jeudi 8 juillet 2010

Something fishy

Chers lecteurs, votre vie va changer. Voici enfin le guide que le monde attendait pour aller au restau, particulièrement pendant les vacances au bord de la mer. Après vingt ans d'ignorance, de désarroi, interrogations et bewilderment à travers le monde devant la carte des poissons, je me suis enfin décidée à agir. Voici des poiscailles avec leurs portraits, et petits noms en français, latin, anglais, espagnol, italien, portugais.

Aiglefin, églefin, ou haddock
Melangrammus aeglefinus
Haddock
Eglefino
Asinello, eglefino
Eglefino, arinca, hadoque

 
Anchois
Engraulis encrasicolus
Anchovy
Anchoa (s'ils sont marinés au vinaigre : boquerones)
Acciuga
 Anchova, enchova, anchoveta


Anguille (alevin : civelle)
Anguilla anguilla
Eel
Anguila (alevin : angula)
Anguila
Enguia


Bar
Dicentrarchus labrax
European sea bass, branzini, bronzini
Lubina
Spigola, branzino, spigola
Robalo


Barbue
Scopthalmus rhombus
Brill
Rémol (joli !)
Rombo liscio
Rodovalho


Baudroie, lotte de mer
Lophius piscatorius
Anglerfish
Rape
Rana, rospo, martino
Tamboril, peixe-sapo


Bonite
Sarda sarda
Bonito
Bonito
Palamita
Bonito


Brochet
Essox lucius
Pike
Lucio
Luccio
Lúcio


Cabillaud, morue, stockfish lorsqu'elle est séchée
Gadus morhua
Cod
Bacalao
Merluzzo bianco, baccalà, stocco lorsqu'il est séché
Bacalhau


Calmar
Loligo forbesi
Squid
Calamar
Calamaro, totariello
Lula


Chinchard, saurel
Trachurus trachurus
Horse mackerel, scad
Jurel, chicharro
Suro, sugarello
Carapau



Congre
Conger conger
Conger
Congrio
Congro
Congro


Dorade et dorade rose
Sparus aurata et Pagellus bogaraveo
Bream, gilt headed bream et sea bream
Dorada et esparido
Orata et pagro, pagello occhialone
Dourada


Eperlan
Osmerus eperlanus
Smelt
Eperlanos
Sperlano


Esturgeon
Acipenser sturio
Sturgeon
Esturión
Storione, sterlet
Esturjão, solho


Flétan
Hippoglossus hippoglossus
Halibut
Halibut, fletán, pez mantequilla
Halibut
Hipoglosso



Grondin
Eutrigla gurnardus
Gurnard, sea robin
Rubios
Pesce capone
Peixe roncador





Hareng (mariné : rollmops)
Clupea harengus
Herring (saur : kipper)
Arenque
Aringa
Arenque



Lieu jaune
Pollachius pollachius
Pollock, pollack
Abadejo
Merluzzo giallo
Bacalhau


Lieu noir
Pollachius virens
Saithe, coal fish, Boston blues
Palero, carbonero
Merluzzo nero
Escamudo, escamudo-negro




Limande
Limanda limanda
Dab
Limanda
Limanda
Solha


Limande sole et flet
Microstomus kitt et Platichtys flesus
Flounder, lemon sole, fluke
Platija
Passera pianuzza
Linguado

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Lotte : voir Baudroie
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Loup
Anarhichas lupus, Narrhichas lupus
Atlantic Catfish, wolffish, sea wolf
Perro del norte, pez lobo
Pesce lupo, lupo di mare
Barbo




Maigre, aigle de mer
Argyrosomus regius
Meagre, shadow fish
Corbina, corbo
Bocca d'oro, ombrina
Corvina, borregata, rabeta, corvinata


Maquereau
Scomber scombrus
Mackerel
Cabella
Maccerello, sgombro
Cavala



Merlan
Merlangus merlangus
Whiting, silver hake
Merlán, plegonero, liba
Merlano
Pescada, marmota


Merlu (comme vous voyez ce serait une grave erreur de confondre merlan et merlu)
Merluccius merluccius (même si pour les deux les taxonomistes chargés d'attribuer les noms latins ne se sont pas foulés)
Hake
Merluza
Nasello
Merluza, merluça



Mérou
Epinephelus marginatus
Grouper, sea bass
Mero, cherna
Cernia, perchia
Garoupa, cherne, mero, marelaço, galinha-do-mar ou piracuca

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Morue : voir cabillaud
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Orphie, aiguille de mer, Bécassine de mer
Belone belone
Garfish
Aguja
Aguglia
Agulha


Perche
Perca fluviatilis
Perch
Perca
Persico
Perca


Plie, carrelet
Pleuronectes platessa
Plaice
Solla
Passera
Solho



Poulpe
Octopus vulgaris
Octopus
Pulpo
Polpo di scoglio
Polvo





Raie
Rajidae, batoidea (familles)
Ray, skate
Raya
Razza
Raia, arraia




Rascasse
Scorpaena porcus
Scorpionfish, rockfish
Rascacio, cabracho
Scorfabo
Rascasso, escoperna



Requin
Carcharinidae (famille)
Shark
Tiburón
Squalo
Tubarão



Rouget
Mullidea
Goatfish
Salmonete
Triglia
Salmonete, ruivo, cabrinha



Saint-Pierre
Zeus faber (joli nom)
John Dory (joli nom aussi, qui pourrait venir du français jaune d'or)
Pez de san Pedro
Pesce san Pietro





Sandre
Stizostedion lucoperca
Pike perch
Lucioperca
Sandra, lucioperca
Lucioperca


Sardine, pilchard
Sardina pilchardus
Pilchard
Sardina
Sardina
Sardinha



Saumon
Salmo salar
Salmon
Salmon
Salmone
Salmão




Seiche
Sepia officinalis
Cuttlefish
Sepia, choco
Sepia, sepiola
Sépia, choco



Sole
Solea solea
Sole
Lenguado, soldado
Sogliola
Solha


Surubim
Pseudoplatystoma coruscans
Le surubim est un poisson du bassin de l'Amazone. Il n'a pas d'autre nom que surubim, mais c'est le meilleur poisson du monde, de très loin. Si vous allez au Brésil, ne le ratez pas...


Thon
Thunnidae
Tuna, tunafish
Atun
Tonno
Atum


Truite
Salmo trutta
Trout
Trucha
Trota
Truta



Turbot
Psetta maxima
Turbot
Rodaballo
Rombo chiodato
Rodovalho



Voila voila... On ne vous fera plus prendre les vessies pour des lanternes, ou les merlans pour des turbots. Si vous n'arrivez toujours pas à identifier le poisson qui vous regarde d'un oeil mort depuis votre assiette, il y a absolument tous les poissons de Méditerranée avec leurs noms dans des tas de langues improbables dans le site http://www.sportesport.it/fishes.htm

Autrement, si vous préférez la viande, voyez l'article du 25 novembre 2007, Churrasco

dimanche 4 juillet 2010

Triste vie et mystérieuse mort des abeilles

Souvenez-vous des déjeuners sur l'herbe à la campagne, dans les étés de votre jeunesse, salade de tomates, tartines de rillettes et tarte aux mirabelles, harcèlement des insectes velus et vrombissants se noyant dans le petit vin blanc...

Cette époque est révolue, car il n'y a plus d'abeilles, ni dans vos campagnes, ni ailleurs. Elles sont en grève, sans préavis. Elles n'ont pas prévenu, n'ont pas commencé à traîner la patte et à perdre en productivité. Aucune abeille morte au seuil de la ruche n'a donné l'alarme. Elles sont parties un beau matin sans se retourner. Elles se sont absentées.

Depuis 2006, les apiculteurs perdent en moyenne 30% de leurs colonies par an, d'une manière quelque peu déroutante : les ruches sont tout simplement abandonnées par les ouvrières, laissant la reine et ses domestiques crever de faim. Ce phénomène s'appelle désormais CCD, pour Colony collapse disorder, ou syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles .

Le vie d'une abeille n'est pas la promenade parmi les fleurs que l'on peut imaginer : c'est plutôt les cadences infernales. Elle doit visiter 1500 fleurs pour collecter une boule de 15 miligrammes de pollen et la transporter jusqu'à la ruche. Pour engranger la cinquantaine de kilos de pollen par an nécessaire à sa survie, une colonie doit effectuer 45000 expéditions par jour. Chaque abeille parcourt en moyenne 800 km avant de mourir d'épuisement au bout de trois semaines. Et je parle des ouvrières, le sort des reines et des mâles est encore plus déprimant.

Comme si leurs occupations naturelles n'étaient pas assez épuisantes, voila qu'on leur fait parcourir des milliers de kilomètres en camion pour pratiquer la pollinisation intensive. (On a découvert que si l'on déplace leur ruche de moins de quatre kilomètres, les abeilles se perdent, mais si on la déplace sur une plus longue distance, elles rebootent leur GPS et reprennent le chemin du boulot. Un peu comme les diplomates.)

Un exemple extrême : la Californie ne produit pas que des films d'actions et des plagistes, mais aussi 80 % de la production mondiale d'amandes, qui rapporte deux milliards de dollars par an. A l'époque de la floraison, pour polliniser 60 millions d'amandiers géométriquement plantés sur 240 000 hectares, il ne suffit pas d'attendre que quelques insectes bourdonnants passent par là. Plus d'un million de ruches sont tranportées vers la Californie à l'époque de la floraison des amandiers. Elles arrivent par camions de tout le pays, et certaines par avion depuis l'Australie. 

Les apiculteurs industriels passent cinq mois par an sur la route, parcourant plus de 4000 km des amandiers de Californie aux agrumes de Floride, pommes et cerises du nord, myrtilles du Maine...

Certains "observateurs" voient dans le stress de ces déménagements une cause du CCD. D'autres apiculteurs répondent qu'ils transbahutent leurs ruches depuis 40 ans sans qu'elles en soient affectées.

En réalité les apiculteurs et scientifiques se creusent la tête pour comprendre les causes du CCD depuis cinq ans, et toutes les réponses sont en relation avec l'industrialisation de l'agriculture, et son corollaire la massification de la pollinisation.

La contamination par des virus, champignons et parasites n'est pas étonnante quand 40 milliards d'abeilles se retrouvent en Californie chaque année. De plus, l'absence de variabilité génétique diminue leur résistance aux épidémies, pardon, aux épizooties. 

La malnutrition : à cause de la monoculture, les abeilles ne se nourrissent que d'une seule sorte de pollen ; certains ne sont pas très nourrissants, comme le tournesol en Europe ou les airelles aux Etats-Unis. On donne alors aux abeilles de la junk food, des sirops de maïs et substituts de pollen propres à donner au plus loyal insecte des envies de suicide...

Les insecticides : en France, on accuse le RoundUp, de la célèbre compagnie Monsanto. Aux Etats-Unis, c'est plutôt le Gaucho, insecticide Bayer à base de nicotine qui rendrait les abeilles gaga. Le Gaucho, comme le Regent de BASF, sont interdits en France depuis 2004, à la suite d'une vaste bataille entre apiculteurs, agriculteurs, écologistes et lobbyistes de l'industrie agro-chimique. (Ces Français, toujours en train de nuire au grand capital).

Certes il existe une foule de réglements nationaux et internationaux qui prévoient dans leur grande sagesse que les insecticides ne doivent pas tuer les abeilles. Mais tout dépend de ce que l'on appelle tuer... Si la toxicité de certains produits n'est effectivement pas suffisante pour tuer les abeilles mortes sur le dos les pattes en l'air, elle peut en revanche avoir des effets neurologiques qui affectent la communication et l'organisation à l'intérieur de la ruche, et font perdre aux ouvrières la mémoire, le sens de l'orientation et le goût du devoir.

En attendant nos vertes campagnes ne bourdonnent plus. Moi, vous me connaissez, je ne suis pas millénariste. Je ne vais pas vous parler de la fin du monde. Les abeilles ne pollinisent pas toutes les plantes, et ne sont en outre pas les seuls insectes pollinisateurs.  D'ailleurs, l'abeille domestique, apis mellifera, n'existait pas à l'état naturel en Amérique, ce sont les colons qui ont amené leurs ruches d'Europe. Ca n'empêchait pas les Américains d'avoir des plantes, et même des séquoias géants.  Il est donc faux de dire que la disparition des abeilles entraînerait la mort de toute la flore. Seulement la majorité des plantes à fleurs, et un tiers des cultures alimentaires. Personnellement, j'ai un faible pour les gueules-de-loup, les roses trémières, et, well, la tarte aux mirabelles. En plus je déteste le sirop d'érable, destiné à remplacé le miel sur les tartines.

Alors, affaire Apis Mellifera : meurtre ou suicide ? Pour continuer l'enquête pendant les vacances voici ce qu'il est convenu d'appeler des ouvrages de référence :




Dernières nouvelles : 30 % des abeilles qui ont participé à la pollinisation des amandiers de Californie sont mortes pendant la saison 2010, déclare Jerry Hayes, Asst. Chief, Apiary Inspection, Florida Dept. of Agriculture.
Vincent Tardieu - L'étrange silence des abeilles : Enquete sur un déclin mystérieux - Belin, 2009
Alison Benjamin, Brian McCallum - A World without Bees - Guardian Books 2008
Mark Daniels - Un monde sans abeilles - Film DVD - Arte éditions

dimanche 20 juin 2010

Israël, Palestine, Jordanie

Je ne ferai pas de commentaires...

vendredi 28 mai 2010

Hôtel Pozzo di Bongo

Au 51 rue de l'Université, au coeur de ce que Marcel Proust appelait le Faubourg Saint-Germain, et que l'on appelle maintenant le "bon 7ème", se trouve un aimable pied-à-terre de 4500 m2 entouré de 3700 m2 de cours et jardins, et connu depuis une paire de siècles sous le nom d'Hôtel Pozzo di Borgo.

L'hôtel particulier, dit d'abord de Longueil, ou de Maisons, puis d'Angervilliers, puis de Soyecourt du nom des propriétaire successifs, a été construit en 1706 par l'architecte Pierre Cailleteau dit « Lassurance ».

Pour la petite histoire à l'intérieur de la petite histoire, ce Cailleteau n'était pas un péquenaud : il a été dessinateur dans l'administration des Bâtiments du Roi dans les années 1680. On lui attribue la plupart des esquisses décoratives réalisées pour le château de Versailles et le Trianon de marbre autour de 1690, pour ceux qui aiment ce style. Officiellement élève de Hardouin-Mansart, premier architecte de Louis XIV, les mauvaises langues disent qu'il était plutôt son maître. « Hardouin-Mansart était ignorant dans son métier, et de Cotte, son beau-frère, l'était guère moins. Ils tiraient tout d'un dessinateur qu'ils tenaient clos et à l'écart chez eux, qui s'appelait Lassurance, sans lequel ils ne pouvaient rien. » rapporte Saint-Simon, le people gossip du Siècle d'Or.

Cailleteau quitta ensuite le service du Roy pour s'associer à un certain François Duret, Député au Parlement de Paris, puis président de la Chambre des Comptes, puis Président du Grand Conseil, sorte d'ancêtre du Conseil d'Etat, de 1699 à 1708. Qualifié par ses contemporains de financier, entrepreneur ou spéculateur, Duret était ce qu'on appellerait aujourd'hui un promoteur immobilier : finançant la construction de palais qu'il revendait aussi sec à la noblesse, il est en grande partie responsable de l'aspect que le faubourg Saint-Germain garde encore aujourd'hui. C'est donc pour Duret que Cailleteau construisit l'hôtel dont auquel, acquis en 1707 par Claude de Longueil, marquis de Maisons.

Enjambons deux siècles pour accueillir Carlo Andrea Pozzo di Borgo, dit Charles-André, qui nous vient d'Ajaccio comme Napoléon Bonaparte et autres plaies.
Cousin éloigné et ami d'enfance de Napoléon et son frère Joe (alias Pepe), il devint ensuite leur ennemi juré pour de sombres histoires de politique locale corse, ce qui quelque part lui rendit service puisqu'ayant débuté comme député de Corse en 1789, il dut s'exiler pendant l'Empire et réussit à se mettre dans les petits papiers du Tsar, pour revenir triomphalement à Paris à la Restauration comme Ambassadeur de Russie.

Mes relations chez les généalogistes me donnent les informations suivantes : Carlo Andrea Pozzo di Borgo, né à Alata (Corse-du-Sud) le 8 mars 1764, Chevalier de l'Ordre de Saint André et de Saint Wladimir de Russie, Chevalier de la Toison d'Or, Grand Croix de Saint Etienne de Hongrie, Grand Croix de l'Aigle Noir de Russie, Commandeur de Saint-Louis, Comte et Pair de France (Ordonnances des 15 janvier 1816 et décembre 1818), comte héréditaire de l'Empire Russe (Oukazes de S.M. Nicolas I des 22 août 1826 et 17 septembre 1827).
Oukazes de Nicolas Ier, c'est chic quand même. Ca en jette, je trouve.

En bref une belle carrière de haut-fonctionnaire, pendant laquelle il acheta la baraque de la rue de l'Université, probablement en 1814. Il y mourut en 1842, sans descendance, ne s'étant pas marié pendant toutes ses aventures.
Il avait en revanche une armée de cousins en Corse, dont Paolo Felice Pozzo di Borgo, Trésorier Payeur Général de la Corse, dit "U pagadore", mort assassiné par deux cousins corses, ça ne s'invente pas...
L'un des fils de Paolo Felice, Jérôme, épousa une certaine Aline de Montesquiou-Fezensac, un nom bien proustien.

Pour rester dans l'architecture, il semble que les Pozzo di Borgo aient eu une manie curieuse (et coûteuse) : celle de déménager non pas les meubles, mais les immeubles. Jérôme Pozzo di Borgo acheta dans les années 1840 le domaine de Montretout à Saint-Cloud.  De 1896 à 1899, il fit transférer le château à Dangu, dans l'Eure, sur un domaine qu'il avait acheté entretemps. Pour sa défense, le château de Montretout avait été incendié en 1871 pendant le siège de Paris. (Le domaine de Montretout quant à lui est, aux dernières nouvelles, toujours la propriété de Jean-Marie Le Pen, cerné par les huissiers.)

Son fils Charles Jean Félix Pozzo di Borgo, héritier du titre de Comte et de l'hôtel de la rue de l'Université, fit construire à La Punta, en Corse, un château avec les pierres du château des Tuileries, détruit aussi en 1871.
Cet épisode est particulièrement rocambolesque : ..."C’est au printemps de 1883 que le comte Charles Pozzo di Borgo acheta un lot important des pierres des Tuileries provenant des carrières de Vaugirard. Avant de déposer avec soin le lot acquis, il fit photographier sur place l’ensemble des pierres choisies. Ces pierres furent numérotées et mises dans des caisses inventoriées sur un registre. (...) On fit partir les caisses par le chemin de fer jusqu’à Marseille et on les entreposa dans les docks. Il y avait alors deux départs par semaine des bateaux à vapeur faisant le service entre Marseille et Ajaccio. L’un de ces paquebots-poste appartenait à la Cie Valéry, (dirigée par la famille de Paul Valéry), l’autre à la Cie Transatlantique. L’un et l’autre de ces courriers débarquaient sur le quai d’Ajaccio un certain nombre de caisses qui étaient ensuite transportées par charrettes au hangar de la Villeta. Il y en eut 185 en tout..."*

Mais brisons là, avant de faire une overdose de factoïdes.

Avec le XXème siècle vint la (relative) débine. Une partie du Palais fut aménagée en appartements,  loués à des travailleurs tels que par exemple Karl Lagerfeld, ou occupés par divers descendants de Charles, le déménageur des Tuileries.

On y trouvait dans les dix dernières années Philippe Pozzo di Borgo, ancien directeur délégué des champagnes Pommery (groupe LVMH), devenu tétraplégique à la suite d'un accident de montagne en 1993. Il a écrit un livre sur son expérience, Le second souffle (éd. Bayard, 2001), et on murmurait la semaine dernière au festival de Cannes que des réalisateurs français préparent un film inspiré de sa vie, sous le titre "L'intouchable". Vous me direz après ça si mes informations ne sont pas actualisées...

Comme je ne suis pas (encore) abonnée au Who's Who, je n'ai pas pu savoir où habite Yves Pozzo di Borgo, sénateur de Paris pour le Nouveau Centre et ancien adjoint au maire du... VIIème arrondissement.

Plus glamour, Laetitia Pozzo di Borgo travaille pour Maxim's, et attire les people dans des réceptions mondaines, telles que celle-ci, relatée dans (autant aller directement à la source) Point de Vue en mai 2008.


L'avantage de ce genre de gens, c'est qu'on sait où les trouver. Par exemple dans le Figaro, qui vend la mêche en novembre 2009 : " Un lieu secret au cœur du VIIe. La famille Pozzo di Borgo a mis en vente le somptueux hôtel particulier du XVIIIe siècle qu'elle occupe rue de l'Université, et dans lequel a longtemps vécu Karl Lagerfeld. En attendant l'aboutissement des tractations, les Pozzo di Borgo (qui logent dans les étages) louent certains salons du rez-de-chaussée et son merveilleux jardin. Même si, ici, la devise en vigueur aurait quelque chose du célèbre « pour vivre heureux, vivons cachés », la privatisation est possible. Mais uniquement de bouche-à-oreille.
51, rue de l'Université (VIIe). De 15 000 à 30 000 €. "
C'est pas tellement cher, finalement, si j'avais su c'est là que j'aurais fêté mon anniversaire...

En fait, l'hôtel est proposé à la vente discrètement sous le nom d'hôtel de Soyécourt depuis 2007, par l'agence Emile Garcin (dont le site vaut le coup d'oeil) et il y a bien longtemps que les Pozzo di Borgo louent les salons d'apparat pour se faire de l'argent de poche. L'hôtel est surtout connu pour les défilés de mode, lancements de produits de luxe, Guerlain, Vivienne Westwood (photo), Ralph Lauren, Swarovski...

Plus branchées, des fêtes privées sont organisées pour divertir la jeunesse dorée, avec des attractions différentes dans chaque pièce, telles que jeux vidéo vintage, bataille de polochons dans le noir, concours de Guitar Hero, ballons remplis d'hélium, et autres joyeusetés d'un crétinisme régressif propre à distraire la progéniture dégénérée des milliardaires qui nous gouvernent.

Mais je m'égare de nouveau.

En 2007, un émir du Qatar avait signé une promesse d'achat de l'hôtel pour 100 millions d'euros, mais avait changé d'avis "abandonnant un dédit colossal" confie tout frissonnant un agent immobilier de luxe. Des minables ces émirs. Des gagne-petit.

Enfin le Canard Enchaîné du 26 mai et l'Express du 27 mai annoncent la bonne nouvelle : l'hôtel Pozzo di Borgo est vendu, et la famille du même nom sauvée in extremis de la soupe populaire. La facture est toujours de 100 millions d'euros. L'heureux acquéreur est une autre puissance pétrolière : le Gabon.

Je ne peux résister au plaisir pervers de citer intégralement le communiqué de la présidence gabonaise :

« Dans son projet de société « l’Avenir en confiance », le président de la République, S. E. Ali Bongo Ondimba, a fait le serment de restaurer l’image du Gabon à l’extérieur. Il a notamment promis d’acquérir des propriétés au bénéfice de nos Représentations diplomatiques.
En ce sens, le Président de la République Ali Bongo Ondimba vient de faire procéder, en toute transparence, à l’acquisition d’un bien immobilier à Paris, rue de l’Université, dans le 7ème arrondissement pour le compte de l’Etat.
Cet immeuble a été acquis au profit de l’ambassade du Gabon en France, pays avec lequel nous avons des liens amicaux étroits et historiques.
En raison de plusieurs évènements importants liés au rôle du Gabon sur la scène internationale, particulièrement en Europe, cette décision du Chef de l’Etat contribue à offrir à notre pays, aux résidents gabonais en France et en Europe, un espace d’échanges, de travail et d’hébergement de délégations gabonaises afin de réduire notablement les frais d’hôtel lors des missions officielles.
Cette acquisition immobilière est d’autant plus opportune qu’elle intervient au moment où l’Ambassade du Gabon à Paris connaît des travaux de réfection de longue durée et qu’il s’agit là d’un placement immobilier pour la République Gabonaise.
De même, cette acquisition s’inscrit dans la logique des décisions visant à rationnaliser et à rentabiliser l’utilisation des finances publiques à court, moyen et long termes.

Présidence de la République Gabonaise » 19 mai 2010
 
"Rationnaliser et rentabiliser l'utilisation des finances publiques." Fabuleux. Hénaurme.

On lit dans le Canard que la "République" gabonaise a également acheté "pour loger une partie des services de l'Ambassade" l'immeuble d'à coté, qui ne peut valoir moins de quelques dizaines de millions d'euros. Si on ajoute les travaux, allez, ça fait en gros 150 millions, ne mégotons pas, après tout il y va de "l'image du Gabon à l'extérieur"... Presque 100 milliards de francs CFA. Le tout sans qu'il soit prévu de vendre l'actuelle ambassade de la rue de la Bienfaisance, dans le VIIIème.

Notons au chapitre de l'économie de chambres d'hôtels que cette somme représente environ 1.500.000 nuits à l'hôtel Ibis de la Tour Eiffel, wi-fi gratuit, petit déjeuner offert, ou encore 220.000 nuits à l'hôtel Crillon, ils en ont de la chance les diplomates gabonais, ils vont pouvoir faire des économies en venant en mission à Paris pendant environ mille ans....

L’Ambassadeur du Gabon en France, Mme Félicité Ongouori-Ngoubili, ancien Directeur adjoint de cabinet du président Omar Bongo, a-t-elle supervisé cette transaction ? Percevra-t-elle une commission ? A ce prix là même 1% ce n'est pas négligeable... Aura-t-elle au moins sa résidence dans le désormais Hôtel Bongo ?
Inquiring minds want to know, comme dit l'autre.

Un peu d'histoire : en 1967, Albert Bernard Bongo dit ABB ou même Alpha Bravo deux fois par les vieux colons est porté au pouvoir par Jacques Foccart, qui d'autre. En 1973, pour fêter son entrée à l'OPEP, ABB se convertit à l'islam et se fait appeler Omar El Hadj Bongo, son fils Alain Bernard devenant Ali Ben Bongo (ce qui fait qu'il est resté Alpha Bravo deux fois, lui, dommage que le surnom soit tombé en désuétude).

Omar savait se maintenir au pouvoir mieux que moi à cheval, puisqu'il y resta jusqu'à sa mort en 2009, entouré des soins affectueux des siens, la France, la compagnie Elf, la Mairie de Paris, le Département des Hauts-de-Seine, etc... à défaut d'être soutenu par son peuple qui était occupé à crever de faim dans la dignité et la discrétion. (Au sujet de l'enterrement de Bongo voir l'article Racaille du 16 juin 2009).

Seule ombre à cette idylle,  en mars 2007 les associations Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la Diaspora portent plainte auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris contre cinq chefs d’Etats africains en fonction et leurs familles, Omar Bongo, son beau-père Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Eduardo Dos Santos (Angola) et Teodoro Obiang (Guinée équatoriale). Ils sont soupçonnés par les trois associations d'être propriétaires en France de nombreux biens immobiliers de luxe et détenteurs d’avoirs bancaires auprès de banques françaises et/ou de banques étrangères ayant des activités en France. Sans blague. Une enquête policière est ouverte par le parquet de Paris en juin 2007, puis classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée » en novembre 2007. Sans blague 2.

Mais, rebondissement, voici que le Monde** publie en janvier 2008 la liste des immeubles appartenant à ces messieurs, telle qu'établie par les procès-verbaux de la police. La famille Bongo y tient de loin la première place. "Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille. (...) Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M. Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété "est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67, 215 et 176 m2) et d’une piscine", précise le procès-verbal."


Selon les policiers, le président Bongo dispose de quatre adresses distinctes à Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7ème arrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant – souvent – par le 16e arrondissement parisien, l’enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et actuel ministre des affaires étrangères, et d’autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita.

"La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8ème arrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans."

Omar est furax, mais ses ennuis ne font que commencer. Le 2 décembre 2008, Transparency International France, l'Association Sherpa et un citoyen gabonais, Grégory Ngbwa Mintsa, déposent une nouvelle plainte assortie d'une constitution de partie civile visant Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso et Teodoro Obiang ainsi que leurs entourages pour recel de détournement de fonds publics.
Le 5 mai 2009, la doyenne des juges du pôle financier de Paris Françoise Desset juge recevable la plainte, ce qui ouvre la voie à une enquête judiciaire. Cette décision est prise contre l'avis du parquet qui a fait appel le 7 mai. La magistrate a en revanche rejeté la constitution de partie civile du ressortissant gabonais Grégory Ngbwa Mintsa.

C'est la raison pour laquelle Omar Bongo, craignant d'être inquiété par la justice en France, est hospitalisé le 11 mai 2009 et meurt à une date incertaine en juin à Barcelone, au lieu de rendre l'âme à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, comme tout dictateur ami de la France qui se respecte.

Ali Bongo, fils aîné de son père, est désigné candidat par le parti au pouvoir pour l'élection présidentielle prévue le 30 août 2009. Quelques jours avant l'élection, Robert Bourgi, conseiller de Nicolas Sarkozy pour les relations avec les pays africains, fait devant la presse une déclaration d'une subtilité de Panzer :
« Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l'électeur le comprendra. » Subliminal, en effet.

Ali Bongo, mal élu (au scrutin majoritaire à un tour avec 41,75 % des voix) est président du Gabon depuis le 16 octobre 2009. Le "candidat du changement" a été décoré de la légion d'honneur*** par Nicolas Sarkozy lors de son (troisième) voyage au Gabon le 24 février 2010. A cette occasion, il a déclaré : “J’ai une grande confiance dans votre Président, mais je défie quiconque de penser ou de pouvoir démontrer que la France avait un candidat lors de la dernière élection présidentielle.”
Bref, le cinéma habituel.

C'est dans ce contexte que le communiqué délirant de la Présidence sur "l'acquisition en toute transparence pour le compte de l'Etat", l'"investissement immobilier" et autre "rationnalisation de l'utilisation des finances publiques" prend tout son sens. En gros, plutôt que de faire des acrobaties pour acheter un minable appart avenue Foch au nom de la petite nièce Cunégonde, autant acheter un monument historique dix fois plus cher, au nom de l'Etat, en toute transparence.
A la limite, s'il faut absolument sortir le pognon du pays, mieux vaut le mettre dans la pierre que le confier à Bernard Madoff, par exemple. Ca permet de garder l'espoir de le récupérer un jour.

Il y a des associations riches de bonne volonté et des avocats pro bono qui s'occupent de réclamer ces restitutions, après destitutions des dictateurs. Ca ne marche pas très fort.
Laissons le mot de la fin à Wikipédia :
 
En Suisse plusieurs restitutions ont eu lieu :
658 millions de dollars ont ainsi été restitués après 17 ans de procédure aux Philippines sur les fonds Marcos
2,4 millions de dollars des fonds du dictateur malien Moussa Traoré
594 millions de dollars des fonds du dictateur nigérian Sani Abacha
80 millions de dollars des fonds détournés par le clan Fujimori au Pérou

Le Royaume-Uni a restitué au Nigeria des fonds de Sani Abacha hébergés à Jersey

Les États-Unis et leurs alliés en Irak ont réalisé la plus grosse restitution en saisissant en 2003 plus de 2 milliards de dollars appartenant à la famille de Saddam Hussein, somme qui doit servir à la reconstruction de l’Irak. (Ouais, bof... NDLR)

La France, premier pays du G8 à avoir ratifié la convention des Nations Unies contre la corruption (Convention dite de Mérida, qui n'est pas en vigueur), n’a procédé à aucune mesure de restitution.


Mise à jour : Voitures de Teodorin Obiang saisies dans son appartement (enfin, le parking de son appartement) 42 avenue Foch le 28 septembre 2011. Seize véhicules de luxe, comme disent les flics, pour une valeur minimale de 5 millions de dollars... 








*Arbre généalogique de la famille Casa-Longa :  http://www.casa-longa.org/fg01/fg01_282.htm
Blog ArchiAct "Cabinet de curiosités architecturales" : http://www.archiact.fr/2008/12/pozzo-di-borgo.html

** Articles du Monde repris dans http://www.cellulefrancafrique.org/L-enquete-de-la-police-met-au.html

*** Ca vaut pas un oukaze du Tsar, mais bon, on fait ce qu'on peut...

Photos anciennes : fond d'archives du Ministère de la Culture : http://www.culture.fr/recherche/?typeSearch=collection&SearchableText=Soy%E9court&SearchWhere=

Pozzo di Bongo suites :
21 février 2011 http://www.gaboneco.com/show_article.php?IDActu=21623
7 mars 2011 http://www.lepost.fr/article/2011/03/07/2427413_declaration-devant-le-pozzo-di-borgo-acquis-par-ali-bongo-bientot-devant-le-cirdi.html
Xaier Harel et Thomas Hofnung : Le scandale des biens mal acquis, éd La Découverte, novembre 2011.

dimanche 11 avril 2010

Is Barack Obama out of his fucking mind ?

This is a joke, right ?




U.S. Approves Targeted Killing of American Cleric
By SCOTT SHANE
Published: April 6, 2010

WASHINGTON — The Obama administration has taken the extraordinary step of authorizing the targeted killing of an American citizen, the radical Muslim cleric Anwar al-Awlaki, who is believed to have shifted from encouraging attacks on the United States to directly participating in them, intelligence and counterterrorism officials said Tuesday.

Mr. Awlaki, who was born in New Mexico and spent years in the United States as an imam, is in hiding in Yemen. He has been the focus of intense scrutiny since he was linked to Maj. Nidal Malik Hasan, the Army psychiatrist accused of killing 13 people at Fort Hood, Tex., in November, and then to Umar Farouk Abdulmutallab, the Nigerian man charged with trying to blow up a Detroit-bound airliner on Dec. 25.

American counterterrorism officials say Mr. Awlaki is an operative of Al Qaeda in the Arabian Peninsula, the affiliate of the terror network in Yemen and Saudi Arabia. They say they believe that he has become a recruiter for the terrorist network, feeding prospects into plots aimed at the United States and at Americans abroad, the officials said.
It is extremely rare, if not unprecedented, for an American to be approved for targeted killing, (no kidding ?) officials said. A former senior legal official in the administration of George W. Bush said he did not know of any American who was approved for targeted killing under the former president.
(Note : That this guy doesn't know doesn't mean there weren't any : The Washington Post, January 27, 2010 : "In November 2002, a CIA missile strike killed six al-Qaeda operatives driving through the desert. The target was Abu Ali al-Harithi, organizer of the 2000 attack on the USS Cole. Killed with him was a U.S. citizen, Kamal Derwish, who the CIA knew was in the car.
Word that the CIA had purposefully killed Derwish drew attention to the unconventional nature of the new conflict and to the secret legal deliberations over whether killing a U.S. citizen was legal and ethical."
Well, is killing a U.S. citizen legal and ethical ?
I have other questions : Is the sky green ?
Do bears shit in the sea ?
Is killing ANY citizen legal and ethical ?)

But the director of national intelligence, Dennis C. Blair, told a House hearing in February that such a step was possible. “We take direct actions against terrorists in the intelligence community,” he said. “If we think that direct action will involve killing an American, we get specific permission to do that.” (Oh, they got permission, that's nice !) He did not name Mr. Awlaki as a target.

The step taken against Mr. Awlaki, which occurred earlier this year, is a vivid illustration of his rise to prominence in the constellation of terrorist leaders. But his popularity as a cleric, whose lectures on Islamic scripture have a large following among English-speaking Muslims, means any action against him could rebound against the United States in the larger ideological campaign against Al Qaeda.
The possibility that Mr. Awlaki might be added to the target list was reported by The Los Angeles Times in January, and Reuters reported on Tuesday that he was approved for capture or killing.
“The danger Awlaki poses to this country is no longer confined to words,” said an American official, who like other current and former officials interviewed for this article spoke of the classified counterterrorism measures on the condition of anonymity. “He’s gotten involved in plots.”

The official added: “The United States works, exactly as the American people expect, ( really ????) to overcome threats to their security, and this individual — through his own actions — has become one. Awlaki knows what he’s done, and he knows he won’t be met with handshakes and flowers. None of this should surprise anyone.” (I am now at a loss for words...)
As a general principle, international law permits the use of lethal force against individuals and groups that pose an imminent threat to a country, (darn, they didn't teach me this at law school...) and officials said that was the standard used in adding names to the list of targets. In addition, Congress approved the use of military force against Al Qaeda after the Sept. 11, 2001, terrorist attacks. People on the target list are considered to be military enemies of the United States and therefore not subject to the ban on political assassination first approved by President Gerald R. Ford.
Both the C.I.A. and the military maintain lists of terrorists linked to Al Qaeda and its affiliates who are approved for capture or killing, former officials said. But because Mr. Awlaki is an American, his inclusion on those lists had to be approved by the National Security Council, the officials said.

(Note : Structure of the United States National Security Council (Wikipedia)
Chair : Barack Obama (President of the United States)
Statutory Attendees : Joe Biden (Vice President of the United States)
Hillary Clinton (Secretary of State)
Robert M. Gates (Secretary of Defense)
Military Advisor : ADM Michael Mullen (Chairman of the Joint Chiefs of Staff)
Intelligence Advisor : Dennis C. Blair (Director of National Intelligence)

Regular Attendees : James L. Jones (National Security Advisor)
Rahm Emanuel (Chief of Staff to the President)
Thomas E. Donilon (Deputy National Security Advisor)
Additional Participants : Tim Geithner (Secretary of the Treasury)
Eric Holder (Attorney General)
Janet Napolitano (Secretary of Homeland Security)
Bob Bauer (Counsel to the President)
Lawrence Summers (Assistant to the President for Economic Policy)
Susan Rice (Ambassador to the United Nations)
Peter Orszag (Director of Office of Management and Budget)

That's 14 more people out of their fucking minds...)

At a panel discussion in Washington on Tuesday, Representative Jane Harman, Democrat of California and chairwoman of a House subcommittee on homeland security, called Mr. Awlaki “probably the person, the terrorist, who would be terrorist No. 1 in terms of threat against us.”

Nope : it does not look like a joke, even though Vanity Fair seems to think it is. And it's getting worse :

The Times, March 25, 2010 : "After 9/11, George W. Bush was granted broad executive powers to combat terrorism around the world, and under Barack Obama the programme of killing using drones has accelerated sharply. Unmanned planes are used routinely to pick out specific enemies, not just in the wild Pakistani borderlands but in Yemen, Somalia and elsewhere.
President Obama has ordered more drone strikes on terrorist targets in his first year in office than President Bush did in two terms. Of the 99 drone attacks carried out in Pakistan since 2004, 89 occurred after January 2008; last year there were a record 50 drone strikes, up from 31 the year before."

And worse :

The Guardian, Sunday 11 April 2010 : "Conservative estimates from thinktanks such as the New American Foundation claim that civilian casualties from drone attacks are around one in three, although this figure is disputed by the Pakistani authorities. According to Pakistani official statistics, every month an average of 58 civilians were killed during 2009. Of the 44 Predator drone attacks that year, only five targets were correctly identified; the result was over 700 civilian casualties."

"Harold Koh, the legal adviser to the US state department, explained the justifications behind unmanned aerial vehicles (UAVs) when addressing the American Society of International Law's annual meeting on 25 March 2010 :
"[I]t is the considered view of this administration … that targeting practices, including lethal operations conducted with the use of unmanned aerial vehicles (UAVs), comply with all applicable law, including the laws of war … As recent events have shown, al-Qaida has not abandoned its intent to attack the United States, and indeed continues to attack us. Thus, in this ongoing armed conflict, the United States has the authority under international law, and the responsibility to its citizens, to use force, including lethal force, to defend itself, including by targeting persons such as high-level al Qaeda leaders who are planning attacks … [T]his administration has carefully reviewed the rules governing targeting operations to ensure that these operations are conducted consistently with law of war principles …
"[S]ome have argued that the use of lethal force against specific individuals fails to provide adequate process and thus constitutes unlawful extrajudicial killing. But a state that is engaged in armed conflict or in legitimate self-defense is not required to provide targets with legal process before the state may use lethal force. Our procedures and practices for identifying lawful targets are extremely robust, and advanced technologies have helped to make our targeting even more precise. In my experience, the principles of distinction and proportionality that the United States applies are not just recited at meeting. They are implemented rigorously throughout the planning and execution of lethal operations to ensure that such operations are conducted in accordance with all applicable law."

This is complete bullshit. This is bullshit at a level that not even Condoleezza Rice dared to approach in her most brazenly creative attempts at reinventing international law.
I will repeat it, with The Guardian of civilized London : "The laws of war do not allow for the targeting of individuals outside of the conflict zone" like Yemen, Somalia or Pakistan.)

NY Times U.S. Approves Targeted Killing of American Cleric (this article)
Wahington Post : Muslim cleric Aulaqi is 1st U.S. citizen on list of those CIA is allowed to kill
Salon : Confirmed: Obama authorizes assassination of U.S. citizen
Vanity Fair : What Does a U.S. Citizen Have to Do to Make Obama Want to Kill Him?
The Guardian : The 'Obama doctrine': kill, don't detain
Washington Post : U.S. military teams, intelligence deeply involved in aiding Yemen on strikes
Gawker : Obama Does Something Bloodthirsty Enough to Please the Psychos
National Review : Obama OK's Targeted Assassination of Awlaki, a U.S. Citizen
The Washington Independant : Why Is It Legal to Kill Anwar al-Awlaki ?

vendredi 2 avril 2010

Blasphème de Pâques

Christ Getting In Shape For Second Coming
April 4, 2007
ISSUE 43•14

HEAVEN—Emerging from a grueling 90 minutes of cardiovascular exercise and light lifting for tone, Son of God Jesus Christ said Monday that He is "definitely on track" to achieve peak fitness condition for the Second Coming.
"If every eye is going to see Me, and all the tribes of earth are going to wail on account of Me, I think I owe it to them and to Myself to be in the best shape of My life," Christ said. "Right now I'm up to 35 minutes at seven [miles per hour] on the treadmill and benching about 165 [pounds]."
 
"I'm really starting to feel like I'll have the strength and endurance to move every mountain and island from its place," Christ added.
Since His birthday last Dec. 25, Christ has committed Himself to a demanding daily regimen of exercise and prophecy fulfillment. Each of His workouts, Christ said, starts with an hour of cardio, after which He focuses on two muscle groups, replacing conventional free weights with the Rod of Iron with which He intends to rule all nations.
"There can be no day of rest," said Christ, His eyes filled with flaming fire. "Rest is for mortals."
The determined Savior has also forsworn His favorite high-calorie, high-carb foods such as fatted calf, loaves, and even His own body and blood, instead embracing muscle-building high-protein shakes and electrolyte-replacing sports drinks. And when temptation calls, Christ need only look at two pictures taped to His refrigerator: an icon of Himself prior to starting His regimen and a reproduction of Michelangelo's "Last Judgment" fresco torn from a magazine.

"The thought of being unable to seize the seven-headed serpent and hurl it into the abyss really keeps Me motivated," Christ said.
The Lamb of God said He made the decision to get in shape late last year when, after two millennia of relative inactivity, He realized that at His age there was "no way" He could return to Earth, judge the souls of the innocent and wicked alike, and reign over the Kingdom of God for 1,000 years without prior conditioning.
"The Second Coming isn't just Me sitting on a great white throne and judging away," Christ said. "I also have to make all of the stars fall and shake all the powers in Heaven. That's why I've been working a lot with the medicine ball."

Christ, however, admitted that centuries of heavenly grace had enabled Him to "really let [Himself] go."
"I can't lead the armies of Heaven looking like some flabby slob," said Christ, who declined to disclose His "before" weight. "That guy can't be the King of Kings and the Lord of Lords. The faithful want a Messiah they can truly fear, not someone who's afraid to take off His shirt in public."
At first, Christ said He thought such a physical transformation would "take a miracle." During the first couple weeks of His exercise program, He couldn't work out on the treadmill for more than 10 minutes without gasping for breath and aggravating the old spear-point injury in His side. Now that He can deftly complete 20 ab-bench push-ups on the highest incline and almost as many chin-ups, Christ said, He feels more energetic than He has since His early 30s.
And not only has frequent exercise made Christ feel more healthy and confident, it's "cleared [His] head, which will really help [Him] deal with the massive amount of smiting and condemning."
Encouraged by His progress, particularly the increased definition in His pectoral and abdominal muscles, Christ is focusing all of His attention on visualizing the success of His Second Coming.

dimanche 14 mars 2010

Romain Gary n'a pas tout dit !

On sait que Romain Gary s'est moqué pendant des années de l'intelligentsia littéraire française en publiant plusieurs romans à succès, dont un prix Goncourt, sous le nom d'Emile Ajar. Il s'en est expliqué dans "Vie et mort d'Emile Ajar", et le pauvre Paul Pawlovitch qui portait le chapeau d'Emile Ajar a raconté son aventure dans "L'homme que l'on croyait".

Les maniaques comme moi savent aussi que Romain Gary a publié sous le nom de Fosco Sinibaldi une satire de l'ONU (tout-à-fait réjouissante, d'ailleurs) alors qu'il était diplomate, et un roman d'aventures intitulé "Les têtes de Stéphanie" sous le nom de Shatan Bogat.

Ce dernier est une espèce de thriller sanglant dans lequel ladite Stéphanie trouve des têtes coupées partout sur son chemin. Sur la jaquette de l'édition originale (du moins le croyais-je) chez Gallimard, que je conserve précieusement dans ma collection, Romain Gary ne fait pas mystère d'en être l'auteur, sa photo apparaît sur la couverture et il explique au dos ses raisons de prendre un pseudonyme.
Jusqu'ici, tout va bien.

Mais à y regarder de plus près, cette édition de 1974 précise que le roman est "traduit de l'anglais par Françoise Lovat", et que le titre original est "A Direct Flight to Allah".
D'une part, ce n'est pas la première fois que Romain Gary aurait écrit directement en anglais pour traduire ensuite en français, c'est le cas par exemple pour Lady L. Je doute en revanche que Mme Lovat soit pour grand chose dans la traduction (Françoise, si vous n'êtes pas d'accord, manifestez-vous dans les commentaires, merci). D'autre part ce titre original paraît aujourd'hui bien audacieux, par les temps qui courent on se prendrait une fatwa pour moins que ça...

Bref, amusée par ce détail, je demandai aussitôt à Google de me procurer cet ouvrage original en anglais pour ma collection de curiosa. Or quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu'il existe en effet un livre qui porte ce titre improbable, et qui est publié sous le nom de... René Deville ! Comme disent nos amis britanniques : the plot thickens.

Ce livre a été publié à Londres en 1975 par Collins. D'accord, la couverture n'est pas de très bon goût, mais le roman non plus n'est pas de très bon goût, elle sied donc à un auteur parfaitement inconnu. Et il s'agit bien du même livre, certaines librairies en ligne indiquant René Deville, alias R. Gary.

Alors là, je suis flabbergasted : je n'ai jamais entendu parler de René Deville, et j'ai lu toutes les biographies qui existent.

Comble d'ironie, un catalogue indique que ce roman est traduit du français par J. Maxwell Brownjohn. Titre original : Les têtes de Stéphanie, évidemment. On tourne en rond...
Maxwell Brownjohn ? Come on ! This must be a joke ! (J. Maxwell if you exist, say something in the commentary, thank you).
















Qu'est-ce à dire ?

Je pensais bêtement que le livre avait été publié d'abord aux Etats-Unis, puisque Romain Gary avait habité là-bas. Or il semble que ni les Américains, ni les Anglais n'aient jamais entendu parler de Shatan Bogat.
Romain Gary déclare sur la quatrième de couverture des Têtes de Stéphanie : "Je révèle aujourd'hui mon identité réelle parce que de toutes façons certains critiques ont percé le secret de cette 'réincarnation'."
Tout ceci ne tient pas debout. D'abord, je ne connais pas de précédente édition en France de Shatan Bogat. Ensuite, les critiques seraient bien incapable de reconnaître Gary, et il le savait bien puisque Gros-Câlin, "premier roman" d'Emile Ajar encensé par la critique venait de paraître au Mercure de France (et La vie devant soi gagnera le prix Goncourt l'année suivante).

Les Anglais ont-ils vraiment traduit, ou retraduit ce roman depuis le français, puisque l'édition date de l'année suivante ? Difficile à croire, parce que les éditeurs ont besoin de savoir à qui ils paient des droits, et pourquoi traduiraient-ils un livre qui indique clairement qu'il est traduit de l'anglais ? Ou savaient-ils qu'il ne s'agissait pas en réalité d'une traduction ? Et pourquoi sous le nom de René Deville ?

Ou Romain Gary a-t-il tout écrit, inventé les deux traducteurs, et publié les deux versions quasi-simultanément à Paris et à Londres ? René Deville est un nom bien palot par rapport aux pseudonymes plus flamboyants ou en tous cas exotiques que Gary affectionnait. A-t-il en plus inventé Shatan Bogat, un pseudonyme qui n'existe pas ? Poussé le vice jusqu'à publier chez Gallimard sous un faux pseudonyme, en quelque sorte ? Il en serait bien capable, le bougre..

jeudi 4 mars 2010

Akbar, l'empereur éclairé

جلال‏الدين محمّد أكبر  alias Jalâluddin Muhammad Akbar naquit en 1542 à Umerkot, aujourd'hui au Pakistan, tandis que son père, le fils du fameux Babar, fondateur de la dynastie moghole, se trouvait en exil. (Je note à l'attention des Français incultes que Babar signifie lion en persan, et non éléphant.) 

De nombreux précepteurs successifs essayèrent en vain de lui apprendre à lire, ce qui ne l'empêcha pas de réfléchir.

Son père ayant eu la présence d'esprit de reconquérir son royaume quelques mois avant sa mort, Akbar fut proclamé Shahanshah, Roi des Rois, le 14 février 1556 à Kalanaur, au Penjab. Il se mit aussitôt à batailler et annexa successivement le Bihar, le Gujrat, le Bengale, le Cachemire, le Sind, l'Orissa, le Balouchistan et j'en passe, jusqu'à devenir le plus grand empereur de l'Inde, Akbar le Grand, ou Akbar Akbar, puisque Akbar signifie déja le grand, comme vous le savez.

Mais là n'est pas l'intérêt de l'histoire : c'est son exceptionnelle ouverture d'esprit qui fit de son règne l'apogée de la dynastie moghole en Inde.
Officiellement musulman sunnite orthodoxe, l'une de ses premières décisions fut de supprimer les impôts prélevés sur les non musulmans en terre d'islam. Il épousa une princesse hindoue et permit l'entrée des hindous dans l'armée et la noblesse. Il autorisa la construction de temples hindous, tout en interdisant la pratique du sâti, le suicide des veuves.

Pour fêter sa victoire sur le Gujrat, il fit construire une nouvelle capitale près de Agra, Fatehpur Sikri, la ville de la victoire. Sa cour était remplie de peintres, musiciens et poètes de toutes les religions. Son musicien favori, le fameux Tansen, qui avait son pavillon dans la cour du palais, était hindou.

Profondément intéressé par les questions philosophiques et religieuses, Akbar fit construire en 1575 à Fatehpur Sikri un pavillon appelé Ibadat Khana ("Maison du culte") où des théologiens, mystiques et intellectuels de la cour étaient invités à débattre des questions de spiritualité. Ces discussions, réservées d'abord aux musulmans, résultaient le plus souvent en altercations, cris et insultes. Au lieu de renoncer à l'expérience, Akbar ouvrit au contraire l'Ibadat Khana à toutes les religions qu'il put trouver dans le secteur, invitant des représentants des brahmanes, jaïns, parsis, juifs, catholiques et même athées.
Deux Jésuites de Goa furent invités, dont le catalan Antoni de Montserrat, qui fit un compte-rendu élogieux de son séjour de trois ans à la cour.

Ceci contribua effectivement à élargir le débat jusqu'à inclure des interrogations sur la validité du Coran ou l'utilité de Dieu, mais non à calmer les esprits, et pour éviter la baston générale, Akbar fit rédiger un guide de la conversation civilisée, et dans son élan posa les fondements juridiques de la laïcité de l'Etat, statuant que personne ne devait être inquiété à cause de sa religion, et chacun pouvait adopter la religion qu'il souhaitait.
Amartya Sen* fait remarquer facétieusement qu'à la même époque, à Rome, Giordano Bruno montait sur le bûcher pour hérésie.

Malgré les vociférations des théologiens, Akbar considérait que les religions comprenaient certains aspects bénéfiques, surtout pour le peuple, et pour simplifier inventa une nouvelle religion combinant les meilleurs morceaux de chacune, appelée Din-i-Ilahi, ou la religion de Dieu. Cette religion, qui était plutôt une éthique, interdisait les sacrifices d'animaux et ne prévoyait pas de clergé. Malheureusement cette initiative n'eut aucun succès.

A ce stade, les imams des environs commençaient à se toucher le front et se préoccuper sérieusement de l'hérésie de l'Empereur... Akbar mourut en 1605, et le théologien islamique Abdul Haq voulut bien reconnaître que malgré ses "innovations", il était mort en bon musulman.
On peut voir son tombeau à Sikhandra, reflet du paradis musulman où les biches et les oiseaux se promènent sur les pelouses.


Sources : *Amartya Sen : The argumentative Indian, Writings on Indian Culture, History and Identity, Penguin, 2005.