vendredi 28 mai 2010

Hôtel Pozzo di Bongo

Au 51 rue de l'Université, au coeur de ce que Marcel Proust appelait le Faubourg Saint-Germain, et que l'on appelle maintenant le "bon 7ème", se trouve un aimable pied-à-terre de 4500 m2 entouré de 3700 m2 de cours et jardins, et connu depuis une paire de siècles sous le nom d'Hôtel Pozzo di Borgo.

L'hôtel particulier, dit d'abord de Longueil, ou de Maisons, puis d'Angervilliers, puis de Soyecourt du nom des propriétaire successifs, a été construit en 1706 par l'architecte Pierre Cailleteau dit « Lassurance ».

Pour la petite histoire à l'intérieur de la petite histoire, ce Cailleteau n'était pas un péquenaud : il a été dessinateur dans l'administration des Bâtiments du Roi dans les années 1680. On lui attribue la plupart des esquisses décoratives réalisées pour le château de Versailles et le Trianon de marbre autour de 1690, pour ceux qui aiment ce style. Officiellement élève de Hardouin-Mansart, premier architecte de Louis XIV, les mauvaises langues disent qu'il était plutôt son maître. « Hardouin-Mansart était ignorant dans son métier, et de Cotte, son beau-frère, l'était guère moins. Ils tiraient tout d'un dessinateur qu'ils tenaient clos et à l'écart chez eux, qui s'appelait Lassurance, sans lequel ils ne pouvaient rien. » rapporte Saint-Simon, le people gossip du Siècle d'Or.

Cailleteau quitta ensuite le service du Roy pour s'associer à un certain François Duret, Député au Parlement de Paris, puis président de la Chambre des Comptes, puis Président du Grand Conseil, sorte d'ancêtre du Conseil d'Etat, de 1699 à 1708. Qualifié par ses contemporains de financier, entrepreneur ou spéculateur, Duret était ce qu'on appellerait aujourd'hui un promoteur immobilier : finançant la construction de palais qu'il revendait aussi sec à la noblesse, il est en grande partie responsable de l'aspect que le faubourg Saint-Germain garde encore aujourd'hui. C'est donc pour Duret que Cailleteau construisit l'hôtel dont auquel, acquis en 1707 par Claude de Longueil, marquis de Maisons.

Enjambons deux siècles pour accueillir Carlo Andrea Pozzo di Borgo, dit Charles-André, qui nous vient d'Ajaccio comme Napoléon Bonaparte et autres plaies.
Cousin éloigné et ami d'enfance de Napoléon et son frère Joe (alias Pepe), il devint ensuite leur ennemi juré pour de sombres histoires de politique locale corse, ce qui quelque part lui rendit service puisqu'ayant débuté comme député de Corse en 1789, il dut s'exiler pendant l'Empire et réussit à se mettre dans les petits papiers du Tsar, pour revenir triomphalement à Paris à la Restauration comme Ambassadeur de Russie.

Mes relations chez les généalogistes me donnent les informations suivantes : Carlo Andrea Pozzo di Borgo, né à Alata (Corse-du-Sud) le 8 mars 1764, Chevalier de l'Ordre de Saint André et de Saint Wladimir de Russie, Chevalier de la Toison d'Or, Grand Croix de Saint Etienne de Hongrie, Grand Croix de l'Aigle Noir de Russie, Commandeur de Saint-Louis, Comte et Pair de France (Ordonnances des 15 janvier 1816 et décembre 1818), comte héréditaire de l'Empire Russe (Oukazes de S.M. Nicolas I des 22 août 1826 et 17 septembre 1827).
Oukazes de Nicolas Ier, c'est chic quand même. Ca en jette, je trouve.

En bref une belle carrière de haut-fonctionnaire, pendant laquelle il acheta la baraque de la rue de l'Université, probablement en 1814. Il y mourut en 1842, sans descendance, ne s'étant pas marié pendant toutes ses aventures.
Il avait en revanche une armée de cousins en Corse, dont Paolo Felice Pozzo di Borgo, Trésorier Payeur Général de la Corse, dit "U pagadore", mort assassiné par deux cousins corses, ça ne s'invente pas...
L'un des fils de Paolo Felice, Jérôme, épousa une certaine Aline de Montesquiou-Fezensac, un nom bien proustien.

Pour rester dans l'architecture, il semble que les Pozzo di Borgo aient eu une manie curieuse (et coûteuse) : celle de déménager non pas les meubles, mais les immeubles. Jérôme Pozzo di Borgo acheta dans les années 1840 le domaine de Montretout à Saint-Cloud.  De 1896 à 1899, il fit transférer le château à Dangu, dans l'Eure, sur un domaine qu'il avait acheté entretemps. Pour sa défense, le château de Montretout avait été incendié en 1871 pendant le siège de Paris. (Le domaine de Montretout quant à lui est, aux dernières nouvelles, toujours la propriété de Jean-Marie Le Pen, cerné par les huissiers.)

Son fils Charles Jean Félix Pozzo di Borgo, héritier du titre de Comte et de l'hôtel de la rue de l'Université, fit construire à La Punta, en Corse, un château avec les pierres du château des Tuileries, détruit aussi en 1871.
Cet épisode est particulièrement rocambolesque : ..."C’est au printemps de 1883 que le comte Charles Pozzo di Borgo acheta un lot important des pierres des Tuileries provenant des carrières de Vaugirard. Avant de déposer avec soin le lot acquis, il fit photographier sur place l’ensemble des pierres choisies. Ces pierres furent numérotées et mises dans des caisses inventoriées sur un registre. (...) On fit partir les caisses par le chemin de fer jusqu’à Marseille et on les entreposa dans les docks. Il y avait alors deux départs par semaine des bateaux à vapeur faisant le service entre Marseille et Ajaccio. L’un de ces paquebots-poste appartenait à la Cie Valéry, (dirigée par la famille de Paul Valéry), l’autre à la Cie Transatlantique. L’un et l’autre de ces courriers débarquaient sur le quai d’Ajaccio un certain nombre de caisses qui étaient ensuite transportées par charrettes au hangar de la Villeta. Il y en eut 185 en tout..."*

Mais brisons là, avant de faire une overdose de factoïdes.

Avec le XXème siècle vint la (relative) débine. Une partie du Palais fut aménagée en appartements,  loués à des travailleurs tels que par exemple Karl Lagerfeld, ou occupés par divers descendants de Charles, le déménageur des Tuileries.

On y trouvait dans les dix dernières années Philippe Pozzo di Borgo, ancien directeur délégué des champagnes Pommery (groupe LVMH), devenu tétraplégique à la suite d'un accident de montagne en 1993. Il a écrit un livre sur son expérience, Le second souffle (éd. Bayard, 2001), et on murmurait la semaine dernière au festival de Cannes que des réalisateurs français préparent un film inspiré de sa vie, sous le titre "L'intouchable". Vous me direz après ça si mes informations ne sont pas actualisées...

Comme je ne suis pas (encore) abonnée au Who's Who, je n'ai pas pu savoir où habite Yves Pozzo di Borgo, sénateur de Paris pour le Nouveau Centre et ancien adjoint au maire du... VIIème arrondissement.

Plus glamour, Laetitia Pozzo di Borgo travaille pour Maxim's, et attire les people dans des réceptions mondaines, telles que celle-ci, relatée dans (autant aller directement à la source) Point de Vue en mai 2008.


L'avantage de ce genre de gens, c'est qu'on sait où les trouver. Par exemple dans le Figaro, qui vend la mêche en novembre 2009 : " Un lieu secret au cœur du VIIe. La famille Pozzo di Borgo a mis en vente le somptueux hôtel particulier du XVIIIe siècle qu'elle occupe rue de l'Université, et dans lequel a longtemps vécu Karl Lagerfeld. En attendant l'aboutissement des tractations, les Pozzo di Borgo (qui logent dans les étages) louent certains salons du rez-de-chaussée et son merveilleux jardin. Même si, ici, la devise en vigueur aurait quelque chose du célèbre « pour vivre heureux, vivons cachés », la privatisation est possible. Mais uniquement de bouche-à-oreille.
51, rue de l'Université (VIIe). De 15 000 à 30 000 €. "
C'est pas tellement cher, finalement, si j'avais su c'est là que j'aurais fêté mon anniversaire...

En fait, l'hôtel est proposé à la vente discrètement sous le nom d'hôtel de Soyécourt depuis 2007, par l'agence Emile Garcin (dont le site vaut le coup d'oeil) et il y a bien longtemps que les Pozzo di Borgo louent les salons d'apparat pour se faire de l'argent de poche. L'hôtel est surtout connu pour les défilés de mode, lancements de produits de luxe, Guerlain, Vivienne Westwood (photo), Ralph Lauren, Swarovski...

Plus branchées, des fêtes privées sont organisées pour divertir la jeunesse dorée, avec des attractions différentes dans chaque pièce, telles que jeux vidéo vintage, bataille de polochons dans le noir, concours de Guitar Hero, ballons remplis d'hélium, et autres joyeusetés d'un crétinisme régressif propre à distraire la progéniture dégénérée des milliardaires qui nous gouvernent.

Mais je m'égare de nouveau.

En 2007, un émir du Qatar avait signé une promesse d'achat de l'hôtel pour 100 millions d'euros, mais avait changé d'avis "abandonnant un dédit colossal" confie tout frissonnant un agent immobilier de luxe. Des minables ces émirs. Des gagne-petit.

Enfin le Canard Enchaîné du 26 mai et l'Express du 27 mai annoncent la bonne nouvelle : l'hôtel Pozzo di Borgo est vendu, et la famille du même nom sauvée in extremis de la soupe populaire. La facture est toujours de 100 millions d'euros. L'heureux acquéreur est une autre puissance pétrolière : le Gabon.

Je ne peux résister au plaisir pervers de citer intégralement le communiqué de la présidence gabonaise :

« Dans son projet de société « l’Avenir en confiance », le président de la République, S. E. Ali Bongo Ondimba, a fait le serment de restaurer l’image du Gabon à l’extérieur. Il a notamment promis d’acquérir des propriétés au bénéfice de nos Représentations diplomatiques.
En ce sens, le Président de la République Ali Bongo Ondimba vient de faire procéder, en toute transparence, à l’acquisition d’un bien immobilier à Paris, rue de l’Université, dans le 7ème arrondissement pour le compte de l’Etat.
Cet immeuble a été acquis au profit de l’ambassade du Gabon en France, pays avec lequel nous avons des liens amicaux étroits et historiques.
En raison de plusieurs évènements importants liés au rôle du Gabon sur la scène internationale, particulièrement en Europe, cette décision du Chef de l’Etat contribue à offrir à notre pays, aux résidents gabonais en France et en Europe, un espace d’échanges, de travail et d’hébergement de délégations gabonaises afin de réduire notablement les frais d’hôtel lors des missions officielles.
Cette acquisition immobilière est d’autant plus opportune qu’elle intervient au moment où l’Ambassade du Gabon à Paris connaît des travaux de réfection de longue durée et qu’il s’agit là d’un placement immobilier pour la République Gabonaise.
De même, cette acquisition s’inscrit dans la logique des décisions visant à rationnaliser et à rentabiliser l’utilisation des finances publiques à court, moyen et long termes.

Présidence de la République Gabonaise » 19 mai 2010
 
"Rationnaliser et rentabiliser l'utilisation des finances publiques." Fabuleux. Hénaurme.

On lit dans le Canard que la "République" gabonaise a également acheté "pour loger une partie des services de l'Ambassade" l'immeuble d'à coté, qui ne peut valoir moins de quelques dizaines de millions d'euros. Si on ajoute les travaux, allez, ça fait en gros 150 millions, ne mégotons pas, après tout il y va de "l'image du Gabon à l'extérieur"... Presque 100 milliards de francs CFA. Le tout sans qu'il soit prévu de vendre l'actuelle ambassade de la rue de la Bienfaisance, dans le VIIIème.

Notons au chapitre de l'économie de chambres d'hôtels que cette somme représente environ 1.500.000 nuits à l'hôtel Ibis de la Tour Eiffel, wi-fi gratuit, petit déjeuner offert, ou encore 220.000 nuits à l'hôtel Crillon, ils en ont de la chance les diplomates gabonais, ils vont pouvoir faire des économies en venant en mission à Paris pendant environ mille ans....

L’Ambassadeur du Gabon en France, Mme Félicité Ongouori-Ngoubili, ancien Directeur adjoint de cabinet du président Omar Bongo, a-t-elle supervisé cette transaction ? Percevra-t-elle une commission ? A ce prix là même 1% ce n'est pas négligeable... Aura-t-elle au moins sa résidence dans le désormais Hôtel Bongo ?
Inquiring minds want to know, comme dit l'autre.

Un peu d'histoire : en 1967, Albert Bernard Bongo dit ABB ou même Alpha Bravo deux fois par les vieux colons est porté au pouvoir par Jacques Foccart, qui d'autre. En 1973, pour fêter son entrée à l'OPEP, ABB se convertit à l'islam et se fait appeler Omar El Hadj Bongo, son fils Alain Bernard devenant Ali Ben Bongo (ce qui fait qu'il est resté Alpha Bravo deux fois, lui, dommage que le surnom soit tombé en désuétude).

Omar savait se maintenir au pouvoir mieux que moi à cheval, puisqu'il y resta jusqu'à sa mort en 2009, entouré des soins affectueux des siens, la France, la compagnie Elf, la Mairie de Paris, le Département des Hauts-de-Seine, etc... à défaut d'être soutenu par son peuple qui était occupé à crever de faim dans la dignité et la discrétion. (Au sujet de l'enterrement de Bongo voir l'article Racaille du 16 juin 2009).

Seule ombre à cette idylle,  en mars 2007 les associations Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la Diaspora portent plainte auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris contre cinq chefs d’Etats africains en fonction et leurs familles, Omar Bongo, son beau-père Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Eduardo Dos Santos (Angola) et Teodoro Obiang (Guinée équatoriale). Ils sont soupçonnés par les trois associations d'être propriétaires en France de nombreux biens immobiliers de luxe et détenteurs d’avoirs bancaires auprès de banques françaises et/ou de banques étrangères ayant des activités en France. Sans blague. Une enquête policière est ouverte par le parquet de Paris en juin 2007, puis classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée » en novembre 2007. Sans blague 2.

Mais, rebondissement, voici que le Monde** publie en janvier 2008 la liste des immeubles appartenant à ces messieurs, telle qu'établie par les procès-verbaux de la police. La famille Bongo y tient de loin la première place. "Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille. (...) Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M. Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété "est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67, 215 et 176 m2) et d’une piscine", précise le procès-verbal."


Selon les policiers, le président Bongo dispose de quatre adresses distinctes à Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7ème arrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant – souvent – par le 16e arrondissement parisien, l’enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et actuel ministre des affaires étrangères, et d’autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita.

"La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8ème arrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans."

Omar est furax, mais ses ennuis ne font que commencer. Le 2 décembre 2008, Transparency International France, l'Association Sherpa et un citoyen gabonais, Grégory Ngbwa Mintsa, déposent une nouvelle plainte assortie d'une constitution de partie civile visant Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso et Teodoro Obiang ainsi que leurs entourages pour recel de détournement de fonds publics.
Le 5 mai 2009, la doyenne des juges du pôle financier de Paris Françoise Desset juge recevable la plainte, ce qui ouvre la voie à une enquête judiciaire. Cette décision est prise contre l'avis du parquet qui a fait appel le 7 mai. La magistrate a en revanche rejeté la constitution de partie civile du ressortissant gabonais Grégory Ngbwa Mintsa.

C'est la raison pour laquelle Omar Bongo, craignant d'être inquiété par la justice en France, est hospitalisé le 11 mai 2009 et meurt à une date incertaine en juin à Barcelone, au lieu de rendre l'âme à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, comme tout dictateur ami de la France qui se respecte.

Ali Bongo, fils aîné de son père, est désigné candidat par le parti au pouvoir pour l'élection présidentielle prévue le 30 août 2009. Quelques jours avant l'élection, Robert Bourgi, conseiller de Nicolas Sarkozy pour les relations avec les pays africains, fait devant la presse une déclaration d'une subtilité de Panzer :
« Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l'électeur le comprendra. » Subliminal, en effet.

Ali Bongo, mal élu (au scrutin majoritaire à un tour avec 41,75 % des voix) est président du Gabon depuis le 16 octobre 2009. Le "candidat du changement" a été décoré de la légion d'honneur*** par Nicolas Sarkozy lors de son (troisième) voyage au Gabon le 24 février 2010. A cette occasion, il a déclaré : “J’ai une grande confiance dans votre Président, mais je défie quiconque de penser ou de pouvoir démontrer que la France avait un candidat lors de la dernière élection présidentielle.”
Bref, le cinéma habituel.

C'est dans ce contexte que le communiqué délirant de la Présidence sur "l'acquisition en toute transparence pour le compte de l'Etat", l'"investissement immobilier" et autre "rationnalisation de l'utilisation des finances publiques" prend tout son sens. En gros, plutôt que de faire des acrobaties pour acheter un minable appart avenue Foch au nom de la petite nièce Cunégonde, autant acheter un monument historique dix fois plus cher, au nom de l'Etat, en toute transparence.
A la limite, s'il faut absolument sortir le pognon du pays, mieux vaut le mettre dans la pierre que le confier à Bernard Madoff, par exemple. Ca permet de garder l'espoir de le récupérer un jour.

Il y a des associations riches de bonne volonté et des avocats pro bono qui s'occupent de réclamer ces restitutions, après destitutions des dictateurs. Ca ne marche pas très fort.
Laissons le mot de la fin à Wikipédia :
 
En Suisse plusieurs restitutions ont eu lieu :
658 millions de dollars ont ainsi été restitués après 17 ans de procédure aux Philippines sur les fonds Marcos
2,4 millions de dollars des fonds du dictateur malien Moussa Traoré
594 millions de dollars des fonds du dictateur nigérian Sani Abacha
80 millions de dollars des fonds détournés par le clan Fujimori au Pérou

Le Royaume-Uni a restitué au Nigeria des fonds de Sani Abacha hébergés à Jersey

Les États-Unis et leurs alliés en Irak ont réalisé la plus grosse restitution en saisissant en 2003 plus de 2 milliards de dollars appartenant à la famille de Saddam Hussein, somme qui doit servir à la reconstruction de l’Irak. (Ouais, bof... NDLR)

La France, premier pays du G8 à avoir ratifié la convention des Nations Unies contre la corruption (Convention dite de Mérida, qui n'est pas en vigueur), n’a procédé à aucune mesure de restitution.


Mise à jour : Voitures de Teodorin Obiang saisies dans son appartement (enfin, le parking de son appartement) 42 avenue Foch le 28 septembre 2011. Seize véhicules de luxe, comme disent les flics, pour une valeur minimale de 5 millions de dollars... 








*Arbre généalogique de la famille Casa-Longa :  http://www.casa-longa.org/fg01/fg01_282.htm
Blog ArchiAct "Cabinet de curiosités architecturales" : http://www.archiact.fr/2008/12/pozzo-di-borgo.html

** Articles du Monde repris dans http://www.cellulefrancafrique.org/L-enquete-de-la-police-met-au.html

*** Ca vaut pas un oukaze du Tsar, mais bon, on fait ce qu'on peut...

Photos anciennes : fond d'archives du Ministère de la Culture : http://www.culture.fr/recherche/?typeSearch=collection&SearchableText=Soy%E9court&SearchWhere=

Pozzo di Bongo suites :
21 février 2011 http://www.gaboneco.com/show_article.php?IDActu=21623
7 mars 2011 http://www.lepost.fr/article/2011/03/07/2427413_declaration-devant-le-pozzo-di-borgo-acquis-par-ali-bongo-bientot-devant-le-cirdi.html
Xaier Harel et Thomas Hofnung : Le scandale des biens mal acquis, éd La Découverte, novembre 2011.

dimanche 11 avril 2010

Is Barack Obama out of his fucking mind ?

This is a joke, right ?




U.S. Approves Targeted Killing of American Cleric
By SCOTT SHANE
Published: April 6, 2010

WASHINGTON — The Obama administration has taken the extraordinary step of authorizing the targeted killing of an American citizen, the radical Muslim cleric Anwar al-Awlaki, who is believed to have shifted from encouraging attacks on the United States to directly participating in them, intelligence and counterterrorism officials said Tuesday.

Mr. Awlaki, who was born in New Mexico and spent years in the United States as an imam, is in hiding in Yemen. He has been the focus of intense scrutiny since he was linked to Maj. Nidal Malik Hasan, the Army psychiatrist accused of killing 13 people at Fort Hood, Tex., in November, and then to Umar Farouk Abdulmutallab, the Nigerian man charged with trying to blow up a Detroit-bound airliner on Dec. 25.

American counterterrorism officials say Mr. Awlaki is an operative of Al Qaeda in the Arabian Peninsula, the affiliate of the terror network in Yemen and Saudi Arabia. They say they believe that he has become a recruiter for the terrorist network, feeding prospects into plots aimed at the United States and at Americans abroad, the officials said.
It is extremely rare, if not unprecedented, for an American to be approved for targeted killing, (no kidding ?) officials said. A former senior legal official in the administration of George W. Bush said he did not know of any American who was approved for targeted killing under the former president.
(Note : That this guy doesn't know doesn't mean there weren't any : The Washington Post, January 27, 2010 : "In November 2002, a CIA missile strike killed six al-Qaeda operatives driving through the desert. The target was Abu Ali al-Harithi, organizer of the 2000 attack on the USS Cole. Killed with him was a U.S. citizen, Kamal Derwish, who the CIA knew was in the car.
Word that the CIA had purposefully killed Derwish drew attention to the unconventional nature of the new conflict and to the secret legal deliberations over whether killing a U.S. citizen was legal and ethical."
Well, is killing a U.S. citizen legal and ethical ?
I have other questions : Is the sky green ?
Do bears shit in the sea ?
Is killing ANY citizen legal and ethical ?)

But the director of national intelligence, Dennis C. Blair, told a House hearing in February that such a step was possible. “We take direct actions against terrorists in the intelligence community,” he said. “If we think that direct action will involve killing an American, we get specific permission to do that.” (Oh, they got permission, that's nice !) He did not name Mr. Awlaki as a target.

The step taken against Mr. Awlaki, which occurred earlier this year, is a vivid illustration of his rise to prominence in the constellation of terrorist leaders. But his popularity as a cleric, whose lectures on Islamic scripture have a large following among English-speaking Muslims, means any action against him could rebound against the United States in the larger ideological campaign against Al Qaeda.
The possibility that Mr. Awlaki might be added to the target list was reported by The Los Angeles Times in January, and Reuters reported on Tuesday that he was approved for capture or killing.
“The danger Awlaki poses to this country is no longer confined to words,” said an American official, who like other current and former officials interviewed for this article spoke of the classified counterterrorism measures on the condition of anonymity. “He’s gotten involved in plots.”

The official added: “The United States works, exactly as the American people expect, ( really ????) to overcome threats to their security, and this individual — through his own actions — has become one. Awlaki knows what he’s done, and he knows he won’t be met with handshakes and flowers. None of this should surprise anyone.” (I am now at a loss for words...)
As a general principle, international law permits the use of lethal force against individuals and groups that pose an imminent threat to a country, (darn, they didn't teach me this at law school...) and officials said that was the standard used in adding names to the list of targets. In addition, Congress approved the use of military force against Al Qaeda after the Sept. 11, 2001, terrorist attacks. People on the target list are considered to be military enemies of the United States and therefore not subject to the ban on political assassination first approved by President Gerald R. Ford.
Both the C.I.A. and the military maintain lists of terrorists linked to Al Qaeda and its affiliates who are approved for capture or killing, former officials said. But because Mr. Awlaki is an American, his inclusion on those lists had to be approved by the National Security Council, the officials said.

(Note : Structure of the United States National Security Council (Wikipedia)
Chair : Barack Obama (President of the United States)
Statutory Attendees : Joe Biden (Vice President of the United States)
Hillary Clinton (Secretary of State)
Robert M. Gates (Secretary of Defense)
Military Advisor : ADM Michael Mullen (Chairman of the Joint Chiefs of Staff)
Intelligence Advisor : Dennis C. Blair (Director of National Intelligence)

Regular Attendees : James L. Jones (National Security Advisor)
Rahm Emanuel (Chief of Staff to the President)
Thomas E. Donilon (Deputy National Security Advisor)
Additional Participants : Tim Geithner (Secretary of the Treasury)
Eric Holder (Attorney General)
Janet Napolitano (Secretary of Homeland Security)
Bob Bauer (Counsel to the President)
Lawrence Summers (Assistant to the President for Economic Policy)
Susan Rice (Ambassador to the United Nations)
Peter Orszag (Director of Office of Management and Budget)

That's 14 more people out of their fucking minds...)

At a panel discussion in Washington on Tuesday, Representative Jane Harman, Democrat of California and chairwoman of a House subcommittee on homeland security, called Mr. Awlaki “probably the person, the terrorist, who would be terrorist No. 1 in terms of threat against us.”

Nope : it does not look like a joke, even though Vanity Fair seems to think it is. And it's getting worse :

The Times, March 25, 2010 : "After 9/11, George W. Bush was granted broad executive powers to combat terrorism around the world, and under Barack Obama the programme of killing using drones has accelerated sharply. Unmanned planes are used routinely to pick out specific enemies, not just in the wild Pakistani borderlands but in Yemen, Somalia and elsewhere.
President Obama has ordered more drone strikes on terrorist targets in his first year in office than President Bush did in two terms. Of the 99 drone attacks carried out in Pakistan since 2004, 89 occurred after January 2008; last year there were a record 50 drone strikes, up from 31 the year before."

And worse :

The Guardian, Sunday 11 April 2010 : "Conservative estimates from thinktanks such as the New American Foundation claim that civilian casualties from drone attacks are around one in three, although this figure is disputed by the Pakistani authorities. According to Pakistani official statistics, every month an average of 58 civilians were killed during 2009. Of the 44 Predator drone attacks that year, only five targets were correctly identified; the result was over 700 civilian casualties."

"Harold Koh, the legal adviser to the US state department, explained the justifications behind unmanned aerial vehicles (UAVs) when addressing the American Society of International Law's annual meeting on 25 March 2010 :
"[I]t is the considered view of this administration … that targeting practices, including lethal operations conducted with the use of unmanned aerial vehicles (UAVs), comply with all applicable law, including the laws of war … As recent events have shown, al-Qaida has not abandoned its intent to attack the United States, and indeed continues to attack us. Thus, in this ongoing armed conflict, the United States has the authority under international law, and the responsibility to its citizens, to use force, including lethal force, to defend itself, including by targeting persons such as high-level al Qaeda leaders who are planning attacks … [T]his administration has carefully reviewed the rules governing targeting operations to ensure that these operations are conducted consistently with law of war principles …
"[S]ome have argued that the use of lethal force against specific individuals fails to provide adequate process and thus constitutes unlawful extrajudicial killing. But a state that is engaged in armed conflict or in legitimate self-defense is not required to provide targets with legal process before the state may use lethal force. Our procedures and practices for identifying lawful targets are extremely robust, and advanced technologies have helped to make our targeting even more precise. In my experience, the principles of distinction and proportionality that the United States applies are not just recited at meeting. They are implemented rigorously throughout the planning and execution of lethal operations to ensure that such operations are conducted in accordance with all applicable law."

This is complete bullshit. This is bullshit at a level that not even Condoleezza Rice dared to approach in her most brazenly creative attempts at reinventing international law.
I will repeat it, with The Guardian of civilized London : "The laws of war do not allow for the targeting of individuals outside of the conflict zone" like Yemen, Somalia or Pakistan.)

NY Times U.S. Approves Targeted Killing of American Cleric (this article)
Wahington Post : Muslim cleric Aulaqi is 1st U.S. citizen on list of those CIA is allowed to kill
Salon : Confirmed: Obama authorizes assassination of U.S. citizen
Vanity Fair : What Does a U.S. Citizen Have to Do to Make Obama Want to Kill Him?
The Guardian : The 'Obama doctrine': kill, don't detain
Washington Post : U.S. military teams, intelligence deeply involved in aiding Yemen on strikes
Gawker : Obama Does Something Bloodthirsty Enough to Please the Psychos
National Review : Obama OK's Targeted Assassination of Awlaki, a U.S. Citizen
The Washington Independant : Why Is It Legal to Kill Anwar al-Awlaki ?

vendredi 2 avril 2010

Blasphème de Pâques

Christ Getting In Shape For Second Coming
April 4, 2007
ISSUE 43•14

HEAVEN—Emerging from a grueling 90 minutes of cardiovascular exercise and light lifting for tone, Son of God Jesus Christ said Monday that He is "definitely on track" to achieve peak fitness condition for the Second Coming.
"If every eye is going to see Me, and all the tribes of earth are going to wail on account of Me, I think I owe it to them and to Myself to be in the best shape of My life," Christ said. "Right now I'm up to 35 minutes at seven [miles per hour] on the treadmill and benching about 165 [pounds]."
 
"I'm really starting to feel like I'll have the strength and endurance to move every mountain and island from its place," Christ added.
Since His birthday last Dec. 25, Christ has committed Himself to a demanding daily regimen of exercise and prophecy fulfillment. Each of His workouts, Christ said, starts with an hour of cardio, after which He focuses on two muscle groups, replacing conventional free weights with the Rod of Iron with which He intends to rule all nations.
"There can be no day of rest," said Christ, His eyes filled with flaming fire. "Rest is for mortals."
The determined Savior has also forsworn His favorite high-calorie, high-carb foods such as fatted calf, loaves, and even His own body and blood, instead embracing muscle-building high-protein shakes and electrolyte-replacing sports drinks. And when temptation calls, Christ need only look at two pictures taped to His refrigerator: an icon of Himself prior to starting His regimen and a reproduction of Michelangelo's "Last Judgment" fresco torn from a magazine.

"The thought of being unable to seize the seven-headed serpent and hurl it into the abyss really keeps Me motivated," Christ said.
The Lamb of God said He made the decision to get in shape late last year when, after two millennia of relative inactivity, He realized that at His age there was "no way" He could return to Earth, judge the souls of the innocent and wicked alike, and reign over the Kingdom of God for 1,000 years without prior conditioning.
"The Second Coming isn't just Me sitting on a great white throne and judging away," Christ said. "I also have to make all of the stars fall and shake all the powers in Heaven. That's why I've been working a lot with the medicine ball."

Christ, however, admitted that centuries of heavenly grace had enabled Him to "really let [Himself] go."
"I can't lead the armies of Heaven looking like some flabby slob," said Christ, who declined to disclose His "before" weight. "That guy can't be the King of Kings and the Lord of Lords. The faithful want a Messiah they can truly fear, not someone who's afraid to take off His shirt in public."
At first, Christ said He thought such a physical transformation would "take a miracle." During the first couple weeks of His exercise program, He couldn't work out on the treadmill for more than 10 minutes without gasping for breath and aggravating the old spear-point injury in His side. Now that He can deftly complete 20 ab-bench push-ups on the highest incline and almost as many chin-ups, Christ said, He feels more energetic than He has since His early 30s.
And not only has frequent exercise made Christ feel more healthy and confident, it's "cleared [His] head, which will really help [Him] deal with the massive amount of smiting and condemning."
Encouraged by His progress, particularly the increased definition in His pectoral and abdominal muscles, Christ is focusing all of His attention on visualizing the success of His Second Coming.

dimanche 14 mars 2010

Romain Gary n'a pas tout dit !

On sait que Romain Gary s'est moqué pendant des années de l'intelligentsia littéraire française en publiant plusieurs romans à succès, dont un prix Goncourt, sous le nom d'Emile Ajar. Il s'en est expliqué dans "Vie et mort d'Emile Ajar", et le pauvre Paul Pawlovitch qui portait le chapeau d'Emile Ajar a raconté son aventure dans "L'homme que l'on croyait".

Les maniaques comme moi savent aussi que Romain Gary a publié sous le nom de Fosco Sinibaldi une satire de l'ONU (tout-à-fait réjouissante, d'ailleurs) alors qu'il était diplomate, et un roman d'aventures intitulé "Les têtes de Stéphanie" sous le nom de Shatan Bogat.

Ce dernier est une espèce de thriller sanglant dans lequel ladite Stéphanie trouve des têtes coupées partout sur son chemin. Sur la jaquette de l'édition originale (du moins le croyais-je) chez Gallimard, que je conserve précieusement dans ma collection, Romain Gary ne fait pas mystère d'en être l'auteur, sa photo apparaît sur la couverture et il explique au dos ses raisons de prendre un pseudonyme.
Jusqu'ici, tout va bien.

Mais à y regarder de plus près, cette édition de 1974 précise que le roman est "traduit de l'anglais par Françoise Lovat", et que le titre original est "A Direct Flight to Allah".
D'une part, ce n'est pas la première fois que Romain Gary aurait écrit directement en anglais pour traduire ensuite en français, c'est le cas par exemple pour Lady L. Je doute en revanche que Mme Lovat soit pour grand chose dans la traduction (Françoise, si vous n'êtes pas d'accord, manifestez-vous dans les commentaires, merci). D'autre part ce titre original paraît aujourd'hui bien audacieux, par les temps qui courent on se prendrait une fatwa pour moins que ça...

Bref, amusée par ce détail, je demandai aussitôt à Google de me procurer cet ouvrage original en anglais pour ma collection de curiosa. Or quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu'il existe en effet un livre qui porte ce titre improbable, et qui est publié sous le nom de... René Deville ! Comme disent nos amis britanniques : the plot thickens.

Ce livre a été publié à Londres en 1975 par Collins. D'accord, la couverture n'est pas de très bon goût, mais le roman non plus n'est pas de très bon goût, elle sied donc à un auteur parfaitement inconnu. Et il s'agit bien du même livre, certaines librairies en ligne indiquant René Deville, alias R. Gary.

Alors là, je suis flabbergasted : je n'ai jamais entendu parler de René Deville, et j'ai lu toutes les biographies qui existent.

Comble d'ironie, un catalogue indique que ce roman est traduit du français par J. Maxwell Brownjohn. Titre original : Les têtes de Stéphanie, évidemment. On tourne en rond...
Maxwell Brownjohn ? Come on ! This must be a joke ! (J. Maxwell if you exist, say something in the commentary, thank you).
















Qu'est-ce à dire ?

Je pensais bêtement que le livre avait été publié d'abord aux Etats-Unis, puisque Romain Gary avait habité là-bas. Or il semble que ni les Américains, ni les Anglais n'aient jamais entendu parler de Shatan Bogat.
Romain Gary déclare sur la quatrième de couverture des Têtes de Stéphanie : "Je révèle aujourd'hui mon identité réelle parce que de toutes façons certains critiques ont percé le secret de cette 'réincarnation'."
Tout ceci ne tient pas debout. D'abord, je ne connais pas de précédente édition en France de Shatan Bogat. Ensuite, les critiques seraient bien incapable de reconnaître Gary, et il le savait bien puisque Gros-Câlin, "premier roman" d'Emile Ajar encensé par la critique venait de paraître au Mercure de France (et La vie devant soi gagnera le prix Goncourt l'année suivante).

Les Anglais ont-ils vraiment traduit, ou retraduit ce roman depuis le français, puisque l'édition date de l'année suivante ? Difficile à croire, parce que les éditeurs ont besoin de savoir à qui ils paient des droits, et pourquoi traduiraient-ils un livre qui indique clairement qu'il est traduit de l'anglais ? Ou savaient-ils qu'il ne s'agissait pas en réalité d'une traduction ? Et pourquoi sous le nom de René Deville ?

Ou Romain Gary a-t-il tout écrit, inventé les deux traducteurs, et publié les deux versions quasi-simultanément à Paris et à Londres ? René Deville est un nom bien palot par rapport aux pseudonymes plus flamboyants ou en tous cas exotiques que Gary affectionnait. A-t-il en plus inventé Shatan Bogat, un pseudonyme qui n'existe pas ? Poussé le vice jusqu'à publier chez Gallimard sous un faux pseudonyme, en quelque sorte ? Il en serait bien capable, le bougre..

jeudi 4 mars 2010

Akbar, l'empereur éclairé

جلال‏الدين محمّد أكبر  alias Jalâluddin Muhammad Akbar naquit en 1542 à Umerkot, aujourd'hui au Pakistan, tandis que son père, le fils du fameux Babar, fondateur de la dynastie moghole, se trouvait en exil. (Je note à l'attention des Français incultes que Babar signifie lion en persan, et non éléphant.) 

De nombreux précepteurs successifs essayèrent en vain de lui apprendre à lire, ce qui ne l'empêcha pas de réfléchir.

Son père ayant eu la présence d'esprit de reconquérir son royaume quelques mois avant sa mort, Akbar fut proclamé Shahanshah, Roi des Rois, le 14 février 1556 à Kalanaur, au Penjab. Il se mit aussitôt à batailler et annexa successivement le Bihar, le Gujrat, le Bengale, le Cachemire, le Sind, l'Orissa, le Balouchistan et j'en passe, jusqu'à devenir le plus grand empereur de l'Inde, Akbar le Grand, ou Akbar Akbar, puisque Akbar signifie déja le grand, comme vous le savez.

Mais là n'est pas l'intérêt de l'histoire : c'est son exceptionnelle ouverture d'esprit qui fit de son règne l'apogée de la dynastie moghole en Inde.
Officiellement musulman sunnite orthodoxe, l'une de ses premières décisions fut de supprimer les impôts prélevés sur les non musulmans en terre d'islam. Il épousa une princesse hindoue et permit l'entrée des hindous dans l'armée et la noblesse. Il autorisa la construction de temples hindous, tout en interdisant la pratique du sâti, le suicide des veuves.

Pour fêter sa victoire sur le Gujrat, il fit construire une nouvelle capitale près de Agra, Fatehpur Sikri, la ville de la victoire. Sa cour était remplie de peintres, musiciens et poètes de toutes les religions. Son musicien favori, le fameux Tansen, qui avait son pavillon dans la cour du palais, était hindou.

Profondément intéressé par les questions philosophiques et religieuses, Akbar fit construire en 1575 à Fatehpur Sikri un pavillon appelé Ibadat Khana ("Maison du culte") où des théologiens, mystiques et intellectuels de la cour étaient invités à débattre des questions de spiritualité. Ces discussions, réservées d'abord aux musulmans, résultaient le plus souvent en altercations, cris et insultes. Au lieu de renoncer à l'expérience, Akbar ouvrit au contraire l'Ibadat Khana à toutes les religions qu'il put trouver dans le secteur, invitant des représentants des brahmanes, jaïns, parsis, juifs, catholiques et même athées.
Deux Jésuites de Goa furent invités, dont le catalan Antoni de Montserrat, qui fit un compte-rendu élogieux de son séjour de trois ans à la cour.

Ceci contribua effectivement à élargir le débat jusqu'à inclure des interrogations sur la validité du Coran ou l'utilité de Dieu, mais non à calmer les esprits, et pour éviter la baston générale, Akbar fit rédiger un guide de la conversation civilisée, et dans son élan posa les fondements juridiques de la laïcité de l'Etat, statuant que personne ne devait être inquiété à cause de sa religion, et chacun pouvait adopter la religion qu'il souhaitait.
Amartya Sen* fait remarquer facétieusement qu'à la même époque, à Rome, Giordano Bruno montait sur le bûcher pour hérésie.

Malgré les vociférations des théologiens, Akbar considérait que les religions comprenaient certains aspects bénéfiques, surtout pour le peuple, et pour simplifier inventa une nouvelle religion combinant les meilleurs morceaux de chacune, appelée Din-i-Ilahi, ou la religion de Dieu. Cette religion, qui était plutôt une éthique, interdisait les sacrifices d'animaux et ne prévoyait pas de clergé. Malheureusement cette initiative n'eut aucun succès.

A ce stade, les imams des environs commençaient à se toucher le front et se préoccuper sérieusement de l'hérésie de l'Empereur... Akbar mourut en 1605, et le théologien islamique Abdul Haq voulut bien reconnaître que malgré ses "innovations", il était mort en bon musulman.
On peut voir son tombeau à Sikhandra, reflet du paradis musulman où les biches et les oiseaux se promènent sur les pelouses.


Sources : *Amartya Sen : The argumentative Indian, Writings on Indian Culture, History and Identity, Penguin, 2005.

jeudi 25 février 2010

How to wear a saree


Tout le monde rêve de porter un sari,
ou alors de l'enlever, pour les plus polissons.

C'est à la fois plus simple et plus compliqué qu'il n'y paraît : le sari est un morceau de tissu de 1m30 sur 6m50, rien de plus. C'est aussi une vaste escroquerie, puisque les Indiennes portent un jupon et un corsage en-dessous, elles sont donc parfaitement couvertes déjà et tout ce tissu ne sert qu'à faire joli.... Jamais les femmes n'ont eu l'air aussi nues en étant aussi habillées.
Voici un mode d'emploi.
Bon... Vu comme ça ça n'a pas l'air évident.

Essayons un autre diaporama plus complet, et légèrement plus sexy. C'est la même chose, mais à l'envers...

Vous n'avez toujours rien compris ?
C'est pas grave, c'est très joli quand même...

Pour ceux que les sortilèges de l'orient mystérieux laissent froids, et qui préfèrent les t. shirts de Iron Maiden (ou d'ailleurs) voici la vidéo absolument indispensable qui va changer votre vie, surtout si par hasard vous êtes vendeur(se) dans le prêt-à-porter... http://www.videojug.com/film/how-to-fold-a-t-shirt-in-2-seconds-explained

dimanche 10 janvier 2010

Monumentos da bossa nova : Doralice


"Doralice eu bem que lhe disse
Amar é tolice, é bobagem, ilusão
Eu prefiro viver tão sozinho
Ao som do lamento do meu violão"

Música : Dorival Caymmi e Antônio Almeida
Letra : Dorival Caymmi

Le tube : Doralice dans le fameux Getz-Gilberto, avec un bon son. (palalalia palalalia pam pam palaliapam palalaliam paliam tum tum tum...)

João Gilberto et Caetano Veloso, Live in Buenos Aires 2000

Dario Moreno (encore lui) prétend "danser la bossa nova" mais ce n'est pas concluant, et se lance dans une version française particulièrement indigente de Doralice !

mercredi 6 janvier 2010

Des nouvelles du LHC


On ne présente plus le Grand Collisionneur de Hadrons, LHC, Large Hadron Collider pour les intimes, ce qui a été fait dans ce blog en mars 2008 (pour les révisions voir Rendez-vous avec Higgs).

Depuis cette époque, la plus grosse machine du monde a connu de nombreuses aventures, certaines particulièrement loufoques.

Le LHC a démarré le 10 septembre 2008 comme prévu, au milieu de nombreuses préoccupations apocalyptiques de la part des Béotiens. Par exemple, un certain Walter Wagner, de Hawaii, présenté par le web comme un instituteur, ou un juriste, ou un technicien de médecine nucléaire, ou un directeur de jardin botanique, tout ceci n'est pas très précis, et son associé Luis Sancho, ont introduit un recours Don Quichottesque devant le tribunal d'Honolulu, how charmingly exotic, pour demander l'arrêt du LHC au motif que les trous noirs générés par les collisions de particules risquaient d'attirer à eux toutes les particules de matière à leur portée et de fil en aiguille de détruire la planète. Les physiciens espèrent effectivement créer des trous noirs, mais si petits et fugitifs (genre un trillionième de micron de large pendant un trillionième de seconde) qu'ils n'ont aucune chance de trouver une quelconque matière à absorber. Encore aujourd'hui, nos reporters en Suisse nous confient que leurs placides compatriotes craignent que leur bonne ville de Genève ne soit avalée par le LHC. Quand je fis remarquer que d'aucuns redoutaient plutôt qu'il n'avale la planète, voir l'univers tout entier, ils répondirent oui, c'est la même chose.

Mais bref, Walter Wagner ayant été débouté, le LHC ronronnait à la satisfaction générale depuis une semaine, et selon le physicien britannique Dave Barney "The universe hadn't been destroyed, so that was nice" lorsque le 19 septembre something went dreadfully wrong.


L'anneau de 27 km de long est formé de 1232 cylindres de 35 tonnes chacun appelés dipôles, reliés bout à bout.
Les câbles super conducteurs qui les parcourent pour alimenter tout le bastringue en énergie, notamment les aimants colossaux, sont soudés au cuivre. Une soudure défaillante a fait perdre à une connexion sa supra-conductivité, produisant un bête court-circuit. Un arc électrique a perforé la paroi en acier du tube, réchauffant l'hélium liquide utilisé pour refroidir l'affaire, lequel ne demande pas mieux que de se transformer en gaz.
En trente secondes l'onde de choc a provoqué des dégâts spectaculaires. Dix dipôles ont été complètement détruits et 29 autres endommagés sur 300 mètres. Le CERN déconfit annonçait 40 millions de dollars et un an de réparations.



Enfin en septembre 2009 le LHC a redémarré sans encombres, ou sans trop d'encombres.
Il y eut l'épisode de l'oiseau et du morceau de pain : les journalistes du monde entier, avec la joyeuse improvisation qui les caractérise, se sont moqués abondamment des physiciens, rapportant qu'une chouette avait lâché un morceau de pain sur un transformateur qui alimente l'accélérateur, entraînant un arrêt de deux jours pour cause de réchauffement à -268°, ce qui est beaucoup trop chaud...
Le CERN lui même semble avoir été complice de cette tempête médiatique dans un verre d'eau, publiant un communiqué pince-sans-rire selon lequel "l'oiseau se portait bien, mais avait perdu son pain", avant de rétablir une plus sobre version des faits dans le bulletin du CERN.
Pour pimenter l'affaire, le New York Times a évoqué dans un long article la théorie du Pr Holgen Nielsen, selon laquelle le futur, ou l'univers, ou Dieu ou les trois à la fois provoquaient ces accidents au CERN pour empêcher l'humanité de découvrir le boson de Higgs (sans doute, de la part de Dieu, par crainte de la concurrence). Ce qui est amusant c'est que Nielsen n'est pas un rigolo comme Walter Wagner, mais un physicien "par ailleurs" respecté, comme dit le New York Times, de l'Institut Niels Bohr de Copenhague, et l'un des pères de la théorie des cordes.

Contre vents et marées, oiseaux de mauvais augures, pannes de courant et mad scientists, le LHC a produit ses premiers résultats en décembre. Il n'est pas encore à pleine puissance mais a déjà battu le record du monde établi par Fermilab à Chicago.  (Curieusement il semble que le CERN ne dispose pas d'une alimentation particulière en électricité, et soit branché sur le secteur, sa consommation équivalent à celle d'une ville de 200 000 habitants.)


Les images ne sont pas très impressionnantes pour l'amateur, mais les 1500 physiciens sur place et les 7200 physiciens qui travaillent sur le projet dans le monde se tapent déjà le cul par terre d'enthousiasme et se préparent à faire des heures sup pendant les 10 ou 15 prochaines années. Les découvertes attendues doivent révolutionner la connaissance de manière aussi complète que la théorie de la relativité. Ce que les anglais dans leur langue agglutinante et propice à la concision appellent "paradigm-shifting breakthrough".
En effet le dit modèle standard de l'univers est relativement stable et abondamment vérifié par l'expérience, sauf qu'il présuppose l'existence de 75% de la masse de l'univers que personne n'a jamais vue, l'anti-matière et la matière noire, et le boson "inventé" par le physicien britannique Peter Higgs dans les années soixante, censé conférer leur masse aux autres particules.
Le Pr Higgs a 80 ans aujourd'hui, et trouve qu'il serait merveilleux de pouvoir prouver l'existence de son boson, mais encore plus merveilleux de pouvoir prouver qu'il n'existe pas, ce qui remettrait en cause le modèle standard et permettrait d'inventer toutes sortes d'excitantes nouvelles théories.
But keep you shirt on, ce n'est pas exactement pour demain matin.


PS : La mise à jour de cet article sur le LHC sommeillait dans un coin de mon cerveau depuis quelques semaines lorsque je fus précédée dans cette entreprise par... Vanity Fair, prouvant ainsi que je reste en phase avec ma revue de prédilection depuis bientôt quinze ans : Kurt Andersen : The Genesis 2.0 Project.

lundi 28 décembre 2009

Le banquet révolutionnaire de Château Rouge

Il n'y a pas de rue du Château-Rouge, ni vraiment de quartier, c'est juste le nom d'une place et de la station de métro qui permet de plonger, ou plutôt d'émerger directement dans la foule des vendeurs de fruits exotiques, tilapias, ignames, Subutex, bagues en vrai or, lunettes Chanel, héroïne, ceintures Gucci, sacs Vuitton, cigarettes Marlboro, pamphlets de Frantz Fanon, hachich, journaux kabyles, casse-croûtes tunisiens, audio-cassettes de prédicateurs salafistes, valium périmé, plats à couscous, produits miracles pour blanchir la peau, wax véritable, maïs grillé, kebab, crack et j'en passe, tout ce qui fait l'identité française de la Goutte d'Or et le charme du "marché exotique" de la rue Dejean.
Mais dans le temps il y avait un château, et il était (plus ou moins) rouge. Bon ici on ne voit pas bien mais il était censé être en pierre blanche et brique rouge, rappelant la Place des Vosges, ce qui avait alimenté la légende qu'il avait été construit par le Vert Galant pour Gabrielle d'Estrées. Mensonge, car la belle Gabrielle n'aurait jamais habité dans ce quartier perrave, et de toutes façons la construction du château date de 1780.

Le premier propriétaire de l’endroit, était un certain M. Christophe, subdélégué de l’intendance de Paris. Puis M. Jean Feutrier, directeur des impôts du Département de la Seine, métier rémunérateur, lui succéda. L'un de ses fils, Jean-François Hyacinthe, devint évêque de Beauvais et donna son nom à une rue de Montmartre. Le Roi (d'Espagne) Joseph, frère de Napoléon, y signa sa capitulation devant les Prussiens en mars 1814. Les Feutrier reprirent ensuite possession du domaine.
Le château, laissé à l’abandon, devint ensuite la propriété d’une ancienne vendeuse à la toilette, c'est-à-dire revendeuse de parures d'occasion, prêteuse sur gage, ou éventuellement usurière, une certaine Mlle Ozanne, qui y nourrissait des troupeaux de chats.
Le domaine, qui comportait un vaste parc entre les actuels boulevard Barbès et rue de Clignancourt, fut découpé et mis en vente par lots en 1844, ouvrant les rues Poulet et Custine. Un M. Boboeuf acheta le bâtiment et ce qui restait du terrain pour en faire le "bal du Château-Rouge". C'était la mode des bals populaires dits champêtres aux portes de Paris, où les bourgeois venaient s'encanailler (la canaille était l'ancêtre de la racaille), danser la polka et la mazurka, danses de couple autrement plus affriolantes que les contredanses où tout le monde se tenait en rang d'oignon.

Tout ceci nous amène en 1847.
La France de Louis-Philippe ploie sous la corruption, la crise industrielle et financière, les mauvaises récoltes, le chômage. La misère s'installe chez les ouvriers, la famine menace. Les Républicains, déçus par les résultats des élections censitaires d'août 1846, cherchent à faire campagne en contournant l'interdiction des réunions publiques instituée par Guizot.

M. Laurent-Antoine Pagnerre, sympathique libraire-éditeur, est secrétaire du Comité central des électeurs de l'Opposition du département de la Seine. Il réunit chez lui les opposants de toutes tendances et rédige une pétition appelant à la réforme électorale et parlementaire. C'est lui qui a l'idée, pour réunir des milliers de signatures, d'organiser des banquets. Le premier d'entre eux a lieu le 10 juillet 1847 au Bal du Château-Rouge. 1 200 personnes y participent, dont 86 députés.
Adolphe Thiers, toujour faux-cul, fait savoir qu'il s'associe de tout cœur à "l'impulsion vigoureuse que l'on voulait donner à l'opinion publique", mais qu'ayant été dans le passé chef du gouvernement de Louis-Philippe, il ne juge pas convenable de s'associer à une réunion où probablement certains orateurs attaqueront le règne de Louis-Philippe tout entier.
Quant aux rouges Armand Barbès et Auguste Blanqui, ils sont en prison...

"Le temps était splendide, raconte Garnier-Pagès député de la Sarthe, un des organisateurs. Amolli par la brise du soir, le soleil projetait sur la salle du banquet des flots mêlés de lumière et d'ombre. Autour de quatorze tables déroulées sous une vaste tente, se pressait l'assemblée (...). La musique, jetant aux vents du soir les plus beaux chants de la Révolution, célébrait cette double fête de la nature et de la pensée."

La campagne des "banquets républicains", appelés plus tard banquets révolutionnaires, a commencé. 50 banquets furent organisés dans toute la France, au cours des six mois suivants, réunissant plus de 20.000 personnes. Enfin, le 21 février 1848, le Préfet de Paris interdit un banquet prévu pour le lendemain aux Champs Elysées. Le 22 février, la foule se réunit sur la place de la Madeleine, and the rest is history, notamment la remarquable Histoire de la Révolution de 1848, par Daniel Stern, nom de plume de la Comtesse Marie d'Agoult.

C'est également Montmartre qui vit en juin les derniers soubresauts de cette révolution. A la fin de l'insurrection ouvrière, après que les barricades du faubourg Saint-Antoine et du faubourg Saint-Martin eurent été renversées par l'armée, les combats continuèrent à la Chapelle et à la Goutte d'Or, devenues depuis quelques années des quartiers ouvriers. Le Château Rouge fut réquisitionné pour cantonner l'armée. Les derniers insurgés tentèrent de se réfugier dans les carrières de Montmartre. L'armée les poursuivit dans le dédale des souterrains, et plus d'une centaine d'hommes y fut massacrée. Le général Cavaignac refusa d'indemniser Boboeuf (you know, the propriétaire) pour les dommages causés par les troupes, ce qui entraîna sa faillite.

Le Bal du Château Rouge continua néanmoins de prospérer jusqu'à 1871, où une autre révolution eut définitivement raison de lui.
Le place des Hirondelles se situait au carrefour des rues de Clignancourt, Poulet, Myrha et Christiani. Ce nom ancien - le lieu n’a plus de nom aujourd’hui - lui venait de la Compagnie de l’Hirondelle dont les fiacres déposaient, en bout de ligne, les Parisiens se rendant au bal du Château Rouge.
 
 
En août 1870, alors que commence le siège de Paris par les Prussiens, le Château Rouge est à nouveau transformé en caserne, cette fois pour la garde nationale, c'est-à-dire les milices levées dans la population parisienne.
Le 18 mars 1871, jour où éclate l'insurrection de la Commune, lorsque le général Lecomte, qui a conduit les troupes du gouvernement de Thiers à l'assaut de Montmartre, est fait prisonnier par les habitants et les gardes nationaux, c'est au Château Rouge qu'il est d'abord amené. Du Château Rouge, il sera conduit en début d'après-midi jusqu'à un autre poste de la garde nationale, en haut de la Butte, où il sera fusillé.
 

Le Château Rouge ne se relèvera pas des événements de 1870 et 1871. Le bal survivra encore quelques années puis fermera. En 1881, une société immobilière rachète et démolit le bâtiment et le parc et fait construire à la place, par les architectes Richelieu frères et Cabon, treize immeubles de rapport. On peut encore les voir, avec leurs façades identiques à peu de chose près, du 42 au 54 de la rue de Clignancourt et du 7 au 13 bis de la rue Custine.
 
 
Sources :
Maurizio Gribaudi, Michèle Riot-Sarcey : 1848, la révolution oubliée. Ed. La Découverte, 2009
Hélène Landre : Laurent-Antoine Pagnerre (1805-1854) : Le combat pour la République d'un libraire éditeur oublié : http://www.rouen.iufm.fr/publication/TRAMES/trames10/tr10_landre.pdf
Hervé David, le vieux Montmartre, iconographie : http://www.hervedavid.fr/francais/montmartre/vieuxmontmartre.htm
Noël Monnier : http://membres.lycos.fr/dixhuit/9806-bal_du_chateau_rouge.htm
Bernard Vassor : http://www.paperblog.fr/1984635/petite-histoire-du-chateau-rouge-a-montmartre/
Passage de la Butte, Roman feuilleton, épisode n°22 : http://www.passagedelabutte.net/index.php?option=com_content&view=article&id=152&Itemid=76

vendredi 25 décembre 2009

Spécial vidéo de Noël



http://www.youtube.com/watch?v=dQKp8qJjKbE

Que ceux qui sont nés en France avant 1968 sentent certains neurones se reconnecter douloureusement dans leurs cerveaux devant cette chose dont ils avaient oublié qu'elle existait...
Que les autres se contentent d'halluciner...