samedi 4 juin 2011

Contre la solidarité objective


1° Les ennemis de mes ennemis ne sont pas mes amis.

Prenons un exemple simple : je suis contre presque* tout ce que représente ou a représenté la politique de George Bush et sa clique aux Etats-Unis et dans le monde. Oussama Ben Laden aussi, d'après ce qu'il disait. Je ne suis pas pour autant l'amie d'Al Qaeda.

Ca s'appelle un paralogisme. Je rappelle que le paralogisme n'est pas une figure de la logique, mais au contraire une erreur de logique. Une illusion de la raison, comme disait Kant.

2° Je ne suis ni pour ni contre vous.

Pour reprendre le même exemple (prudemment, car le bush-bashing est un sport moins dangereux que d'autres, comme par exemple insulter le prophète), lorsque Donald Rumsfeld expliquait que tous ceux qui n'étaient pas avec lui dans la "guerre contre le terrorisme" étaient contre lui, et donc les ennemis des Etats-Unis, je ne pouvais que ricaner sauvagement comme une hyène, chose que je pouvais me permettre car je n'habitais pas au Texas.

3° Ce n'est pas parce que je suis d'accord avec ce que vous venez de dire que je vous aime.

Par exemple, lorsque feu Ben Laden, encore lui, déclarait que le régime impie et corrompu des Saoud spolie le peuple arabe des revenus du pétrole, j'ai trouvé qu'il avait tout à fait raison. Et pourtant, tenez-vous bien, je ne suis toujours pas l'amie d'Al-Qaeda. Etonnant, non ?

Ces trois trucages, que l'on peut appeler alliance objective, chantage et amalgame, peuvent paraître simplistes, mais sont terriblement efficaces. Ils sont une insulte au bon sens et une menace pour l'avenir de la civilisation.

La communication politique est presque entièrement constituée de ce genre de pièges à cons.
Or, souvenons nous que l'on peut être antisioniste sans être antisémite, anti-religieux sans être raciste, humaniste sans être franc-maçon, pauvre sans être feignant, croire, comme Arlette Laguillier, que le grand capital nous spolie sans aspirer à l'avènement de la dictature du prolétariat.
On peut aimer les animaux mais pas Brigitte Bardot, Retiens la nuit mais pas Johnny Halliday, Ben Hur mais pas Charlton Heston (Voir Halte à l'amalgame), la Colombie mais pas la cocaïne (ou même l'inverse...).

Il y a bien sûr des quantités d'escroqueries intellectuelles qui fonctionnent sur le même principe sans être aussi flagrantes ; comme disait Umberto Eco, l'immortel théoricien du "cogitus interruptus", en 1967, "un discours dans lequel la parole se fond avec les images et les chaînes logiques sont détruites en faveur  d'une  proposition synchronique, verbo-visuelle, de  données non raisonnées que l'on fait voltiger devant l'intelligence du lecteur".

Un seul remède à cette maladie peut-être sénile de la pensée : le méfiage. Le méfiage s'exerce avec le cerveau par le truchement de la réflexion. Si les symptômes persistent consulter Umberto Eco et Noam Chomsky.

En guise de cas pratique, une conférence de 2003 sur le "Choc des civilisations" de Samuel Huntington, escroquerie intellectuelle qui a connu un succès aussi spectaculaire que navrant.


* Etre contre 'tout' serait bien évidemment tomber dans le travers que je dénonce ici. Par exemple l'administration Bush est saluée pour son action très importante de lutte contre le sida en Afrique. 

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