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dimanche 27 novembre 2011

Boycott ou pas boycott ?

Certains de mes curieux et fidèles lecteurs, enflammés par l'article précédent, se sont tout naturellement interrogés sur le boycott.

Charles Cunningham Boycott c'est lui. Une des rares personnes à avoir ajouté un mot au vocabulaire de son vivant. Mais je doute qu'il ait eu l'occasion de s'en réjouir.

En réalité (je résume), après s'être comporté de manière généralement psycho-rigide et avoir voulu augmenter les loyers de ses fermiers dans l'Irlande misérable de 1880, il fut en butte à une grève générale de ses employés, puis à un refus de le servir de la part de tous les artisans et fournisseurs de la région, jusqu'à faire faillite et devoir quitter le pays (il était Anglais, ce qui n'aidait en rien).
Les détails de cette très intéressante aventure (en anglais) se trouvent ici.
Ironie de l'histoire, Mr Boycott ne fut pas victime d'un boycott au sens moderne du terme, car il n'avait aucun produit à vendre que le bon peuple pût refuser d'acheter, mais plutôt d'un ostracisme.

Si le boycott lui-même ne peut être interdit, car on ne peut interdire à un individu de s'abstenir d'acheter quelque chose, du moins pas encore, quid en revanche de l'appel au boycott ?
Un bref sondage par Google.fr donne des résultats partagés à peu près à parts égales entre "l'appel au boycott est interdit en France, quel scandale !" et "il y a une légende qui dit que l'appel au boycott est interdit en France, pfff, n'importe quoi !"
Or lorsque Google ne donne pas une réponse franche et massive, ça mérite de creuser la question.
Je vous préviens tout de suite, c'est pas clair.

Il faut d'abord distinguer le boycott des produits fabriqués par une entreprise et le boycott des produits exportés par un pays. Si vous appelez à boycotter les produits Duchmol, soit c'est parce que vous considérez que les Duchmol sont des salauds, soit vous vous foutez des Duchmol mais ils produisent en Gagaouzie et vous détestez les Gagaouzes, ou la politique du gouvernement gagaouze. Evidemment c'est pas pareil.

Wait, what ?
Or, il faut bien reconnaître que 90% des appels au boycott qui circulent aujourd'hui concernent les produits exportés par Israël. Je refuse absolument de rentrer dans la polémique à ce sujet, mais c'est ce qui alimente la jurisprudence.

1° L'affaire Willem
Jean-Claude Willem avait été condamné en 2009, alors qu'il était maire de Seclin (Nord), pour avoir appelé au boycott des jus de fruits israéliens dans les cantines de la ville. La Cour d'Appel de Douai, suivie par la Cour de Cassation, avait considéré que les propos tenus par M. Willem manifestaient une volonté discriminatoire et constituaient une entrave à l'exercice normal de l'activité économique de personnes en raison de leur nationalité.

Ces jugements étaient basés sur deux articles.
D'une part, l'article 24, alinéa 8 de la loi du 29 juillet 1881, qui n'est autre que le loi sur la liberté de la presse.
Cet article punit la provocation publique à "la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée", à un an d'emprisonnement et/ou 45 000 euros d'amende.

D'autre part, l'article 225 du Code Pénal* qui condamne aux mêmes peines notamment "l'entrave à l'exercice d'une activité économique" fondée sur des motifs discriminatoires.

Le bon M. Willem, avec une louable persévérance, porta l'affaire devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, qui confirma la légalité de la procédure. Mais ! La décision de la CEDH du 16 juillet 2009 est abondamment comprise de travers sur internet. En effet, la CEDH considère que la Cour de Cassation a eu raison de condamner M. Willem, mais pas pour appel au boycott.
Elle note que la Cour de Cassation avait reproché au maire d'avoir annoncé son intention de demander aux services municipaux de ne plus acheter des produits israéliens. Or donc, "au-delà de ses opinions politiques, pour lesquelles il n'a pas été poursuivi ni sanctionné, et qui entrent dans le champ de sa liberté d'expression, le requérant a appelé les services municipaux à un acte positif de discrimination, refus explicite et revendiqué d'entretenir des relations commerciales avec des producteurs appartenant à la nation israélienne."
La CEDH considère ainsi que le M. Willem a été condamné sur la seule base du Code Pénal, en raison de sa qualité de décideur public ayant autorité sur le personnel municipal. En d'autres termes, il n'a pas le droit d'interdire aux services de restauration de sa commune d'acheter des produits israéliens, simplement parce que la politique de Sharon ne lui revient pas.
Ce qui relève de la liberté de la presse, et le fait que cette décision ait été annoncée dans La Voix du Nord, n'a rien à voir dans l'affaire.

En d'autres termes, l'article 24  de la loi sur la liberté de la presse, qui se penche sur l'expression d'une discrimination, ne s'occupe pas de discrimination économique, tandis que l'article 225 du Code Pénal, qui condamne l'action d'entrave à l'activité économique, ne s'occupe pas de l'expression d'une opinion.

Conclusion, ces deux articles ne peuvent pas copuler pour enfanter l'interdiction d'appeler au boycott.

Cette interprétation n'a pas échappé aux défenseurs du boycott, qui ont crié victoire, alors que les défenseurs de l'interdiction, notant que la condamnation avait été confirmée, criaient victoire aussi, et tout le monde était content.


Le sceau du Garde des Sceaux
2° La brillante idée du Garde des Sceaux
Mais cette situation généralement satisfaisante ne dura pas longtemps.
Dans une directive du 12 février 2010 adressée par le directeur des affaires criminelles et des grâces aux procureurs généraux près les cours d'appel, le ministère de la justice indique que tout appel au boycott des produits d'un Etat est susceptible de constituer une infraction de "provocation publique à la discrimination" et demande aux procureurs d'assurer "une répression ferme et cohérente" de ces agissements.
D'après ce que nous dit Me Ghislain Poissonnier, magistrat, dans la Gazette du Palais du 28 août 2011**, "près d'une centaine de personnes est actuellement sous le coup d'une procédure judiciaire pour avoir, à des degrés divers, participé à des actions de boycott contre l'Etat d'Israël."

Libération croit savoir que "la paternité de cette brillante initiative revient au procureur général de Paris qui avait, dans son rapport de politique pénale 2009, suggéré que les faits de boycott ou de provocation au boycott peuvent s’analyser, selon les espèces, soit en une provocation à la discrimination, soit en une discrimination ayant pour effet d’entraver l’exercice d’une activité économique".

Diantre. Loin de moi l'idée de mettre en doute les compétences juridiques du directeur des affaires criminelles et des grâces, mais "provocation publique" ? Maintenant que nous en savons beaucoup plus sur le sujet, nous serions enclins à penser que l'appel au boycott est "susceptible" de représenter une entrave discriminatoire à l'activité économique d'une personne morale (ou pas), mais pas un délit d'expression.
L'un de nous n'a rien compris au film...

C'est cette directive qui a provoqué une modeste polémique dans la presse et sur internet, polémique rendue incompréhensible par le fait qu'aucun journaliste ni commentateur n'allait, comme votre servitrice, passer deux jours à étudier la question pour aller au fond des choses.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là, comme dans tout bon feuilleton, après ce coup de théâtre, la suite au prochain épisode...

Palais de justice de Paris
3° La riposte du tribunal correctionnel de Paris

Le 6 juillet 2009, une dame poste sur internet la vidéo d'une manifestation organisée deux jours plus tôt par des militants au centre commercial d'Evry pour appeler les clients à ne pas acheter les produits en provenance d'Israël (encore).
Le procureur, fidèle à (et sur ordre de) son ministre, qualifie ces faits de provocation à la discrimination nationale, d'après la loi de 1881 sur la presse.

Par jugement du 28 juillet 2011, tatzan ! le tribunal correctionnel relaxe la prévenue.
Il commence par faire une remarque simple, mais utile : l'article 24 alinéa 8 de la loi de 1881 vise la discrimination contre des personnes ou groupes de personnes physiques, c'est à dire des gens, et pas contre des Etats, ou contre des personnes morales, c'est à dire des entreprises.
Si vous êtes parvenu à lire jusque là, l'extrait suivant du jugement devrait vous paraître clair comme l'eau de roche : "le texte visé ne saurait être invoqué pour interdire, en tant que tel, l'appel à une forme d'objection de conscience, que chacun est libre de manifester ou pas, dépourvu de toute contrainte susceptible d'entraver la liberté des consommateurs, lancé par des organisations non gouvernementales ne disposant d'aucune prérogative de puissance publique, à ne pas acheter des produits en provenance de tel pays déterminé, en guise de protestation morale contre la politique de cet Etat."
Plaf ! Ce juge fait des phrases un peu longues, mais il dit "ou pas", ce qui me le rend sympathique, et il dit fort et clair le contraire de ce que dit le ministère de la justice.

Nul doute que cette décision est vouée à un grand avenir en cour d'appel, en cour de cassation et à la cour européenne des droits de l'homme, pour peu que l'association de la dame prévenue en question soit aussi opiniâtre que M. Willem. La suite au prochain épisode, dans quelques années, à moins que le Garde des Sceaux ne change d'avis un de ces quatre, ce qui n'est pas entièrement improbable...

Mais, me direz-vous peut-être, pourquoi lisai-je tout ce pensum indigeste qui ne m'intéresse en rien, alors que moi je veux boycotter les produits Duchmol, non pas parce qu'ils sont israéliens, mais parce que ce sont des putain d'enfoirés, et j'ai des preuves !

Ah oui ma chère Maud, de ce côté là aussi, c'est un peu compliqué...
Car pendant ce temps, au civil, le tribunal de grande instance de Paris condamne benoîtement l'appel au boycott.
Mme C. n'est pas satisfaite de l'appartement qui lui a été vendu par un promoteur immobilier. Elle crée un site internet spécialement pour dénoncer les manquements de ce promoteur et appeler au boycott de ses autres programmes.
Par jugement du 25 janvier 2010, le tribunal nous explique que "Madame C. pouvait être légitimement irritée par les retards récurrents du programme immobilier dans lequel elle avait investi une somme importante, même s’ils pouvaient s’expliquer par la déconfiture de l’entreprise de gros œuvre. Pour autant, elle n’était pas fondée à appeler au boycott d’un autre programme du promoteur. En le faisant, elle a manifesté une intention de nuire audit promoteur et engagé sa responsabilité civile."
Cependant, le site de Mme C. étant resté en ligne peu de temps et sa fréquentation étant qualifiée de "très modeste", le tribunal considère que le préjudice causé est négligeable, et la condamne à un euro symbolique.

Donc, vous avez le droit d'appeler au boycott, mais vous êtes financièrement responsable du préjudice causé, sauf à pouvoir démontrer que votre appel n'a eu strictement aucun effet. Génial.

En résumé, NON l'appel au boycott n'est pas interdit en France, MAIS ça ne vous empêchera pas d'être condamnés.
Ah vous croyiez vivre dans un Etat de droit ? Zut, je vous ai encore déprimés....


Sources :
*Article 225-1 du Code Pénal
*Article 225-2 du Code Pénal
http://www.liberation.fr/politiques/01012303092-il-est-desormais-interdit-de-boycotter
http://www.pcinpact.com/news/55971-boycott-internet-site-interdit-liberte.htm
**http://www.france-palestine.org/IMG/pdf/gazette_palais_BDS_-_aout_2011.pdf
Arrêt de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, 16 juillet 2009
http://www.legalis.net/?page=jurisprudence-decision&id_article=2865


vendredi 25 novembre 2011

Buy Nothing Day !

Samedi 26 novembre 2011 : http://www.buynothingday.co.uk/

J'aime leurs slogans :
"No Purchase Necessary !"
"Participate by not participating !"

Quand on voit ce qui se passe aux Zétazunis aujourd'hui, pour le Black Friday, on se dit que c'est pas gagné...



dimanche 23 octobre 2011

Abercrombie and Fitch, le vilain Americain

Il y a déjà des années que les enfants de l'upper middle class française demandent à leurs parents, lorsqu'ils partent en voyage d'affaires aux Etats-Unis, de leur ramener des habits de Abercrombie and Fitch.

En mai 2011, la marque s'est installée sur les Champs-Elysées. Enfin ! Comme s'exclament tous les blogs de fashion-victims.
Enfin, vos enfants vont pouvoir participer sur place à la destruction de la civilisation, avec votre argent.
Oh, goody goody !

A la fin du XIXème siècle M. David Abercrombie rencontra M. Ezra Fitch et ensemble ils ouvrirent à Manhattan une boutique d'équipements de luxe pour les excursions de pêche et de chasse de l'upper class.
Cette entreprise prospéra en vendant sur catalogue des casques coloniaux, des cannes à pêche et des fusils à éléphants, toutes choses qui finirent par se démoder dans les années 60, jusqu'à mener à la faillite en 1976.

Le nom et le fichier des clients changèrent de mains plusieurs fois. And then, in 1992, came Mike Jeffries.
La société propriétaire d'A&F, The Limited, basée dans l'Ohio, nomma Jeffries pour "revamper" la marque, comme on dit en anglais, et pour revamper, il a revampé...

Je vous épargne de longs développements sur la stratégie du branding, on peut lire la réédition mise à jour de No Logo, de Naomi Klein. Les campagnes de publicité de A&F sont un modèle du genre.

M. Jeffries a un idéal de beauté disons réducteur. Son idéal doit être grand et beau et costaud, et blanc, et blond, et glabre. Et riche. Et de préférence, patriote.
Les sujets sont surtout masculins et me rappellent irrésistiblement les Hitler Jungend. Sauf que ces derniers étaient plus habillés.

Car, deuxième particularité, les publicités de A&F ne montrent pas les habits. Leurs modèles sont pratiquement à poil. Ils s'habillent chez tout-nu, comme disait mon grand-père.

Le système pavlovien est bien connu : associer solidement dans le cerveau la marque Abercrombie & Fitch avec des visions de sexe et de nudité. Très efficace particulièrement chez les adolescents victimes impuissantes (si j'ose dire) de leurs bas instincts. Ici, message spécial : Jeune homme, acheter très cher un t-shirt Abercrombie and Bitch ne te donnera pas magiquement les abdos du type sur la photo, ni sa (supposée) vie sexuelle. Quoique.
Car si l'objet de ta concupiscence est elle/lui aussi fan des campagnes A&F, et associe illico la vue du logo sur ton t-shirt à des idées de sexe et de nudité... Ca peut le faire...

Dans les années 2000, le photographe Bruce Weber, connu pour sa pornographie chez Calvin Klein, fait du catalogue A&F un classique de l'homo-érotisme, et un ornement de choix des tables basses dans les intérieurs gay, au point d'alarmer les incontournables ligues de vertu américaines. Tout en publiant un catalogue interdit aux moins de 18 ans sous plastique opaque, la direction de la marque assure que les photos de jeunes Apollons nus se roulant les uns sur les autres ne font que dépeindre "l'esprit de camaraderie si caractéristique des valeurs américaines".
Je vous laisse juger...
Personnellement je me fais du souci pour ces jeunes gens : sont-ils rasés de force ou épilés à la cire ? L'absence du moindre poil est si évidente que Google associe ces photos avec des publicités pour l'épilation au laser !

Anyway, la progression commerciale fulgurante de A&F n'est qu'une longue suite de scandales, procès, boycotts et autres indignations publiques, les valeurs soi-disant véhiculées par la marque, la beauté et l'insouciance de la jeunesse, étant plutôt pour beaucoup un racisme et un sexisme rarement assumés avec autant d'arrogance. Il y a même un livre entier consacré à la question :  Why I Hate Abercrombie & Fitch : Essays on Race and Sexuality par un certain Dwight A. McBride.

La sordide ironie de l'affaire est que ce "modèle" physique qui exclut à peu près 99% de la population des Etats-Unis comme d'ailleurs est connu sous le nom de "All American"...

Mais tout ceci n'est pas le plus grave et nos enfants de riches n'ont qu'à développer une résistance à la publicité ou bien mourir de faim ruinés par leur addiction à la société de consommation. I don't really care.

Le problème est ailleurs.
Il n'y a pas grand monde parmi les indignés des universités "libérales" aux Zétazunis qui se soit penché sur les produits vendus par Abercrombie & Fitch.

Il faut dire qu'on ne les voit jamais ! Ni sur les publicités, ni dans les boutiques, où il fait noir. Car c'est un autre gimmick de la marque que d'ouvrir sur les plus prestigieuses avenues du monde des boutiques géantes qui ressemblent à ces discothèques cathédrales qui sévissaient dans les années 70, style studio 54, avec de la musique à fond et bien sûr des beautiful people dénudés comme vendeurs et vendeuses, qui ne font pas l'objet d'une procédure de recrutement mais d'un "casting" dans un esprit d'insouciante camaraderie qui fait fi du code du travail.

Finalement les habits quand on prend la peine d'aller les voir sur le catalogue sont très quelconques, c'est ce qu'on appelle le style preppie en anglais, une espèce de mélange de minet et de bûcheron canadien. Polos, pulls torsadés, jupes plissées, chemises à carreau et jeans déchirés. Plus une étrange obsession pour les tongs.
Le tout quatre fois plus cher qu'aux Trois Suisses.

Bien, et alors, d'où viennent ces vêtements ? Comment et par qui sont-ils fabriqués ? Voila qui est beaucoup plus difficile à savoir. C'est là que le bât blesse vraiment, et même tue parfois.
Tout comme Wal Mart, Carrefour ou H&M, Abercrombie fait fabriquer ses produits par des esclaves dans le tiers-monde. La différence, c'est qu'il n'a même pas l'excuse de vendre à bas prix.

Ashulia, Bengladesh
Quelques campagnes organisées par les admirables associations Clean Clothes et Change.org nous éclairent sur les conditions de production. On sait que toutes les marques de confection que nous connaissons sous-traitent la fabrication, ou plutôt l'assemblage des vêtements à des entreprises principalement asiatiques qui emploient des ouvrières dans des sweat-shops, ateliers installés dans des zones franches où personne ne paie d'impôts. Si quelqu'un se plaint des conditions de travail, a l'idée de la ramener en formant un syndicat ou en ameutant la presse, il suffit de rompre le contrat et de passer commande ailleurs. Le sous-traitant fait faillite, ses responsables disparaissent dans la nature, et voila !

En 2010 Abercrombie a figuré dans le Sweatshop Hall of Shame, établi par l'International Labor Rights Forum, en compagnie de Hanes, Ikéa, Pier Import, et bien sûr Walmart.  Cette liste, je cite, "highlights the most abhorrent of companies."
"Ces entreprises emploient des travailleurs qui triment de longues heures dans des conditions dangereuses pour des salaires de misère. Lorsque ces travailleurs tentent de former un syndicat pour exprimer collectivement leurs difficultés, ils sont menacés par leur direction, et risquent d'être licenciés ou même battus. Ces entreprises utilisent des fournisseurs qui emploient des pratiques illégales pour supprimer les droits des travailleurs."

Partout dans le monde les syndicalistes sont menacés de licenciement, et les droits des travailleurs sont mis à mal, c'est vrai. Mais ce n'est pas tout à fait le même niveau. Un exemple : connaissez-vous Saipan ?

Saipan est la plus grande des quatorze îles qui forment l'archipel des Mariannes du Nord, dans l'océan Pacifique. Elles font partie du commonwealth des Etats-Unis.
Saipan abrite une industrie de la confection d'un volume de plus d'un milliard de dollars. Une trentaine d'usines emploient plus de 10.000 travailleurs, la plupart des jeunes femmes originaires de Chine, des Philippines, de Thaïlande, du Viet-Nam ou du Bengladesh.

En 1999, les travailleurs de Saipan associés à plusieurs ONG ont réussi à porter plainte contre des dizaines de grands noms du prêt-à-porter. Le contenu de la plainte est édifiant.
Les employés, logés dans des conditions déplorables, travaillaient douze heures par jour, sept jours par semaine. Ils étaient payés 3,05 dollars de l'heure, sans paiement des heures supplémentaires. Mais en réalité ils n'étaient pas payés du tout, car les recruteurs qui leur avaient fait miroiter des super conditions de travail "aux Etats-Unis", leur avaient d'abord extorqué jusqu'à 7000 dollars de commission pour être embauchés.
De nombreux travailleurs ont aussi témoigné qu'ils avaient signé des contrats "fantômes" par lesquels ils renonçaient à des droits élémentaires comme adhérer à un syndicat, assister à des services religieux, se marier, ou même démissionner ! De toutes façons, ils n'avaient pas les moyens de rentrer chez eux, et leurs passeports étaient confisqués. La conclusion des avocats des plaignants est la même que la vôtre : esclavage.
Comble de cynisme, les employeurs ont été également accusés de publicité mensongère, pour avoir utilisé des étiquettes "Made in the USA",  et fait la promotion de leur produits comme étant fabriqués dans des conditions éthiques !

Après cinq ans de bataille judiciaire, 23 fabriques de Saipan et 26 détaillants ont versé 20 millions de dollars d'indemnité à titre de "réglement amiable" (settlement), et ont promis de cesser leurs abus les plus grossiers.
Parmi les entreprises américaines concernées se trouvent Abercrombie, Calvin Klein, Donna Karan, Gap, J. Crew, Liz Claiborne, HoshKosh, Polo Ralph Lauren, Tommy Hilfiger.
Le seul qui a refusé jusque au bout de participer au fond d'indemnisation est Levi's, un autre très vilain Américain.

En 2010, l'organisation Clean Clothes est entrée dans un nouveau bras de fer avec Abercrombie, au sujet d'une fabrique qui avait fermé "inopinément" au Cambodge en 2008, sans payer les salaires ni les indemnités de licenciement. Sous la pression de l'ONG, les autres clients de cette société, Gap (encore !) a accepté de payer "une partie" des indemnités, et Target a proposé 5 dollars par personne, ce qui a été refusé par le syndicat... Seul Abercrombie a fait le mort.

Je traduis ce que Clean Clothes a à dire sur la question :
"En termes de responsabilité sociale des entreprises, Abercrombie and Fitch est l'une des plus conservatrices parmi les entreprises occidentales de prêt-à-porter. La marque à la mode n'a pas de code de conduite concernant ses relations avec les fabriques auxquelles elle sous-traite sa production, et en général manque de transparence au sujet de sa politique d'approvisionnement. La société a également refusé de dialoguer avec Clean Clothes au sujet de sa responsabilité sociale."

En janvier 2011 c'est Change.org qui se fâche.
Le 15 décembre 2010, 28 travailleurs ont péri dans l'incendie d'un atelier à Narsinghapur, au Bengladesh. Ils étaient payés 24 dollars par mois. Le salaire minimum légal du Bengladesh est de 42$ par mois.

Ils fabriquaient des vêtements pour Abercrombie, Gap, JC Penney, Target, Wrangler, Calvin Klein, Tommy Hilfiger. Les suspects habituels.

Cinq de ces sept compagnies ont accepté de travailler avec un consortium d'associations de défense des droits des travailleurs pour indemniser les victimes et exiger de leurs fournisseurs de meilleures conditions de sécurité.

Abercrombie et Target ont répondu qu'ils examineraient des options de compensation, et ont suggéré des programmes de formation des travailleurs à la sécurité. Quand on voit l'état des bâtiments, suggérer que la sécurité est la responsabilité des employés, c'est toujours la vieille technique : blame the poor for hunger.

L'association a publié un article fort énervé intitulé "Abercrombie and Target ignore more than 65000 Change.org members." Apparemment en vain.
Depuis JC Penney a abandonné le programme. Après une nouvelle pétition de plus de 100.000 signatures, la firme a accepté en octobre 2011 de signer des engagements. L'histoire n'est pas terminée...

All American, indeed... Notons que les Européens ne font pas mieux, il y a seulement encore moins d'organisations pour les dénoncer. L'association Ethique sur l'étiquette est l'émanation française de Clean Clothes. Elle a traduit en français un rapport de cette organisation sur la grande distribution, dont Carrefour et Lidl : http://www.ethique-sur-etiquette.org/IMG/pdf/1-2_Rapport_Cash.pdf

MISE A JOUR 24 JUILLET 2013 : Employés et ex-employés de Abercrombie Paris, c'est le moment de témoigner : http://obsession.nouvelobs.com/mode/20130724.OBS0849/le-defenseur-des-droits-va-enqueter-sur-abercrombie.html

MISE A JOUR 9 FEVRIER 2014 : Mike Jeffries menacé de licenciement par son conseil d'administration : http://nymag.com/thecut/2014/02/why-abercrombie-is-losing-its-shirt.html

Sources :
Naomi Klein : No Logo, new edition Picador 2010, édition française Babel 2002
http://www.greenamerica.org/programs/responsibleshopper/company.cfm?id=178
http://www.la-vie-en-mode.fr/evenement/abercrombie-fitch-magasin-paris/
http://www.salon.com/life/feature/2006/01/24/jeffries/index.html
http://retailindustry.about.com/od/frontlinemanagement/a/AbercrombieFitchMikeJeffriesquotes.htm
http://www.puretrend.com/marque/abercrombie-fitch_b4294959752/communication_i3/1
http://jezebel.com/5208199/finally-teens-dont-like-or-want-to-be%E2%80%94girls-who-wear-abercrombie--fitch
http://www.zimbio.com/Abercrombie+and+Fitch+Clothing/articles/19/Abercrombie+Fitch+Clothings+Brand+Marketing
http://laborrights.org/creating-a-sweatfree-world/sweatshops/resources/12211
http://www.cleanclothes.org/newslist/617-saipan-sweatshop-lawsuit-ends-with-important-ga
http://www.cleanclothes.org/urgent-actions/us-brands-on-the-spot-over-factory-closure-in-cambodia
http://news.change.org/stories/abercrombie-and-target-ignore-more-than-65000-changeorg-members
http://www.thedailystar.net/newDesign/news-details.php?nid=166145
http://www.change.org/petitions/jc-penney-dont-break-your-promise-to-families-of-workers-who-died-making-your-clothes

samedi 11 décembre 2010

Noël virtuel

Personnellement je n'ai ni famille ni religion et le dernier qui m'a vue acheter un cadeau de Noël n'est pas jeune, c'est donc par pur altruisme que j'ai recherché pour vous des alternatives au foulard, au Prix Goncourt et à la boîte de chocolat...

Il m'est apparu que de nos jours nos maisons, appartements, studios, yourtes sont toujours trop petits et trop remplis de choses. Halte aux choses. Il faut arrêter d'en acheter, et d'en offrir. Si malgré tout vous persistez à vouloir participer au grand potlatch national et dépenser de l'argent, voici des cadeaux virtuels, élégants, amusants, voire utiles, et surtout qui ne prennent pas de place.

Autre avantage, les cadeaux virtuels s'achètent virtuellement par internet, depuis le confort douillet de votre salon, ce qui évite de passer un samedi de décembre dans les magasins, horresco referens.
D'un autre coté, être anglophone et muni d'un compte paypal, ça aide, mais bon, on n'a rien sans rien...

A Kiva gift certificate
Je commence par mon chouchou Kiva.org, site de micro-crédit, dont j'ai fait l'apologie enthousiaste en 2008 (voir Modern heroes).
On peut envoyer par mail une invitation à investir 25 dollars dans le commerce d'un quidam quelque part dans le monde. L'argent est remboursé, et on peut recommencer.
C'est donc un investissement durable, comme dit l'autre.

Un nom de domaine
La pub du site Give a.co explique que les noms de site de .com sont déjà tous pris et se revendent à prix d'or.
Le suffixe .co est né en juillet 2010, et il a apparemment du mal à prospérer puisqu'il fait des offres spéciales pour les fêtes. 35 $ pour le nom de domaine seul, 75 $ pour un pack "fabriquez votre website".
Songez à votre cousin qui s'appelle FabriceDurand128293@hotmail.com, alors qu'il pourrait s'appeler Moi@FabulousFab.co... Offrez des noms de domaines aux adolescents, ça boostera leur ego et garantira leur existence informatique, avec un peu de chance il apprendront le html au lieu de perdre leur temps sur facebook...

Un abonnement à Point de Vue
Oui, mais numérique.
Non ne riez pas votre grand-tante Marie-Appoline de La Motte-Beuvron n'est pas plus bête qu'une autre, elle sait très bien se servir de son ordinateur une fois qu'on lui a mis les icônes en grandeur maxi.
Elle aime beaucoup les histoires de rois et de princesses, mais comme elle ne jette rien, mieux vaut éviter l'abonnement papier...

Un certain nombre d'abonnements numériques sur discountpresse.com
17, 35 € les six numéros de Point de Vue, pas cher. Je m'aperçois à cette occasion que Point de Vue, autrefois célèbre sous le sobriquet "Coins de Rue Images Immondes" est devenu trimestriel. Splendeur et décadence...

Un film
Sur le site de touscoprod vous pouvez investir une somme modique (à partir de 9€ apparemment) ou pas dans la production d'un film, d'une vidéo ou d'un court-métrage.
Au pire l'heureux co-producteur sera invité à la première, ou au tournage, au mieux il sera remboursé, ou décuplera la mise (c'est arrivé une fois).

En attendant il pourra rêver qu'il est un requin d'Hollywood, un véritable player, c'est moins nauséabond que le gros cigare et moins onéreux que la piscine à débordement...



Un avion
L'association Aviation Sans Frontières lance une souscription pour acheter un nouvel avion. C'est un joli Cessna spacieux et costaud qui peut transporter du matériel médical et atterrir sur les pistes rustiques d'Afrique.
Pour 50€ (dont 66% déductibles des impôts) ASF vous donne un certificat purement virtuel pour votre part d'avion.
L'un des souscripteurs sera tiré au sort pour accompagner les volontaires d'ASF dans l'une de leurs missions en République Démocratique du Congo, histoire de vérifier que l'avion, lui, n'est pas virtuel. Mais si vous estimez que ce n'est pas un cadeau d'essayer d'envoyer vos amis à Kinshasa, je peux le comprendre, je suppose que l'on peut renoncer au bénéfice de la loterie...

La lune
Carrément.
Le site délicieusement rétro de l'Agence terrestre de propriétés lunaires vend des terrains sur la lune à partir de 13€ l'acre. Je la remercie d'ailleurs car j'apprends enfin qu'une acre fait 4047 m², chose que je n'ai jamais sue et n'ai jamais pris la peine de vérifier jusqu'à maintenant.
Pour la mer de la Tranquillité c'est plus cher (23,99€), car le site est plus pittoresque et plus proche du heu... de l'aluniport.
Je cite : "Votre package propriété contient également un titre de droit superbement parcheminé, une photo satellite de la propriété ainsi qu'un relevé d'informations contenant le détail géographique de votre région."
Quitte à être dans la lune, autant être maître chez soi, moi je dis...

jeudi 25 février 2010

How to wear a saree


Tout le monde rêve de porter un sari,
ou alors de l'enlever, pour les plus polissons.

C'est à la fois plus simple et plus compliqué qu'il n'y paraît : le sari est un morceau de tissu de 1m30 sur 6m50, rien de plus. C'est aussi une vaste escroquerie, puisque les Indiennes portent un jupon et un corsage en-dessous, elles sont donc parfaitement couvertes déjà et tout ce tissu ne sert qu'à faire joli.... Jamais les femmes n'ont eu l'air aussi nues en étant aussi habillées.
Voici un mode d'emploi.
Bon... Vu comme ça ça n'a pas l'air évident.

Essayons un autre diaporama plus complet, et légèrement plus sexy. C'est la même chose, mais à l'envers...

Vous n'avez toujours rien compris ?
C'est pas grave, c'est très joli quand même...

Pour ceux que les sortilèges de l'orient mystérieux laissent froids, et qui préfèrent les t. shirts de Iron Maiden (ou d'ailleurs) voici la vidéo absolument indispensable qui va changer votre vie, surtout si par hasard vous êtes vendeur(se) dans le prêt-à-porter... http://www.videojug.com/film/how-to-fold-a-t-shirt-in-2-seconds-explained

jeudi 16 avril 2009

Animal prints

Ne dites pas panthère, zèbre, tigre ou vache, dites Animal Print, c'est mode.
Et il n'est jamais trop tôt pour commencer :








Bien sûr en commençant si jeune, on risque de sombrer dans l'excès plus tard...






Si les tigres vous donnent des cauchemars au plumard, voici d'autres options ...




Ceci est un gâteau d'anniversaire...
Dans les chaussures on peut boire le champagne, si on tient à être résolument décadent.

Le rideau de douche, un grand classique. Plus bas oui c'est bien un trombone à coulisse, j'en vois qui sont jalouses...









Ces faux ongles exercent sur moi je dois dire une fascination morbide...





Cet objet est assez joli en fait. Qu'est-ce que c'est ? un paillasson !













Je dois confesser qu'on m'a vue dans ce genre de collants...



...mais pas dans ce genre de chapeau qu'il faut réserver pour un voyage au Texas en compagnie de Paris Hilton.



On ne dira jamais assez combien Pedro Almodovar a fait pour la réhabilitation dans la coolitude de l'animal print ringard. Pour les femmes, le caniche assorti à la valise est un must.

Pour les hommes, l'indispensable panoplie en peluche du chauffeur de taxi mambo de Mujeres al Borde de un Ataque de Nervios.




Si c'est encore too much, une petite touche dans les toilettes, ou dans la cabane du jardin peut-être ?