vendredi 7 mars 2008

Grandes sambas : Madureira chorou



"Madureira chorou
Madureira chorou de dor
Quando a voz do destino
Obedecendo ao divino
A sua estrela chamou
Gente modesta
Gente boa do subúrbio
Que só comete distúrbio
Se alguém os menosprezar
Aquela gente que mora na zona norte
Até hoje chora a morte da estrela do lugar
(Só eu não posso chorar) "

Attention, je vais me fendre de la traduction complète, c'est pas très long :
Madureira a pleuré
Madureira a pleuré de douleur
Quand la voix du destin
Obéïssant au divin
A appelé son étoile
Peuple modeste
Bonnes gens de la banlieue
Qui ne causent de trouble
Que si quelqu'un les méprise
Ceux qui vivent dans la zone nord
Jusqu'aujourd'hui pleurent la mort
De l'étoile du quartier
(Moi seul je ne peux pas pleurer)

Au Brésil tout le monde connaît Madureira Chorou (en France aussi, mais on va y revenir). Madureira c'est un quartier pauvre de Rio, connu pour ses écoles de samba de Portela et Império Serrano. Comme vous voyez les paroles pour un air de samba ne sont pas très joyeuses, moins qu'on puisse dire.

Mais alors, qui est la mystérieuse étoile sur laquelle Madureira pleure encore ? Madureira chorou porquê ?
Dans les années 50, il y avait dans le quartier de Madureira, en face de la gare du même nom, le Teatro de Revista Madureira, théâtre populaire de revue, avec musique, comédie légère et femmes scandaleusement exhibées en maillots une pièce.

La "belle et talentueuse actrice" (suivant les témoignages de l'époque) Zaquia Jorge menait la revue dans ce théâtre dont elle était également directrice.

Un fatidique lundi 22 avril 1957, jour de relâche du théâtre, Zaquia s'en alla se baigner à la plage de Barra da Tijuca, à l'époque sauvage et déserte, et mourut noyée.

Ellle avait 32 ans. Le Théâtre prit en hommage le nom de Teatro Zaquia Jorge, mais ferma ses portes quelques temps plus tard, faute de vedette pour sa revue.

La chanson qui lui rend un hommage posthume, connue dans sa version chantée par Jair Rodrigues, était alors interprétée par Joel de Almeida. La musique est de Carvalhinho et les paroles de Júlio Monteiro. Ce dernier n'était autre que le mari de Zaquia Jorge, ce qui explique que lui seul ne puisse pas pleurer, par excès d'affliction probablement.





Voila déjà une bien belle histoire, mais ce n'est pas tout : la chanson fut un succès du carnaval de 1958.

Des Français qui se trouvaient à Rio pour tourner l'adaption de Orfeu da Conceição dans le quartier voisin de Mangueira (Orfeu Negro, Marcel Camus, 1959) prirent goût à la chanson et la ramenèrent au pays.

De là dans des circonstances sur lesquelles même Google reste muet, il en sortit une adaptation française certes charmante mais à des années lumières de l'atmosphère et du contexte de l'original.

Voilà ce que ça donne :





Si tu vas à Rio / N'oublie pas de monter là-haut
Dans un petit village / Caché sous les fleurs sauvages
Sur le versant d'un côteau
C'est à Madureira / Tu verras les cariocas
Sortir des maisonnettes / Pour s'en aller à la fête
À la fête des sambas
Et tu verras grimpant le long des collines
Des filles à la taille fine / Avancer à petits pas
Et les fanfares / Dans ce joyeux tintamarre
Emmener le flot bizarre / Des écoles de sambas
Qui préparent le bal / Et s'en vont pour le Carnaval
Répéter la cadence / De la plus folles des danses
Celle de Madureira

Et oui, il ne reste dans la ritournelle célébrissime de Dario Moreno que l'allusion à Madureira, incompréhensible pour les Français. Je n'ai pas trouvé qui avait fait l'adaptation, qui n'est pas mal, en soi.

Version d'époque 1958 : Dario Moreno Si tu vas à Rio

2 commentaires:

  1. La chanson a été écrite par Jean Broussolle, un des Compagnons de la Chanson. Elle a été reprise par Tino Rossi et Dario Moreno dont la version est la plus connue.

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  2. Génial ! Une fois de plus le monde merveilleux de l'internet répond à nos questions les plus pointues. Merci Jacky !

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