vendredi 7 septembre 2018

Le rhinocéros et la Révolution

Dans l'une des 1500 pièces du Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg, dite la petite salle à manger, se tient cette charmante horloge, cadeau de Louis-Philippe au tsar Nicolas 1er, paraît-il. Elle est de style Louis XV, nous dit Christie's, qui en vendit naguère une similaire pour 49.500 euros, et qui s'y connaît en styles. 

Le rhinocéros, debout sur son socle en bois doré, portant l'horloge de M. L'Aisné à Paris (c'est écrit dessus) sur son dos, ainsi que ce qui semble être un jeune japonais hilare brandissant une ombrelle, entouré de fioritures non moins dorées, coula des jours peut-être heureux, en tous cas paisibles, pendant près de 80 ans. C'est une chance que la longévité des rhinocéros, surtout en bronze, ne soit plus à démontrer. 

Le Palais d'Hiver, comme chacun sait, fut la résidence officielle des tsars de Russie jusqu'à la révolution. L'immense tarte à la crème palais de style baroque pétrovien actuel date peu ou prou de 1760. En réalité, les tsars, qui étaient la proie de tentatives d'assassinat en veux-tu en voilà, n'habitaient plus le Palais d'Hiver depuis 1880 pour des raisons de sécurité, et n'y venaient que pour des cérémonies et grandes occasions. En 1904, le tsar Nicolas II et sa femme Alix, qui avait tendance à faire la gueule, et trouvait que "Saint-Pétersbourg était une ville pourrie", s'installèrent définitivement à Tsarkoïe Selo.

Mais leurs ennuis ne faisaient que commencer. En 1905, une manifestation pacifique se rend au palais d'hiver pour porter ses doléances au tsar (ignorant qu'il n'y est pas). La garde tire sur la foule et fait une centaine de morts. Ce dimanche rouge est le début de la fin de l'ancien régime. 

En 1913, la célébration du tricentenaire de la dynastie des Romanov est morose. En 1914, c'est la guerre. Le tsar et sa femme se tiennent frigorifiés sur un coin de balcon du palais d'hiver pour saluer l'armée mobilisée qui défile sur la place, tandis que derrière eux on remise les meubles du palais pour convertir les salons de réception en hôpital pour le retour des blessés. 

Les anciens appartements des membres de la famille impériale servirent de logements pour le personnel médical. Le rhinocéros lui, resta tranquillement sur son manteau de cheminée, car s'agissant de la salle à manger de l'empereur lui-même, on n'y avait pas lâché des infirmières, même pour la bonne cause.

Dès 1915, ça va très mal pour la Russie. Le tsar part au front, laissant sa femme faire n'importe quoi avec son copain Raspoutine. En février 1917*, à Pétrograd, comme on disait à l'époque, les soldats déserteurs unissent leurs forces avec les ouvriers en grève et les révoltés de la faim. Nicolas II abdique trois jours plus tard. 

Toute la famille Romanov est embastillée à Ekaterinenbourg. Le gouvernement provisoire s'installe au Palais d'hiver, en même temps que se crée son rival bolchévique le soviet de Pétrograd. Le gouvernement provisoire siège dans le salon de malachite, une assez grandiose affaire dans la partie nord est du palais, qui sert toujours d'hôpital à ce moment là. 

Pendant tout l'été 1917, les bolchéviques gagnent du terrain (politique et agricole). C'est l'époque du fameux slogan dont je me sers encore pour donner de l'urticaire aux réacs : "Tout le pouvoir aux Soviets !" Le soir du 6 novembre, c'est la Révolution d'Octobre*. Les gardes rouges prennent d'assaut le palais d'hiver (sans trop de grabuge, contrairement au portrait épique qu'en fera Eisenstein quelques années plus tard).

Les treize ministres de plus en plus provisoires quittent le salon de malachite et se réfugient dans la pièce à côté, qui n'est autre que la petite salle à manger. Après de longues déambulations dans les interminables couloirs obscurs du palais, une poignée de  soldats et marins finissent par les débusquer et les placer en état d'arrestation. Le rhinocéros assiste impavide à cette scène historique. Quelqu'un arrête l'horloge pour marquer l'heure de la Révolution with a big R. Il est 2H10 du matin.

Après ça, ma foi, plus rien n'a changé dans la petite salle à manger pendant longtemps. Le palais d'hiver fut rapidement converti en musée, et les visiteurs, enthousiastes du goulag ou nostalgiques des koulaks, admirèrent au fil des lustres l'horloge qui marque la fin ou la naissance d'une époque. Le rhinocéros, lui, il s'en fout, il a connu la Révolution de 1789, les empires des Napoléons, la restauration, alors un autre empire, une autre révolution, une autre république, bof, ça le laisse froid comme le marbre qui surabonde autour de lui.

Tout ça nous mène en 2017 : la Russie soviétique n'est plus qu'un lointain souvenir. Environ 45% de la population russe a moins de 35 ans et n'a jamais connu les Soviets. Le gouvernement de Poutine s'abstient ostensiblement de rappeler à ses administrés déjà pas mal déprimés le centenaire de la Révolution d'Octobre. Les commémorations brillent par leur absence. 


Mais Mikhail Borisovitch Piotrovsky, lui, est né en 1944. Il est directeur du musée de l'Ermitage, et il n'a pas oublié. (Il a d'ailleurs succédé à son père à ce poste, ce qui fleure un peu l'ancien régime.)

C'est sous la pression de ses collègues de l'Ermitage hors les murs d'Amsterdam que Piotrovsky se décide à organiser quand même une exposition sur la révolution, du 25 octobre 2017 au 4 février 2018. Pour l'inauguration, la façade du Palais d'Hiver est illuminée d'un rouge révolutionnaire, ou sanglant. 

L'exposition est un travail d'équilibriste qui consiste à ne surtout pas faire l'apologie ni de la révolution ni de l'empire. La scénographie est confiée à une entreprise hollandaise, ce qui vaut probablement mieux pour tout le monde. Piotrovsky, lui, va répétant qu'il ne fait pas de politique.

Cependant, dans la nuit du 26 au 27 octobre 2017, faisant fi du calendrier  grégorien*, Piotrovsky organisa une cérémonie dans la petite salle à manger, où il remit solennellement en marche l'horloge au rhino. "J'ai pensé simplement que ce serait une bonne façon de commémorer l'événement" a-t-il déclaré innocemment au Times de Londres. 

Mais une bonne âme s'est fendue de traduire du russe des extraits de son discours rapportés dans la Rossykaya Gazeta : "Oui, ce fut un événement, la révolution. Mais c'est fini. Nous n'avons pas besoin d'entrer dans de nouveau cycles révolutionnaires, parce que l'histoire qui se répète se transforme en farce. Nous avons enterré la révolution. Nous devons l'enterrer soigneusement pour qu'elle ne puisse pas ressortir." (Oh putain ! NDLR)

Bon, ben, il ne l'envoie pas dire, comme disait ma grand-mère. Mais le plus ironique, c'est que son discours contient encore ou en tous cas fait allusion à une citation de Karl Marx : "tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce." C'est dans Le dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte, et Marx citait lui-même Hegel, mais ne nous égarons pas.

Ah la la on ne refait pas une éducation à l'Université de Leningrad, hein Mikhail ? Dans un autre interview, Piotrovsky a déclaré que le Palais d'Hiver "nous montre que nous ne sommes tous que des insectes aux yeux de l'Histoire." (Les déclarations sont hasardeusement traduites du russe en anglais pas des sources peu fiables, puis en français par moi.) Ca c'est bien vrai. On est obligé d'être d'accord avec le bon docteur Piotrovsky. Nous ne sommes que des insectes au yeux de l'Histoire. Ou même pas. Peut-être seulement des acariens. Et vous savez quoi ? Aux yeux des rhinocéros aussi. Surtout en bronze.


 

*La Russie tsariste comptait toujours les dates avec le calendrier julien, en retard de treize jours sur le calendrier grégorien adopté en France et pays catholiques voisins en 1582. C'est d'ailleurs les soviets qui passèrent au calendrier grégorien, alors que l'église orthodoxe russe conserve encore le calendrier julien.

Sources :
Wikipédia
Twitter 
 http://hermitage--www.hermitagemuseum.org/wps/portal/hermitage/?lng=fr
 https://www.theartnewspaper.com/news/the-hermitage-s-big-russian-revolution-show-nearly-didn-t-happen
https://www.theguardian.com/culture/2016/feb/07/mikhail-piotrovsky-hermitage-museum-director-russia-interview
 https://www.thetimes.co.uk/article/clock-of-russian-revolution-restarts-jc2vtz0mq
  http://tass.com/society/972750
 https://www.calvertjournal.com/news/show/9170/hermitage-re-starts-clocks-stopped-russian-revolution



samedi 21 avril 2018

Portrait officiel

A Washington, dans la National Portrait Gallery, l'un des nombreux musées Smithsonian de la ville, se trouve entre autres choses la galerie nationale des portraits qui lui donne son nom, qui l'eût cru.

Peu fréquentée par les touristes étrangers, elle arbore les portraits de tous les chefs d'Etat américains, bien sagement en rang d'oignon, par ordre chronologique. C'est une tradition très anglo-saxonne, les Anglais font ça avec leurs rois, les Français moins, étant plutôt enclins à les raccourcir qu'à leur tirer le portrait.

Anyway, c'est au début de l'année 2018 que le portrait officiel de Barack Obama est venu s'ajouter à la collection, et oh boy, a-t-il fait parler de lui... En réalité, ce n'est pas le premier portrait "moderne", au sens de non académique,  de la galerie, ceux de John Kennedy et de Bill Clinton s'étant déjà écartés du modèle traditionnel.

Barack Obama a choisi un artiste américain d'origine nigériane (et ouvertement gay comme ils disent là-bas), Kehinde Wiley, qui est connu pour peindre des portraits de gens ordinaires, noirs ou métis, dans les positions héroïques où l'on ne voit d'habitude que des blancs, rois et empereurs à cheval, saints et évêques sur des vitraux. En 2016, une exposition Kehinde Wiley intitulée "Lamentations" au Petit Palais à Paris montrait dix oeuvres monumentales inspirées de l'art religieux.

Le problème, c'est que Barack Obama était déjà glorieux, et ne voulait pas des symboles classiques de la puissance, même détournés ou ironiques. Comme il l'a dit lui-même, "j'ai assez de problèmes politiques sans qu'on me fasse ressembler à Napoléon !".

En effet, un fameux portrait de homeboy inspiré du tableau de Jacques-Louis David  Bonaparte franchissant le Grand Saint-Bernard peut être admiré au musée de Brooklyn, portant un pantalon de camouflage, un t-shirt et un bandana blancs, et des chaussures de marche Timberland aux pieds.

Incidemment c'est ce même tableau de David, ou tout au moins ce même cheval qui a été peint par Banksy à Paris le mois dernier, mais c'est une autre histoire.

Or donc point de cheval, de sabre, d'aura ni de goupillon pour Barack, mais une chaise sur fond de végétation fort verte et kitch avec des petites fleurs, sur laquelle il semble superposé, presque en lévitation.

Le message est-il écologique ? Regardez bien ces jolie feuilles vertes car bientôt vous n'en aurez plus ? Pas seulement, car à y regarder de plus près, les exégètes ont identifié les fleurs en question.

Les fleurs bleues ou mauves que l'on voit en bas sont des agapanthes, appelées en anglais lis du Nil ou lis d'Afrique, censées évoquer l'origine kényane du président. En réalité ce sont des plantes originaires non pas du Kenya mais du cône sud de l'Afrique ou elles sont endémiques, Afrique du sud, Lesotho, Swaziland et Mozambique, mais bon il est pas botaniste non plus Kehinde. Le mot agapanthe vient du grec agape, l'amour, et anthos, le fleur, c'est tout-à-fait délicieux.

Le Pikake, appelé jasmin arabe, est une espèce de jasmin qui n'est pas du tout d'origine arabe, mais qui paraît-il prospère à Hawaii, où Barack a passé sa jeunesse, comme chacun sait. Le jasmin arabe, de son nom latin jasminum sambac, est né dans l'Himalaya, puis il s'est répandu en Inde et en Chine où il a parfumé le thé et les belles dames, puis a conquis toutes les zones tropicales humides.

C'est la fleur nationale des Philippines, sous le nom de sampaguita. Les Perses et les Arabes raffolaient de l'essence de jasmin, c'est pourquoi la plante porte encore le nom de sambac qui vient de l'arabe médiéval zampaq, qui signifiait huile de fleur de jasmin.

Le chrysanthème est la fleur officielle de la ville de Chicago, et je vais tout de suite vous épargner les remarques narquoises sur le taux de mortalité par homicide de Chicago puisque le chrysanthème n'est pas aux Etats-Unis, comme en Europe, associé aux cimetières.

Enfin, le président est représenté dans une tenue relativement décontractée, le col de sa chemise ouvert, et le buste légèrement incliné vers le spectateur, dans une posture avenante qui contraste avec la cambrure habituelle des personnages importants, comme Napoléon, justement.

Mise à jour en novembre 2018 : je découvre  cette photographie de Nelson Mandela prise par Micheline Pelletier en 1999. Le prix Nobel de la paix est assis sur une chaise aux pieds contournés, dans le jardin de sa maison à Johannesbourg, sur un fond de haie feuillue et fleurie.
Coïncidence ? I don't think so...
Les droits appartiennent à l'agence Sygma et la photo est en ligne sur le site de l'Assemblée Nationale.






Sources : 

dimanche 23 avril 2017

A quelle sauce ?

Je viens de découvrir l'origine de l'expression "A quelle sauce allons-nous être mangés", et il m'est apparu que le sujet était d'actualité.

Le 5 mai 1789 s'ouvrent à Versailles les Etats-Généraux, dans la salle des menus plaisirs, ça ne s'invente pas. Les Etats-Généraux étaient une institution remontant au XIVème siècle, et servaient à la monarchie en cas de crise et de grognements trop bruyants du peuple, à justifier des décisions un peu difficiles à digérer (pour le peuple, pas pour le roi).

En 1789, le sujet était le déficit budgétaire, et on savait bien que la monarchie voulait payer ses dettes en levant plus d'impôts, sans abolir les privilèges.

Une caricature parut dans la presse, représentant un fermier qui tenait aux volailles de sa basse-cour le discours suivant : "Mes bons amis, je vous ai réunis tous pour vous demander à quelle sauce vous voulez être mangés.
- Mais nous ne voulons pas être mangés ! criait le coq.
- Vous vous écartez de la question, reprenait le fermier, il ne s'agit pas de savoir si cela vous fait plaisir ou non d'être mangés, mais seulement à quelle sauce vous voulez être mangés."

On sait que rien ne se passa comme prévu aux états généraux de 1789, que la sauce fut bien plus piquante, et qu'on vit même pendant un temps les volailles manger le fermier. (N'y voyez là aucun appel à la révolution,)

Au chapitre des citations d'actualité, on attribue à Mark Twain (mais que ne lui attribue-t-on pas ?)  la phrase suivante ; "Il faut changer souvent les politiciens comme on change souvent les couches, et pour les mêmes raisons."


Source : Maurice Maloux - Traits et mots d'esprit dans l'histoire - Albin Michel - 1977 


samedi 28 mars 2015

Jamais


Jamais est un moment mystérieux où il se passe un tas de choses magiques, par exemple le propriétaire vous rend votre caution quand vous résiliez le bail, vos enfants nettoient la baignoire, et le chauffeur du bus vous laisse descendre au feu rouge. 

La sagesse des peuples nous en apprend plus sur ce qui risque d'advenir, alors soyons attentifs à ces signes qui nous alerteront que jamais arrive. 

Principalement, les animaux se comportent de manière excentrique. En France, comme chacun sait, les poules ont soudain des dents. Aux Etats-Unis, les cochons volent - "when pigs fly"-. En Finlande, ce sont les vaches qui volent -"Sitten kun lehmät lentävät"- . Aux Pays-Bas, les vaches dansent sur la glace - "Als de koeien op het ijs dansen" - (attention, si en revanche il n'y a pas de vaches sur la glace, c'est que tout va bien, surtout en Suède - "Det är ingen ko på isen"-, et surtout s'il n'y a pas de lézard non plus). Dans le golfe persique, les vaches vont en pèlerinage sur leurs cornes -"ذا حجت البقرة على قرونها "-.


En Russie, les écrevisses sifflent en haut des montagnes -"когда рак на горе свистнет"-, un joli spectacle. En Espagne les poules pissent -"cuando meen las gallinas" et des poils poussent sur les grenouilles, paraît-il -"cuando las ranas críen pelo"-. En Lettonie la queue de la chouette fleurit -"Kad pūcei aste ziedēs"-. En Turquie les poissons grimpent aux arbres, particulièrement les peupliers -"Balık kavağa çıkınca"-. 

Les plantes se défoulent aussi un peu : en Egypte les abricots fleurissent - "في المشمش "- En Iran ce sont les roseaux qui fleurissent -"وقتگلنی "- et en Serbie le raisin pousse sur les saules - "Kad na vrbi rodi groždje"- .

Maintenant si vous n'habitez pas à la campagne et que vous n'avez pas l'occasion d'observer les vaches, poules, cochons et autres, vous pouvez toujours regarder votre main. En Pologne, un cactus y pousse -"Kiedy mi kaktus na ręku wyrośnie"- et en Israël -"כשיצמחו שערות על כף ידי"-, ce sont des poils, comme sur les grenouilles espagnoles, même si vous n'êtes pas particulièrement paresseux.

Certains phénomènes climatiques ou astronomiques peuvent aussi vous alerter. Il peut neiger des flocons rouges en Hongrie -"Majd ha piros hó esik"-, et le soleil se lève à l'ouest en Chine -"除非太陽從西邊出來 [除非太阳从西边出来"-.  Si vous êtes en enfer, vous allez vous geler, ce qui vous changera peut-être agréablement -"when Hell freezes over"-. 

Autre indice, jamais tend à survenir dans l'après-midi. Un après-midi de votre prochaine réincarnation en Thaïlande -"ชาติหน้าตอนบ่าย ๆ"- et le jour de la Saint-Jamais dans l'après-midi au Portugal -"No dia de São Nunca à tarde"-, ce qui correspondrait dans notre calendrier à la Saint-Glinglin, voire à la Saint-Trouducul dans certaines régions que je ne citerai pas.  

Voila, maintenant vous serez prêt pour le jour où le plombier pourra enfin réparer le robinet de la cuisine du premier coup pour un prix raisonnable. Si vous avez d'autres informations, n'hésitez pas à me les communiquer. 



samedi 31 janvier 2015

Lettre à Camille et Rénald Luzier

Je n'arrive plus à me souvenir de l'année où j'ai découvert un dessin signé Luz. C'était une suite de six vignettes, où une fille voilée en plan fixe monologuait, en substance : "Si je porte le voile ce n'est pas par soumission, c'est mon choix, c'est pour me mettre à l'abri des regards concupiscents..." Au fur et à mesure, la fille s'énervait toute seule : "... des pensées impures de tous ces connards de peine-à-jouir D'ISLAMISTES DE MEEERDE !!!!!" finissait-elle en braillant. Sur la dernière vignette, on la voyait de loin, avec des barbus qui arrivaient de chaque côté de l'image avec une pierre à la main, et elle disait en tout petit : "fuck".

Vous vous doutez que je n'ai pas réussi à retrouver cette planche, ayant changé plusieurs fois d'ordinateur, sinon je n'aurais pas essayé tant bien que mal de la décrire. Elle n'est pas perdue, elle est quelque part sur un disque dur de sauvegarde que je n'ai pas sous la main. Elle me plaisait tellement que je voulais la montrer à tout le monde. A l'époque, on n'avait pas tous les outils pour lire les pdf, il n'y avait pas facebook et tout ça, j'avais fait passer l'image au format word en 21/27 pour l'envoyer par mail à tous mes amis. J'avais écrit : Luz élu meilleur dessinateur du monde par un jury international composé de moi-même. L'une de mes amies journalistes m'avait répondu : "Je connais Luz, c'est un jeune sympa, je lui ai transféré ton mail et il dit que merci beaucoup." J'étais ravie. 

 Depuis je passe mon temps à essayer de raconter des dessins de Luz aux gens (je sais, ça ne marche pas du tout). En 2006, pas moyen de mettre la main sur le numéro spécial blasphème de Charlie, vite épuisé. A force de supplications, j'ai fini par me le faire prêter par un client dans un bistro. En lisant l'histoire de quatre pages de Luz, j'ai tellement pleuré de rire que je suis tombée de mon tabouret. Tout ça pour dire que les dessinateurs de Charlie, et parmi eux Luz mon préféré, sont pour moi comme une famille éloignée, des cousins qui seraient très cools. Je ne vais pas parler aux morts, ça ne sert à rien. Ils ne sont ni en enfer ni au paradis, ils sont dans l'histoire de France des pornographes, libertins, athées et blasphémateurs qui commence avec Rabelais, et qui n'est pas finie. Je m'inquiète plutôt pour les vivants.

Aujourd'hui j'ai lu sur le site de Brain Magazine le papier de Camille, la femme de Luz, et je ne sais pas quoi faire. Je voudrais leur envoyer des fleurs, des chocolats, une bouteille de whisky pour les réconforter. Camille, vous permettez que je vous appelle Camille ? Ne lisez plus la presse, encore moins les blogs comme celui-ci où n'importe quel clampin peut dire n'importe quoi, et surtout pas le Plus du Nouvel Obs ! C'est de la merde ! Tout le monde a le droit de s'exprimer, mais personne n'est (encore) obligé d'écouter. Eteignez votre ordinateur. Faites une pause. Il y a littéralement 174 millions de liens pour "Charlie Hebdo" sur google. Vous n'allez pas les lire tous, encore moins les réfuter. Ce n'est plus un débat, c'est du bruit. Vous avez besoin de silence. Mettez-vous à l'abri. Laissez passer le cyclone de connerie. 

Oui il y a des cons partout, oui c'est dans l'adversité qu'on reconnaît ses vrais amis. Ce sont des poncifs éculés, mais on est quand même décontenancé quand on en fait l'expérience directe. Beaucoup de gens ont des convictions mais pas de réflexion. Ils ont une espèce de marmelade d'idées dans la tête. Ils ne manipulent pas des concepts, ce sont les concepts qui les manipulent. Il y a beaucoup de soi-disant intellectuels qui se blesseraient avec le rasoir d'Occam. Il y en a autant à gauche qu'à droite, et encore plus chez les féministes, à mon avis.

Je pense à Romain Gary, je vais vous dire pourquoi. Je suis un peu spécialiste de Romain Gary, sa vie et son oeuvre, comme on dit. En 1995, j'avais lu le livre de Nancy Houston, Tombeau de Romain Gary, et je l'avais trouvé stupide. Depuis, tout ce que j'ai lu d'elle m'a vaguement agacée, ça ne m'étonne pas qu'elle soit toujours à côté de la plaque. Romain Gary est un bel exemple de personnage intelligent, intègre et lucide que la vox populi a classé parmi les vieux cons réacs. Quand il disait "les noirs sont des salauds comme les autres, je ne suis pas raciste", évidemment ça ne plaisait pas à grand monde.

Dans Vie et mort d'Emile Ajar, il raconte pour être publié à titre posthume à quel point l'expérience d'Emile Ajar a démontré bien au-delà de ses soupçons la bêtise, la futilité et la paresse des critiques et des commentateurs littéraires. Mais il raconte aussi sa surprise d'avoir reçu des lettres de lecteurs anonymes, du fin fond de la France, qui l'avaient toujours lu avec attention, avec intelligence, avec amour, et qui bien sûr l'avaient tout de suite reconnu sous le pseudonyme d'Emile Ajar. Je pense à ce livre en pensant à vous. Il pourrait peut-être vous réconforter. Ou peut-être vous faire pleurer. Je ne sais pas. Comme je vous disais, je ne sais pas quoi faire. 

mercredi 7 janvier 2015

A nos camarades

Bernard Maris

CHARB Stéphane Charbonnier

George Wolinski

CABU Jean Cabut

TIGNOUS Bernard Verlhac
Philippe Honoré
Elsa Cayat

Je suis Charlie


vendredi 22 août 2014

Rosie la Riveteuse

Ce poster archi-célèbre devenu le symbole du féminisme, est connu sous le nom de "Rosie the Riveter". Mais en réalité, cette image n'est pas féministe, n'est pas vraiment non plus une image de propagande pour le recrutement des femmes pendant la guerre, et ne représente pas Rosie la Riveteuse...
L'histoire n'est pas une science exacte, l'histoire populaire encore moins.

Au commencement était une chanson. Après Pearl Harbor, la mobilisation commence aux Etats-Unis et très vite le manque de main d'oeuvre se fait sentir cruellement dans l'industrie, surtout dans la massive industrie de guerre, chantiers navals, aéronautique et fabrication de munitions. On alla trouver les noirs qui étaient balayeurs ou généralement sous-employés pour les envoyer à l'usine, mais ça ne suffisait pas. A partir de 1942, le gouvernement employa alors des agences de publicité pour faire de la propagande à destination des femmes, et les encourager à participer à "l'effort de guerre", comme on disait en ce temps-là. 

Parmi ces initiatives, une chanson intitulée "Rosie la Riveteuse", fut écrite en 1942 par Redd Evans et John Jacob Loeb, et produite et distribuée par la Paramount Music Corporation de New York au début de 1943. Les paroles sont des plus édifiantes : Rosie a son fiancé Charlie qui est parti à la guerre, pendant qu'elle rivette toute la journée, "travaillant à la victoire". Il y a une rime quelque peu audacieuse entre "sabotage" et "fuselage". On peut écouter la chanson sous-titrée en anglais dans cette vidéo.


Elle fut diffusée à la radio dans tout le pays, reprise par différents musiciens et le personnage de Rosie devint suffisamment célèbre pour que Norman Rockwell fasse son portrait à la couverture du Saturday Evening Post daté du 29 mai 1943. C'est une femme plutôt costaud, en bleu de travail, prenant sa pause sandwich avec sa fameuse riveteuse sur les genoux. Son prénom est écrit sur sa sacoche et ses pieds reposent sur un exemplaire de "Mein Kampf", le tout sur fond de bannière étoilée. 

Ce n'était pas le moment de faire dans la subtilité me direz-vous, pourtant dès sa publication le journal Kansas City Star découvrit que la pose de Rosie était manifestement inspirée de... Michel-Ange dans sa représentation du prophète Isaïe au plafond de la chapelle Sixtine. Regardez la peinture, la ressemblance est frappante autant qu'inattendue. En observant bien Rosie, on voit qu'elle a même une auréole !  
L'oeuvre originale de Rockwell a été vendue par Sotheby's à un particulier en 2002 pour 4.959.500 dollars.


Rose Will Monroe 1920-1997
Pendant ce temps, une certaine Rose Will Monroe, du Kentucky, prend la route avec ses enfants et se présente à la Willow Run Aircraft Factory à Ipsilanti, dans le Michigan. Elle a choisi cet endroit parce qu'elle a appris que c'est l'une des rares entreprises aéronautiques à former des femmes comme pilotes. Elle rêve de voler, et même si elle n'espère pas devenir pilote de chasse, elle se sent capable de piloter des avions de fret. Son mari n'est pas soldat, il est mort dans un accident de voiture au début de la guerre.

Malheureusement, Willow Run refuse de l'embaucher comme apprentie pilote parce qu'elle est mère célibataire. Pourtant les usines ont à cette époque des garderies pour les enfants (qui seront promptement supprimées après la guerre lorsqu'on demandera aux femmes de rentrer à la maison). A mon avis c'est plutôt parce que l'aviation était un métier fort dangereux à l'époque et qu'on ne voulait pas risquer de faire des orphelins.

En tous cas Rose se retrouve ouvrière à la chaîne, à riveter comme tout le monde, lorsque le fameux acteur Walter Pidgeon visite l'usine pour faire un film promotionnel. Il découvre qu'il y a là une fille mignonnette qui s'appelle vraiment Rosie et qui est vraiment riveteuse !  Il la recrute aussitôt pour tourner dans un film de propagande qui passera dans tous les cinémas du pays pour faire vendre au public des obligations de guerre (war bonds). 

Rose Monroe fut célèbre pendant toute la guerre comme l'incarnation de Rosie la Riveteuse au cinéma, mais sa carrière à l'écran s'arrêta là. Elle fut ensuite chauffeur de taxi, esthéticienne, puis développa avec succès Rose Builders, une société de construction de villas de luxe. 

Enfin, arrivée à la cinquantaine, Rosie eut les moyens d'apprendre à voler. Elle était toujours la seule femme pilote de son club aéronautique. Elle pilota seule pendant huit ans jusqu'à ce qu'elle perde un rein et la vue de l'oeil gauche dans un accident d'avion en  1978, mais continua à voler accompagnée. Elle est morte en 1997, à l'âge de 77 ans, d'une insuffisance rénale, lointaine conséquence de son accident.

Voila une bien belle histoire mais quel rapport avec le poster ci-dessus qui dit "We can do it" ? Aucun, justement.


Geraldine Hoff Doyle 1924-2010
Flashback : en 1942, une certaine Geraldine Hoff, qui venait de terminer ses études secondaires à 17 ans, trouva un job à la American Broach & Machine Company de Ann Harbor, Michigan. Son père était mort de la tuberculose, sa mère était compositeur. Comme elle travaillait comme opératrice d'une presse à métal, et qu'elle jouait par ailleurs du violoncelle, elle craignit de laisser quelques doigts dans la presse et démissionna au bout de seulement deux semaines. 

Pendant ces deux semaines, un photographe de l'agence de presse UPI dont l'histoire n'a pas retenu le nom passa par là et la prit en photo. Ces photographies faisaient partie de ce que l'on appelle maintenant une banque d'images lorsque l'une d'entre elles fut choisie comme inspiration par le graphiste J. Howard Miller pour une commande  de la Westinghouse Electric Company, géant de l'industrie électrique puis nucléaire, très investi à l'époque dans l'effort de guerre. Le but était non pas de recruter du personnel, mais d'améliorer la productivité en décourageant l'absentéisme et la grève. (En passant on avait promis aux femmes des salaires équivalents à ceux des hommes, mais c'était un doux rêve).  


Une photo originale de Geraldine Hoff avec sa presse
Miller peignit une femme en bleu de travail, les cheveux retenus par un bandana rouge, en train de retrousser ses manches pour se mettre au boulot (et non de faire un bras d'honneur comme pourraient penser certains observateurs). 

On estime que ce poster fut montré uniquement aux employés de Westinghouse pendant quelques semaines au cours de l'été 1942, puis disparut complètement de la circulation pendant plusieurs décennies. Il ne pouvait donc représenter Rosie puisque  cette dernière, toute fictive qu'elle fût, n'était pas encore née ! 
Geraldine Hoff, quant à elle, n'était absolument pas au courant. Elle se maria peu après avec un M. Doyle, dentiste, resta femme au foyer et eut beaucoup d'enfants (six). 

Ce n'est que vers la fin des années 70 que les mouvements féministes revisitèrent l'histoire des femmes ouvrières pendant la guerre, qui étaient déjà appelées à l'époque les "Rosies". Un documentaire de 1981 qui eut un certain succès, The Life and Time of Rosie the Riveter, entrecoupe des images d'archives avec des témoignages d'anciennes ouvrières. 


La soi-disant Rosie sur un timbre en 1999
Quelque part à cette époque, dans des circonstances que Google n'a pas été en mesure de préciser, le poster de "We can do it" a été exhumé et utilisé comme symbole de la lutte des femmes pour l'émancipation, sous le nom, qui pour être honnête était entre temps devenu un nom générique, de Rosie the Riveter.

Ironie de l'histoire, les femmes derrière ce symbole sont d'une part une veuve empêchée de faire une carrière de pilote, et d'autre part une mère de famille à qui on n'a jamais demandé la permission d'utiliser son image, sans parler de lui verser des royalties... Geraldine Doyle s'est reconnue par hasard sur le poster publié par un magazine en 1984. Depuis, sa renommée n'a cessé de croître,  (celle du poster, pas de Geraldine) jusqu'à devenir ce qu'on appelle maintenant une icône, reproduite, recyclée et détournée.



Rosie the action figure, Rosie l'incontournable t-shirt avec votre nom dessus, de Marge Simpson à Michelle Obama en passant par, récemment, Beyoncé, tout y est passé. Et encore je vous ai épargné Rosie le Zombie (We can chew it !). 


Norma Jeane Dougherty 26 juin 1945
Pour la petite histoire, Marilyn Monroe fut une véritable Rosie. Lorsqu'elle s'appelait encore Norma Jeane Mortenson, et tandis que son premier mari James Dougherty était appelé dans les Marines, elle travailla à la Radioplane Corporation de Van Nuys, Californie, qui comme son nom l'indique, fabriquait des petits avions télécommandés pour l'armée. Des drones en quelque sorte, comme c'est moderne !


Sources
http://www.pophistorydig.com/?tag=rosie-the-riveter-song
http://smoda.elpais.com/articulos/rosie-la-remachadora-la-historia-que-esconde-el-emblema-del-feminismo/5154
http://www.laterbloomer.com/rose-monroe
http://www.nytimes.com/1997/06/02/us/famed-riveter-in-war-effort-rose-monroe-dies-at-77.html

jeudi 10 juillet 2014

Le questionnaire de Proust

Marcel Proust à 15 ans par Nadar
C'est l'anniversaire de Marcel Proust. Il est né le 10 juillet 1871 dans une famille aisée du 16ème arrondissement de Paris. Comme chacun sait, le petit Marcel aimait se promener au jardin des Champs-Elysées. Il y fréquentait déjà du beau monde, notamment les soeurs Lucie et Antoinette Faure, dont le père Félix deviendrait plus tard président de la République.

D'après des sources peu fiables, il fut même question de mariage entre Marcel et Lucie Faure, projet mis à mal par la mort de Félix Faure dans des circonstances embarrassantes (on se souvient du mot de l'époque ; "Le président a-t-il toujours sa connaissance ? - Non, elle est sortie par l'escalier de service.")

En attendant, lorsqu'ils avaient treize ou quatorze ans, Antoinette Faure, la petite soeur, qui avait le même âge que Marcel, lui montra un album ramené d'Angleterre, intitulé « An Album to Record Thoughts, Feelings, &c ». Il y avait là-dedans un questionnaire, à la mode dans la bonne société victorienne, censé révéler à vos amis vos goûts et aspirations, l'ancêtre des tests psychologiques de Cosmo. Le questionnaire était en anglais, les enfants de la haute jactaient le rosbif à l'époque, ils devaient avoir des nurses anglaises. 

Quelques années plus tard, à 17 ans, Marcel Proust devance l'appel militaire et se retrouve au 76ème régiment d'Infanterie à Orléans. Là, il reprend le questionnaire, le modifie et ajoute des questions (tous les questionnaires en version anglaise ici). On peut voir les réponses, assez niaiseuses je trouve, de Proust sur Wikipedia.

Le manuscrit de ce questionnaire, intitulé "Marcel Proust par lui-même", fut retrouvé et vendu aux enchères en 2003, et publié par une maison d'édition un peu confidentielle. 

L'affaire en serait restée là sans Bernard Pivot, autre géant des lettres françaises, dans son genre. Animateur des émissions littéraires "Apostrophes" de 1975 à 1990, puis "Bouillon de culture" de 1990 à 2001, il pris l'habitude de soumettre les écrivains invités à ce qu'il appelle le questionnaire de Proust. 

En fait, en regardant bien, aucune des questions ne correspond à l'un ou l'autre des questionnaires auxquels Proust a répondu. Il s'agit donc plutôt du questionnaire de Pivot. Dans les archives de l'INA, un florilège de réponses à la question "Quel est votre juron ou blasphème préféré ?" 
  
La renommée et la carrière du questionnaire de Proust se transporta ensuite outre-atlantique. Les noctambules munis du câble connaissent peut-être l'excellente émission "Inside the Actor's Studio", qui fête ses 20 ans cette année, bon anniversaire également. James Lipton y interviouve des acteurs. Lipton est un fan de Bernard Pivot et soumet comme lui ses invités au Proust's Questionnaire, celui de Pivot. Quinze minutes de questionnaire ici sur youtube.

Le questionnaire de Proust fut ensuite repris par la magazine Vanity Fair, qui le soumet à une célébrité chaque mois en dernière page. Ce questionnaire se rapproche beaucoup plus du second questionnaire de Proust. Il a fait mes délices pendant vingt ans. Un recueil a été publié par son éditeur Condé Nast. Le voici en entier : 

1. What is your idea of perfect happiness?
2. What is your greatest fear?
3. What is the trait you most deplore in yourself?
4. What is the trait you most deplore in others?
5. Which living person do you most admire?
6. What is your greatest extravagance?
7. What is your current state of mind?
8. What do you consider the most overrated virtue?
9. On what occasion do you lie?
10. What do you most dislike about your appearance?
11. Which living person do you most despise?
12. What is the quality you most like in a man?
13. What is the quality you most like in a woman?
14. Which words or phrases do you most overuse?
15. What or who is the greatest love of your life?
16. When and where were you happiest?
17. Which talent would you most like to have?
18. If you could change one thing about yourself, what would it be?
19. What do you consider your greatest achievement?
20. If you were to die and come back as a person or a thing, what would it be?
21. Where would you most like to live?
22. What is your most treasured possession?
23. What do you regard as the lowest depth of misery?
24. What is your favorite occupation?
25. What is your most marked characteristic?
26. What do you most value in your friends?
27. Who are your favorite writers?
28. Who is your hero of fiction?
29. Which historical figure do you most identify with?
30. Who are your heroes in real life?
31. What are your favorite names?
32. What is it that you most dislike?
33. What is your greatest regret?
34. How would you like to die?
35. What is your motto?


Ma question préférée : what do you consider the most overrated virtue ? J'hésite depuis des années entre "Fitness", "Piety" et "Virginity"... 

Sur le site de Vanity Fair des tonnes de personnalités plus ou moins connues en France se prêtent à l'exercice. 

Ma réponse préférée, celle d'Emma Thompson : "What is the quality you most like in a man ? - Uxoriousness." (à vos dictionnaires !)



Des extraits des réponses remarquablement spirituelles (enfin, je trouve) de David Bowie : 
What is your idea of perfect happiness?
Reading.

What do you consider your greatest achievement?
Discovering morning.
What is your greatest fear?
Converting kilometers to miles.
What historical figure do you most identify with?
Santa Claus.
Which living person do you most admire?
Elvis.
What is the trait you most deplore in others?
Talent.
What is your favorite journey?
The road of artistic excess.
What do you regard as the lowest depth of misery?
Living in fear.
What is the quality you most like in a man?
The ability to return books.