendre la main à l'ensemble des sciences, y compris aux sciences humaines. Mais Prygogine était avant tout un physicien. C'était mon boulot que de penser les conséquences de ses travaux. J'ai beaucoup appris, parce que ces conséquences ont été accueillies comme "le nouveau message de la physique". Or, moi, ce que je voulais faire passer, c'est la physique en tant qu'aventure humaine, pas en tant que sommet de la pensée ou source de vérité prophétique sur le monde.

Je suis très fière et heureuse lorsque mon travail donne des outils aux organisations minoritaires qui fabriquent un savoir récalcitrant. (...) Apprendre de sujets qui fâchent, c'est apprendre aussi pourquoi ils fâchent et qui ils fâchent. (...) Passer pour une provocatrice est une conséquence de mon fonctionnement, mais je me décrirais plutôt comme une récalcitrante. Si j'entrevois la direction pour éviter de penser en rond, ça fait partie de mon métier que d'aller voir par là.
...
Aux Pays-Bas, les associations de junkies, les junkies Bonden, négociaient avec la Mairie d'Amsterdam les conditions de consommation de drogues afin de réduire les risques. La qestion de savoir vivre avec les drogues a plus avancé avec ces gens dont c'est la préoccupation qu'avec toutes les expertises psychologiques, sociologiques qui la noyaient bêtement dans un problème général de mal-être.
...
La grande nouveauté de ce que j'ai appelé "l'événement* OGM" réside dans le fait que les opposants ont fait bafouiller les scientifiques experts. Des citoyens ont compris puis montré qu'ils parlaient de ce qu'ils ne connaissaient pas, et même de ce qu'ils voulaient ignorer.
...
Le problème des experts, c'est qu'ils savent très bien qui les engage et ce qui sera considéré comme plausible ou irresponsable de ce point de vue. Ils vont d'autant moins ruiner leur réputation qu'il n'y a pas en général de contre-expertise. La question des OGM à Bruxelles relève du fonctionnement du marché, pas de la politique enveronnementale. Ceux qui sont nommés savent qu'il s'agit de minimiser tout obstacle à la libre circulation. Ils jouent donc avec les incertitudes pour rester plausibles.

La crise que nous connaissons actuellement n'est rien comparée aux événements* irréversibles qui arriveront d'ici peu : réchauffement climatique, pollutions multiples et grandissantes, épuisement des nappes phréatiques, etc. Le capitalisme est incapable d'apporter des solutions, seulement de transformer les problèmes en instruments de profit. Et les organisations étatiques ont renoncé à tous les moyens de l'en empêcher.

...
Il est dans la nature du capitalisme d'exploiter toutes les opportunités, et la croissance verte en est une ! Il y a fort à parier que ses conséquences seront nettement moins vertes... J'aime bien les objecteurs de croissance, mais la décroissance est une théorie triste. L'impératif de décroissance est mal défendu contre une barbarie moralisatrice techno-policière. Entre cela et la barbarie capitaliste, je demande à ne pas choisir. Comme l'a dit Deleuze : "La gauche, si elle doit être différente de nature de la droite, c'est parce qu'elle a besoin que les gens pensent." Et cela veut dire savoir que la pensée n'est pas réservée à une élite.
...

Comment lutter pour l'emploi et refuser l'impératif "relancer la croissance" ? Il ne faut pas avoir peur d'être accusé d'incohérence, d'irresponsabilité. Il faut refuser de hiérarchiser les problèmes. Ce n'est pas facile et cela demande de faire confiance aux gens, à leurs capacités de penser, d'échapper aux alternatives qui réduisent à l'impuissance. Malheureusement il y a des "responsables" un peu partout qui pensent qu'ils "savent" mais que ceux dont ils sont responsables ont besoin de croire à des solutions simples. S'ils ont raison, on est foutus. Moi je mise sur le fait que nous ne savons pas de quoi les gens sont capables, parce que ce que nous connaissons est le résultat d'une "gouvernance" qui les a systématiquement dépouillés des moyens de penser ensemble et de faire une différence collective qui compte. Notre démocratie est un art de gouverner un troupeau, et les bergers ont pour impératif d'éviter la panique.
...
Aujourd'hui, pendant les manifestations, on n'occupe pas les rues sur un mode qui donne l'appétit d'un monde différent. Je n'ai rien contre lancer des pavés, mais c'est une action individualiste. Nos moeurs politiques sont tristes : si l'expérience militante relève du sacrificiel, si la politique n'est pas source de vie, il y a une limite à laquelle on se heurtera et on le paiera chèrement."








*merci à Siné Hebdo pour les deux accents aigüs à événement, NDLR

vendredi 29 mai 2009

Listen to Al Gore

Il y avait longtemps que je ne m'étais point adonnée à mon penchant pour le Al Gore hero worship.
Il passe son temps à s'engueuler avec les élus du congrès ces temps-ci, Nancy Pelosi herself poste les meilleurs morceaux sur Youtube et le public adore.
Listen to that voice, oh my Darwin ! I'm falling in love again !

Al mort de rire :



Al on Bernie Madoff :



Al goes messianic* : le grand discours à Washington, 18 juillet 2008, avec un bon son pour changer.



"Ladies and Gentlemen, there are times in the history of our nation, when our very way of life depends upon dispelling illusions, and awakening to the challenge of a present danger. In such moments we are called upon to move quickly and boldly and shake off complacency, throw aside old habits and rise clear-eyed and alert to the necessity of making big changes.
Those who, for whatever reason, refuse to do their part in such times must either be persuaded to join the effort or asked to step aside.
This is such a moment. The survival of the United States of America as we know it is at risk, and even more, if more should be required, the future of human civilization is at stake.
I do not remember a time in our country when so many things seem to be going so wrong simultaneously... " (2:27 > 3:27)

* Je ne suis pas la seule à l'avoir remarqué :
Al Gore, le Messie - par François-Guillaume Lorrain - Le Point - 14 mai 2009

jeudi 30 avril 2009

WWF Brasil

Extraordinaire talent de la compagnie de publicité brésilienne DDB pour WWF Brasil :


La nature réclame qu'on lui rende son espace.
C'est vrai, il y a un arbre comme ça à côté de chez moi...
"Reforestez-vous"


"Le monde n'a jamais demandé de loyer, mais il est en train de vous expulser."





"La solution au réchauffement global n'est pas d'acheter un climatiseur."





"Nous voulons juste que le ciel reste bleu, la forêt verte et la conscience propre".
Sans légende...






























Encore plus génial : des panneaux aimantés installés dans les centres commerciaux et devant les cinémas avec la place pour coller une pièce de la bonne couleur pour faire le dessin.
Légende : faites une donation et voyez qui vous allez sauver.
Quand le dessin est rempli, on enlève les pièces et hop ! on recommence !
L'histoire ne dit pas si un flic était la pour garder le panneau...









Le site de DDB lui-même est tellement créatif qu'il fait mal à la tête. A voir pour les webmestres en quête de virtuosité.